LIVRE 1, CHAPITRE XV
gesse trop politique, j'avoue cependant n-étre pas fart étonné qu'il ait tftché d'étouflèr cette dispute au berceau.
Quoi qu'il en soit , puisque Honorlus disait solennellement à Sergius, dans «a seconde lettre produite au sixième concile : « Gardez-vous bien de publier que « j'aie rien décidé sur une ou sur deux volontés (1), » comment peut-il être question de l'erreur d'Honorius qui n^a rien décidé? Il me semble que pour se tromper il faut affirmer.
Malbeureusement sa prudenee le trompa plus qu'il n'eût osé l'imaginer. La question s'envenimant tous les jours davantage à mesure que l'hérésie se déployait, on commença à mal parler d'Honorius et de ses lettres. Enfin, quarante-deux ans après sa mort, on les produit dans les douzième et treizième sessions du sixième concile , et sans aucun préliminaire ni défense préalable, Honorius est anathématisé, du moins d'^après les actes tels qu'ils nous sont parvenus. Cependant lorsqu'un tribunal condamne un homme à mort, c'est l'usage qu'il dise pourquoi. Si Honorius avait vécu à l'époque du sixième concile, on l'aïu^ait cité, il aurait comparu, il aurait exposé en sa faveur les raisons que nous employons aujourd'hui, et bien d'autres encore, que la malice du
temps et celle des hommes ont supprimées Mais,
que dis-je? il serait venu présider lui-même le concile; il eût dit aux évéques si désireux de venger sur
(4) Non noi ùporiet unam vel duat operaiiones dbfinibntbs prœdieare, {Baller, loco eitato, no 35, p. S06.) Il serait inutile de faire remarquer la tournure grecque de ces expressions traduites d'une traduction. Lesoriginaux latins les plus précieux ont péri. Les Grecs ont écrit ce quMls ont voulu.
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un pontife romain les taches hideuses du siège patriarcal de Constantinople : « Mes frères , Dieu vous (( abandonne sans doute , puisque vous osez Juger le a Chef de FËglise , qui est établi pour yous juger « vous-mêmes. Je n'ai pas besoin de votre assemblée (( pour condamner le monothélisme. Que pourrez* (( vous dire que je n*aie pas dit? Mes décisions suffi- « sent à rËglise. Je dissous le concile en me reti- « rant. »
Honorius, comme on Fa vu, ne cessa, Jusqu'à son dernier soupir, de professer, d*enseigner, de défendre la vérité; d'exhorter, de menacer, de reprendre ces mêmes monothélites dont on voudrait nous faire croire qu'il avait embrassé les opinions^; Honorius, dans sa seconde lettre même ( prenons-la mot à mot pour authentique), exprime le dogme d'une manière qui a forcé l'approbation de Bossuet (1). Honorius mourut en possession de son siège et de sa dignité , sans avoir jamais, depuis sa malheureuse correspondance avec Sergius, écrit une ligne ni proféré une parole que l'histoire ait marquée comme suspecte; Sa cendre tranquille reposa avec honneur au Vatican ; ses ima* ges continuèrent de briller dans l'Église , et son nom dans les dyptiques sacrés. Un saint martyr qui est sur
(4) Mais la manière dont il s^exprima est remarquabie. Bossuet convient Honorii verba orlhodoxa maxime videri (Lib. VU , al. XII , dépens, c. XXtf ). Jamais homme dans Tunivers ne fut aussi maître de sa plume. On croirait , au premier coup d'œil, pouTOir traduire en français : L*expre$ti<m d*Honoriut temble trht-orikodoxe. Mais Ton se tromperait. Bossuet n*a pas dit maximk orthodoxa videri; mais , orlhodoxa maxime videri. Le maxime frappe sur tidêri^ et non sur nrthodoxa; Qu*on essaie de rendre cette finesse en français. 11 faudrait pouvoir dire : L'expresiion d'Honoriut trè$-iemble orikodome. La vérité entraîne le grand homme qui Iré«-fem6/e lui résifter un peu.