‹ Du pape (volume 3)Chapitre 21 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Digression sur ce qu*on appelle la jeanesse des naiions.

Mais ce mot de jeunesse m'avertit d'observer que cette expression et quelques autres du même genre se rapportent à la durée totale d'un corps ou d'un individu. Si je me représente, par exemple, la république romaine, qui dura cinq cents ans, je sais ce que veulent dire ces expressions : La jeunesse ou les premières années de la république romaine ; et s'il s'agit d'un homme qui doit vivre à peu près quatre-vingts ans,

battent rincrédulilé ; car, dans ce cas, c'est le chrétien qui combat le déiste, le matérialiste, l'athée, et , par conséquent, c'est encore la vérité qui combat l'erreur; mais s'ils se tournent contre l'Église romaine, dans l'instant même ils insultent ; car l'erreur n'est jamais de sang-froid en combattant la vérité. Ce double caractère est également visible et décisif. 11 y a peu de démonstrations aussi bien senties par la conscience.

je me réglerai encore sur cette durée totale; et je sais que si rhomme vivait mille ans, il serait jeune à deux cents. Qu*est-ce donc que la jeunesse d'une religion qui doit durer autant que le monde? On parle beaucoup des premiers siècles du christianisme : en vérité , je ne voudrais pas assurer qu'ils sont passés.

Quoi qu'il en soit , il n'y a pas de plus faux raisonnement que celui qui veut nous ramener à ce qu'on appelle les premiers sièdes, sans savoir ce qu'on dit.

Il serait mieux d'sgouter, peut-être , que dans un sens l'Église n'a point d'âge. La religion chrétienne est la seule institution qui n'admette point de décadence» parce que c'est la seule divine. Pour Textérieur, pour les pratiques , pour les cérémonies, elle laisse quelque chose aux variations humaines. Mais l'essence est toujours la même, et anni ejus non déficient. Ainsi, elle se laissera obscurcir par la barbarie du moyen-âge, parce qu'elle ne veut point déranger les lois du genre humain ; mais elle produit cependant à cette époque une foule d'hommes supérieurs , et qui ne tiendront que d'elle leur supériorité. Elle se relève ensuite avec l'homme, l'accompagne et le perfectionne dans toutes les situations; différente en cela, et dune manière frappante, de toutes les institutions et de tous les empires humains, qui ont une enfance , une virilité, une vieillesse et une fin.

Sans pousser plus loin ces observations, ne parlons phs tant des premiers siècles f ni des conciles œcuméniques, depuis que le monde est devenu si grand ; ne parlons pas surtout des premiers siècles, comme si le temps avait prise sur l'Église. Les plaies qu'elle reçoit ne viennent que de nos vices (les siècles, en glissant sur elle, ne peuvent que la perfectionner) .

LIYRB I, CHAPITRE V. 21)

Je ne terminerai point ce ckiapitre sans protester de nouyeau expressément de ma parfaite orthodoxie au sujet des conciles généraux. Il peut se faire sans doute que certaines circonstances les rendent nécessaires, et je ne voudrais point nier, par exemple, que le concile de Trente n'ait exécuté des choses qui ne pouvaient rétre que par lui; mais jamais le Souverain Pontife ne se montrera plus infaillible que sur la question de savoir si le concile est indispensable , et jamais la puissance temporelle ne pourra mieux faire que de s'en rapporter à lui sur ce point.

Les Français ignorent peut-être que tout ce qu'on peut dire de plus raisonnable sur le Pape et sur les conciles a été dit par deux théologiens français, en deux textes de quelques lignes, pleins de bon sens et de finesse; textes bien connus et appréciés en Italie par les plus sages défenseurs de la monarchie légitime. Écoutons d'abord le grand athlète du seizième siècle, le fameux vainqueur de Mornay :

« L'infaillibilité que l'on présuppose être au pape « Clément , comme au tribunal souverain de l'É- « glise , n'est pas pour dire qu'il soit assisté de Tes- « prit de Dieu , pour avoir sa lumière nécessaire à a décider toutes les questions; mais son infaillibilité « consiste en ce que toutes les questions auxquelles il « se sent assisté d'assez de lumières pour les juger, il c< les juge; et les autres, auxquelles ilne se sent pas <( assez assisté de lumières pour les juger, il les remet (( au concile (1). »

Cest positivement la théorie des états-généraux , à laquelle tout bon esprit se trouvera constamment ramené par la force de la vérité.

(4) Perroniana, article infaillibilité.

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Les queêtions ordinaires dans lesquelles le roi se sent assisté d'assez de lumières, il les décide lui-même ; et les autres, auxquelles il ne se sent pas assez assisté , il les remet aux états-généraux présidés par lui. Mais toujours il est souverain.

L'autre théologien français, c'est Thomassin, qui s'exprime ainsi dans Tune de ses savantes dissertations:

« Ne nous battons plus pour savoir si le concile a (Bcuménique est au-dessus ou au-dessous du (( Pape. Contentons-nous de savoir que le Pape, au « milieu du concile, est au-dessus de lui-même, et c( que le concile décapité de son chef est au-Klessous « de lui-même (1). »

Je ne sais si Jamais on n'a mieux dit. Thomassin surtout, gêné par la déclaration de 1682, s'en est tiré habilement, et nous a fait suflQsamment connaître ce qu'il pensait des conciles décapités; et les deux textes réunis se joignent à tant d'autres pour nous faire connaître la doctrine universelle et invariable du clergé de France, si souvent invoquée par les apôtres des quatre articles.

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