‹ Du pape (volume 3)Chapitre 183 sur 208 · LIVRE lY, CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE lY, CHAPITRE IT

n'est pas unique. Il ne rompit même avec le Souverain Pontife , que parce qu'il ne put en obtenir ce grand titre qu'il ambitionnait. Car, il est bien essentiel de l'obsenrer, jamais il ne fut question de dogmes entre nous au commencement de la grande et funeste scission. C'est après qu'elle fut opérée, que, pour lui donner une base plausible, on en vint aux disputes de dogmes. L'addition du Filioque , faite au symbole, ne nous avait nullement brouillés avec les Grecs. Les Eglises latines, établies en grand nombre à Constantinople, chantaient le symbole sans exciter le moindre scandale. Que veut-on de plus? Deux conciles œcuméniques furent tenus à Constantinople depuis l'addition du Filioque, sans aucune plainte de la part des Orientaux (1). Ces faits ne doivent point être répétés

(i) Puisqu'il s'agit du Filioque, on accordera peut-être quelque attention à Tobsenration sulyanle. On connaît le rôle que Joua le platonisme dans les premiers siècles du christianisme. Or, Técole de Platon soutenait que la eeeonde pertonne de sa fameuse trinité procédait de la première, et la troisième de là seconde. Pour être bref, je supprime les autorités qui sont incontestables. Arius, qui avait beaucoup hanté les platoniciens, quoique, dans le fond, il fût, sur la Divinité , moins orthodoxe qu'eux, Arius, dis-Je, s'accommodait fort de celle idée; car son intérêt était d'accorder tout au Fils, excepté la eonsubstantialité. Le» ariens devaient donc soutenir volontiers avec les platoniciens (quoique partant de principes différents) que le Saint-Esprit procédait du Fils» Macédonius , dont l'hérésie n'était qu'une conséquence nécessaire de celle d'Arius, vint ensuite, et se trouvait porté par son •ystème à la même croyance. Abusant du célèbre passage : Tout a été fait par lui, et sans lui rien ne fut fait, il en concluait que le Saint- Esprit était une production du Fils, qui avait tout fait. Cette opinion étant donc commune aux ariens de toutes les classes , aux macédoniens et à tous les amateurs du platonisme, c'est-à-dire, en réunissant ces différentes classes à une portion formidable des hommes instruits alors existants , le premier concile de Constantinople devait la condamner solennellement, et c*est ce qu'il fit en déclarant la procession ex Pâtre. Quant à la procession ex Pilio, il n'en parla pas , parce qu'il n'en était pas question, parce que personne ne la niait; et parce

pour les théologiens qui ne peuvent les ignorer, mais pour les gens du monde qui s'en doutent peu dans les pays mêmes où il serait si important de les savoir.

Photius protesta donc, comme Font fait depuis les Eglises du XVI* siècle, de manière qu'il n'y a entre toutes les Églises dissidentes, d'autres difTérences que celles qui résultent du nombre des dogmes en litige. Quant au principe, il est le même. C'est une insurrection contre l'Église-Mère , qu'on accuse d'erreur ou d'usurpation. Or, le principe étant le même, les conséquences ne peuvent différer que par les dates. Il faut que tous les dogmes disparaissent l'un après l'autre, et que toutes ces Églises se trouvent à la fin sociniennes; l'apostasie commençant toujours et s'accomplissant d'abord dans le clergé, ce que je recommande à l'attention des observateurs.

Quant à l'invariabilité des dogmes écrits, des formules nationales, des vêtements, des mitres, des crosses, des génuflexions , des inclinations, des signes de croix , etc., etc., je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit plus haut. César et Cicéron, s'ils avaient pu vivre jusqu'à nos jours, seraient vêtus comme nous: leurs statues porteront éternellement la toge et le laticlave.

Toute Église séparée étant donc protestante, il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomi-^ nation. De plus , comme les Églises protestantes se distinguent entre elles par le nom de leurs fondateurs<

qu'on ne la croyait que trop, s'il est permis de s^exprimer ainsi. Tef est le point de vue sous lequel il faut, ce me semble, envisager la décision du concile, ce qui n'exclut aucun autre argument employé* dans celle question, décidée, d'ailleurs, avant toute discussion (héolo^ giqup, par les arguments tirés de la plus solide ontologie.

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