‹ Du pape (volume 3)Chapitre 181 sur 208 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

rait appeler ViUuminisme des campagnes, se renforce chaque jour : déjà ses enfants se comptentparmillions; et les lois n'oseraient plus se compromettre avec lui. ViUuminisme^ qui est le rascolnisme des salons, s'attache aux chairs délicates que la main grossière du rascolnic ne saurait atteindre. D autres puissances encore plus dangereuses agissent de leur côté, et toutes se multiplient aux dépens de la masse qu'elles dévorent. 11 y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes; mais le principe est le même. C'est la Religion nationale qui laisse échapper la vie, et les insectes s'en emparent.

Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se former en France , par exemple, en Italie, etc.? Parce que la

aberration de l'esprit particulier ne doit étonner. Il serait trop long de détailler les nombreuses superstitions qui sont venues se joindre aux griers primitifs de ces hommes égarés. Bientôt la secte originelle s*est divisée et subdivisée, comme il arrive toujours, au point que, dans ce moment, il y a peut-être en Russie quarante sectes de rateol^ nies. Toutes sont extravagantes , et quelques-unes abominables. Au surplus, les rateolnia eu masse protestent contre TÉglise russe , comme celle-ci proteste contre VÉglise romaine. De part et d'autre c'est le même motif, le même raisonnement et le même droit; de manière que toute plainte de la part de l'autorité dominante serait ridicule. Le rascolnisme n'alarme ni ne choque la nation en corps, pas plus que toute autre religion fausse; les hautes classes ne s'en occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce, il n'entreprend rien sur les dissidents, parce qu'il sent son impuissance, et que, d'ailleurs, l'esprit de prosélytisme doit lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peuple ; mais le peuple est bien quelque chose, ne fût-il même que de trente millions. Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre de ces sectaires au septième de ce nombre , à peu prés , ce que je n'affirme point. Le gouvernement, qui seul sait à quoi s'en tenir, n'en dit rien, et fait bien. Il use, au reste, à l'égard des raseolnies^ d'une prudence, d'une modération, d'une bonté sans égales ; et, quand même il en résulterait des conséquences malheureuses, ce qu'à Dieu ne plaise ! il pourrait toujours se consoler en pensant que la sévérité n'aurait pas mieux réussi.

Religion y vit tout entière, et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle l'incrédulité absolue, comme on peut voir un cadavre à côté d'un homme vivant; mais jamais elle ne produira rien d'impur hors d'ellemême, puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra, au contraire, se propager et se multiplier en d'autres hommes chez qui elle sera encore elle-même, sans aflaiblissement ni diminution, comme la lumière d'un flambeau passe à mille autres.

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