‹ Du pape (volume 3)Chapitre 69 sur 208 · LIVRE I, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIII

qai le prive de ses facultés ; qai lai ordonne de croire et lui défend de penser. Le préjugé contre ce vain épouvantail a été porté au point qu'on a vu Locke soutenir sérieusement que les catholiqties croient à la présence réelle sur la foi de l'infaillibilité du Pape (1) .

La France n*a pas légèrement augmenté le mal en se rendant en grande partie complice de ces extravagances. Les ^agéraleurs allemands sont venus à la charge. Enfin, il s*est formé en delà des Alpes, par rapport à Rome, une opinion si forte, quoique trèsfausse , que ce n*est pas une petite entreprise que celle de ftiire seulement comprendre aux hommes de quoi il s*agit.

Cette épouvantable juridiction du Pape sur les esprits ne sort pas des limites du symbole des apôtres ; le cercle, comme on voit, n*est pas immense, et l'esprit humain a de quoi s'exercer au-dehors de ce périmètre sacré.

Quant à la discipline , elle est générale ou locale. La première n'est pas fort étendue ; car il y a fort peu de points absolument généraux et qui ne puissent être altérés sans menacer l'essence de la religion. La seconde dépend des circonstances particulières, des localités, des privilèges, etc. Mais il est de notoriété que sur l'un et sur l'autre point , le Saint-Siège a

(1) cf Que l'idée de rinfailUbiUié, et celle d'une certaine personne, « Yiennent à s^unlr inséparablement dans l'esprit de quelques hom- Q mes, et bientôt tous les Terrez atalbr le dogme de la présence site muitanée d'un même corps en deux lieux dlfTérents, sans autre au- « lorité que celle de la personne infaillible qui leur ordonne de croire ff SANS BX AMEN. » ( Lockô^ tuT V Entend. Aiim., lit. il^ ehap. JJJ///, « S XVII. ) Les lecteurs français doiTcnt éire avertis que ce passage né se trouve que dans le texte anglais. Cosle , quoique protestant , trouvant la niaiserie un peu forte , refusa de la traduire.

toujours fait preuve de la plus grande condescendance envers toutes les Églises; souvent même, et presque toujours, il est allé au-devant de leurs besoins et de leurs désirs. Quel intérêt pourrait avoir le Pape de chagriner inutilement les nations réunies dans sa communion?

Il y a d'ailleurs, dans le génie occidental, je ne sais quelle raison exquise , je ne sais quel tact délicat et sûr, qui va toujours chercher Tessence des choses et néglige tout le reste. Cela se voit surtout dans les formes religieuses ou les rits , au sujet desquels TÉglise romaine a toujours montré toute la condescendance imaginable. Il a plu à Dieu, par exemple, d'attacher l'œuvre de la régénération humaine au signe sensible de Teau , par des raisons nullement arbitraires, très-profondes au contraire et très-dignes d'être recherchées. Nous professons ce dogme, comme tous les chrétiens , mais nous considérons qu'il y a de l'eau dans une burette comme il y en a dans la mer Pacifique, et que tout se réduit au contact mutuel de Teau et de l'homme , accompagné de certaines paroles sacramentelles. D'autres chrétiens prétendent que pour cette liturgie on ne saurait se passer au moins d^un bassin ; que si Vhomme entre dans Veau , il est certainement baptisé; mais que si Veau tombe sur Vhomme le succès devient très-douteux. Sur cela on peut leur dire ce que ce prêtre égyptien leur disait déjà il y a plus de vingt siècles : Vous n'êtes que des enfants! Du reste , ils sont bien les maîtres : personne ne les trouble; s'ils voulaient même une rivière comme lesbaptistes anglais, on les laisserait faire.

L'un des principaux mystères de la religion chrétienne a pour matière essentielle le pain. Or, une

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