LIVRE I, CHAPITRE YI
Saint Théodore Studite disait au pape L.éoD IIK , au commencement du neuvième siècle : Ils n'oni pas craint de tenir un concile hérétique ds leur autorité^ sam votre permission , tandis qu'ils ne pouvaient en tenir un, même orthodoxe , à votre insu , SUIVANT l'ancienne COUTUME (1).
Wetstein a fait, à Tégard des Églises orientales en général, une observation que Gibbon regarde justement comme très-importante : « Si nous consultons, a dit-il, rhistoire ecclésiastique, nous verrons que « dès le quatrième siècle (2) , lorsqu'il s'élevait quel- « que controverse parmi lesévèques de la Grèce, le et parti qui avait envie de vaincre , courait à Rome « pour y faire sa cour à la n^jesté du Pontife , et
u mettre de son cAté le Pape et l'épiscopat latin
« C'est ainsi qu'Athanase se rendit à Rome bien ac- « compagne, et y demeura plusieurs années (3). »
Passons à une plume protestante le parti qui avait envie de vaincre: le fait de la suprématie pontificale n'en est pas moins clairement avoué. Jamais l'Église orientale n'a cessé de la reconnaître. Pourquoi ces recours continuels à Rome? Pourquoi cette importance décisive attachée à ses décisions? Pourquoi ces caresses faites à la majesté du Pontife? Poui*quoi
SainiSUge^ en t>ertu des prometset de ion divin Fondateur^ ne poutmnt jamaii faillir. ( Defensio cleri gallicani, lib. XV, cap. Vil.)
(0 Fleury, hisL eccl. lom.'ï, li?. XLV, no 47.
(S) C'est-i-dire depuis l'origine de TÈglise ; car c'est depuis celle époque seulement qu'on la voit agir extérieurement comme une société publiquement constituée, ayant sa hiérarchie, ses lois, ses usages, etc. Ayant son émancipation, le christianisme était trop gêné pour admettre le cours ordinaire des appels. Tout s'y trouve cependant, mais seulement en germe.
(5) Wetstein , Proleg. in nov. test. p. 49, ci lé par Gibbon , HisU do la décad., etc. in-8o, tora. IV, c. XXI.
42 DU PAPK.
Yoyons-nous en particulier ce fameux Athanase ve nir à Rome , y passer plusieurs années, apprendre la langue latine avec une peine extrême, pour y défendre sa cause? A-t-on jamais vu le parti qui voulait vaincre (1) , faire sa cour de même à la majesté des autres patriarches? 11 n'y a rien de si évident que la suprématie romaine , et les évêques orientaux n'ont cessé de la confesser par leurs actions autant que par leurs écrits.
Il serait superflu d'accumuler les autorités tirées de rÉglise latine. Pour nous , la primatie du Souverain Pontife est précisément ce que le système de Copernic est pour les astronomes. C'est un point fixe dont nous partons; qui balance sur ce point n'entend rien au christianisme.
Point d'unité d'Église, disait saint Thomas, ians unité de foi.,, ; mais point d'unité de foi sans un chef suprême (2).
Le pape et l'église c'est tout un ! Saint François de Sales l'a dit (3), et Bellarmin avait déjà dit avec une sagacité qui sera toujours plus admirée à mesure que les hommes deviendront plus sages : 5avez-vous de quoi il s'agit lorsqu'on parle du Souverain Pontife ? Il s'agit du christianisme (k),
(4) Gomme si tout parti ne voulait pat vaincre I Mais ce que Welstein ne dit pas, et ce qui est cependant très-clair, c'est que le parti de Torthodoxie, qui était sûr de Rome, s'empressait d'y accourir ; tandis que le parti de l'erreur qui aurait bien voulu vainere, mais que sa conscience éclairait suffisamment sur ce qu'il devait attendre de Rome, n'osait pas trop s'y présenter.
(8). S. Thom. adversùs gentes. L. IV, cap. 76.
(3) Épttres spirituelles de S. François de Sales. Lyon, 1634, liv. VU, ép. XLIX. — D'après S. Ambroise, qui a dit : « Où est Pierre, là est l'Église. » Ubi Petrus^ ibi Becletia, ( Ambr. in psalm. XL.}
(k) Bellarmin, De Summo Pontificc in prspf.