LIVRE IV, CHAPITRE VI
après quelques détours, à dire (je l'ai entendu mille fois) quil ne faut plus de concile, et que tout est décidé.
Ils citent même très-sérieusement les conciles qui ont décidé que tout était décidé. Et parce que ces assemblées avaient sagement défendu de revenir sur des questions terminées, ils en concluent qu'on n'en peut plus traiter ni décider d'autres, quand même le christianisme serait attaqué par de nouvelles hérésies.
D'où il suit qu'on eut tort dans l'Église de s'assembler pour condamner Macédonius , parce qu'on s'était assemblé auparavant pour condamner Arius , et qu'on eut tort encore de s'assembler à Trente pour condamner Luther et Calvin , parce que tout était dé^ cidé par les premiers conciles.
Ceci pourrait fort bien avoir l'air, auprès de plusieurs lecteurs, d'une relation faite à plaisir; mais rien n'est plus rigoureusement vrai. Dans toutes les discussions qui intéressent l'orgueil, mais surtout Torgueil national , s'il se trouve poussé à bout par les plus invincibles raisonnements, il dévorera les plus épouvantables absurdités plutôt que de reculer.
On nous dira très-sérieusement que le concile de Trente est nul et ne prouve rien , parce que les évêques grecs n'y assistèrent pas (1).
Beau raisonnement, comme on voit! d'où il suit que tout concile grec étant par la même raison nul pour nous, parce que nous n'y serions pas appelés, et les décisions d'un chef commun n'étant pas d'ail-
(4) Pourquoi donc les Grecs? Il Taudrail dire tous les évêques pKotiens; autrement on ne sait plus de qui on parle. Il est bon d'ailleurs d'observer en passant qu'il n'a tenu qu'à ces évêques d'assister au concile de Trente.
leurs reconnues en Grèce , ou dans les pays qu'on appelle de ce nom , TËglise n'a plus de gouvernement , plus d'assemblées générales, même possibles, plus de moyen de traiter en corps de ses propres intérêts , en un mot, plus d'unité morale.
Le principe étant une fois adopté par l'orgueil, les conséquences les plus monstrueuses ne l'effraient point; je viens de le dire, rien ne l'arrête.
Ce mot d'orgueil me rappelle deux vérités d'un genre bien différent : l'une est triste , et l'autre est consolante.
L'un des plus habiles médecins d'Europe dans l'art de traiter la plus humiliante de nos maladies, M. le docteur Willis, a dit (ce que Je ne répète cependant que sur la foi de l'homme respectable de qui je le tiens) : « Qu'il avait trouvé deux genres de folie con- « stamment rebelles à tous les efforts de son art, la a folie d'orgueil et celle de religion. »
Hélas I les préjugés, qui sont bien aussi une espèce de démence , présentent précisément le même phénomène. Ceux qui tiennent à la Religion sont terribles; et tout observateur qui les a étudiés en est justement effrayé. Un théologien anglais a posé, comme une vérité générale, que jamais homme n'avait été chassé de sa religion par des arguments (1). Il y a certainement des exceptions à cette règle fatale; mais elles ne sont qu'en faveur de la simplicité , du bon sens 9 de la pureté, de la prière surtout. Dieu ne fait rien pour l'orgueil , ni même pour la science, qui est
{<) Never a man wat recuoned out ofhis religion. Ce texte, également remarquable par sa valeur intrinsèque et par un très-heureux idiotisme de la langue anglaise, repose depuis longtemps dans ma mémoire. Il appartient, je crois, à Sherlock.