LIVRE I, CHAPITRE XV. i
Voilà, il faut Tavouer, un singulier hérétique!
£tle Pape saint Martin, mort en 655, dit encore dans sa lettre à Arnaud d'Ulrecht : Le Saint-Siège na cessé de les eœhorter (Sergius et Pyrrhus) , de les avertir f de les reprendre , de les menacer , pour les ramener à la vérité qu'ils avaient trahie (1).
Or, la chronologie prouve qu'il ne peut s'agir ici que d'Honorius, puisque Sergius ne lui survécut que deux mois, et qu'après la mort d'Honorius le siège pontifical vaqua pendant dix-neuf mois.
Avant d'écrire au Pape, Sergius écrivait à Cyrus d'Alexandrie a que pour le bien de la paix il parais^ 4c sait utile de garder le silence sur les deux volon* « tés, à cause du danger alternatif d'ébranler le « dogm« des deux natures , en supposant une seule « volonté, ou d'établir deux volontés opposées en « Jésus-Christ, si Ton professait deux volontés (2). »
Mais où eerait la contradiction , s'il ne s'agissait pas d'une double volonté humaine? Il paraît donc évident que la question ne s'était engagée d'abord que sur la volonté humaine, et qu'il ne s'agissait qu6 de savoir si le Sauveur, en se revêtant de notre nature, s'était soumis à cette double loi, qui est la
(lourse mettre à Taise, comme dans cette phrase , par exemple: JV«c «dMrtèf opostolicam tedem mentiri pigrilâli mn/ , où le verbe pigritari est éyidemment employé pour rendre celui d'oxvetv, dont l'équivalent latin ne se présentait point à l'esprit du traducteur. Il ignorait probablement pigror^ qui est cependant latin. Pigritor^ au reste , ou pigrito^ est demeuré dans la basse latinité. (D« Imil. Christ*. Lib. I , cap. XXV, no 8.)
(1) Jûh. Domin. Mansi tac. coneil. nov. et amplist. Colleétio. FlorenSiiB, 4764, in-fol., tom. X , p. 1186.
(3) Ce sont les propres paroles de Sergius, dans sa lettre à Uonorius. (Àpud Petrum Ballerinum de vi ac ralione primalâs summorum Pontiftewn , etc. Veronœ, 1766, in-4o, cap. XV, no 55, p. 505.)
peine du crime primitif et le tourment de notre vie.
Dans ces matières si élevées et si subtiles , les idées se touchent et se confondent aisément si Ton n*e^ pas sur ses gardes. Demande-tK)n , par exemple, san» aucune explication, sMI y a deux volontés en Jésu»- Christ? Il est clair que le catholique peut répondre oui ou non, sans cesser d*étre orthodoxe. Oui, si Ton envisage les deux natures unies sans confusion; non, si l'on n^nvisage que la nature humaine» exempte, par son auguste association , de la double loi qui nous dégrade ; non, s'il s'agit uniquement d'exclure la double volonté humaine : ouï, sîf l'ou veut confesser la double nature de FHomme-Dieu.
Ainsi, ce mot de mmotkélisrM en lui-méoie n'exprime point une hérésie; il faut s'expliquer et montrer quel est le svjet du mot ; s'il se rapporte à l'humanité du Sauveur^ il est légitime : s'il se dirige sur la personne théandrique, il devient hétérodoxe.
En réfléchissant sur les paroles de Sergius, telles qu'on vient de les lire » on se sent porté à croire que » semblable en cela à tous les hérétiques , il ne partait pas d'un point fixe» et qu'il ne voyait pas clair dans ses propres idées, que la chaleur de la dispute rendit depuis plus nettes et plus déterminées.
Cette même confusion d'idées qu'on remarque dans récrit de Sergius, entra dans Tesprit du Pape » qui n'était point préparé. 11 frémit en apercevant, même d'une manière confuse, le parti que l'esprit grec allait tirer de cette question pour bouleverser de nouveau l'Église. Sans prétendre le disculper parfaitement, puisque de grands théologiens pensent qu'il eut tort d'employer dans cette occasion une sa-