LIVRE I, CHAPITRE XYIII
oublie est du pain , comme le plus énorme pain que les hommes aient jamais soumis à la cuisson : nous avons donc adopté Voublie. D'autres nations chrétiennes croient-elles qu'il n'y a pas d'autre pain proprement dit, que celui que nous mangeons à table, ni de véritable manducation sans mastication? nous respectons beaucoup cette logique orientale ; et bien sûrs que ceux qui l'emploient aujourd'hui feront volontiers comme nous , dès qu'ils seront aussi sûrs que nous, il ne nous vient pas seulement dans l'esprit de les troubler; contents de retenir pour nous l'azyme léger qui a pour lui l'analogie de la pâque antique, celle de la première pâque chrétienne, et la convenance plus forte peut-être qu'on ne pense , de consacrer un pain particulier à la célébration d'un tel mystère.
Les mêmes amateurs de l'immersion et du levain , viennent-ils, par une fausse interprétation de l'Écriture et par une ignorance visible de la nature humaine , nous soutenir que la profanation du mariage en dissout le lien? c'est dans le fait une exhortation formelle au crime. N'importe, nous n'avons pas voulu pour cela chicaner des frères qui s'obstinent; et dans l'occasion la plus solennelle, nous leur avons dit simplement : Nous vous passerons sons silence ; mais au nom de la raison et de la paix , ne dites pas que nous n'y entendons rien (1).
Après ces exemples et tant d'autres que je pourrais citer, quelle nation, en vertu de la suprématie romaine , pourrait craindre pour sa discipline et pour ses privilèges particuliers? Jamais le Pape ne refusera
{\) Si quis dixerit Ecclesiam errare cùm docuii et âocei. Concil. Tridenl. sess. XXIV, De malrlmon. can. Vif.
d'entendre tout le monde , ni sartout de satisfaire les princes en tout ce qui sera chrétiennement possible. Il n*y a point de pédanterie k Rome; et s'il y avait quelque chose à craindre sur Tarticle de la complaisance , je serais porté à craindre l'excès plus que le défaut.
Malgré ces assurances tirées des considérations les plus décisives , Je ne doute pas que le préjugé ne s*obstine; je ne doute pas même que de très-bons esprits ne s'écrient : « Mais si rien n*arrète le Pape, où « s'arrétera-t-îl? L'histoire nous montre comment il a peut user de ce pouvoir ; quelle garantie nous don ne- « t-on que les mêmes événements ne se reproduiront a pas? »
A cette objection , qui sera sûrement faite , je réponds d'abord, en général, que les exemples tirés de Thistoire contre les Papes no peuvent rien, et ne doivent ihspirer aucune crainte pour l'avenir, parce qu'ils appartiennent à un autre ordre de choses que celui dont nous sommes les témoins. La puissance des Papes fut excessive par rapport à nous, lorsqu'il était nécessaire qu'elle fût telle, et que rien dans le monde ne pouvait la suppléer. C'est ce que j'espère prouver, dans la suite de cet ouvrage, d une manière qui satisfera tout Juge impartial.
Divisant ensuite par la pensée ces hommes qui redoutent de bonne foi les entreprises des Papes; les di' visant, dis-je, en deux classes, celle des catholique» et celle des autres , Je dis d'abord aux premiers :: f( Par quel aveuglement, par quelle défiance igno- « ranteet coupable, regardez-vous l'Église comme « un édifice humain dont on puisse dire : Qui le soti-- « tiendra? et son chef, comme un homme ordinaire « dont on puisse dire : Qui le gardera? » C'est une
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distraction assez commane et cependant inexcusable. Jamais une prétention désordonnée ne pourra séjourner sur le Saint-Siège : jamais Tinjustice et Terreur ne pourront y prendre racine et tromper la foi au profit de Tambition.
Quant aux hommes qui , par naissance ou par système, se trouvent hors du cercle catholique, s'ils m*adressent la même question : Qu'est-^e qui arrêtera le Pape?}e leur répondrai : Tout; les canons, les lois, les coutumes des nations, les souverainetés, les grands tribunaux , les assemblées nationales, la prescription, les rept*ésentations, les négociations , le devoir, la crainte , la prudence, et par-dessus tout, Topinion , reine du monde.
Ainsi , qu'on ne me fasse point dire : Que je veux DONC faire du Pape un monarque universel. Certes, je ne veux rien de pareil , quoique je m'attende bien à ce DONC , argument si commode au défaut d'autres. Mais comme les fautes épouvantables commises par certains princes contre la religion et contre son chef, ne m'empêchent nullement de respecter autant que je le dois la monarchie temporelle, les fautes possibles d'un Pape contre cette même souveraineté ne m'empêcheraient point de le reconnaître pour ce qu'il est. Tous les pouvoirs de l'univers se limitent mutuellement par une résistance réciproque : Dieu n'a pas voulu établir une plus grande perfection sur la terre, quoiqu'il ait mis d'un côté assez de caractères pour faire reconnaître sa main. Il n'y a pas dans le monde un seul pouvoir en état de supporter les suppositions possibles et arbitraires ; et si on les juge par ce qu'ils peuvent faire (sans parler de ce qu'ils ont foit) , il faut les abolir tous.
15() DU PAPK.