LIVRE II, CHAPITRE II
du souverain , la question recommence. Qui empêchera un de ses successeurs de la violer? Il faut que le droit de résistance soit attribué à un corps ou à un individu ; autrement il ne peut être exercé que par la révolte, remède terrible, pire que tous les maux.
D'ailleurs, on ne voit pas que les nombreuses ten^ tatives faites pour restreindre le pouvoir souverain , aient jamais réussi d'une manière propre à donner l'envie de les imiter. L'Angleterre seule, favorisée par rOcéan qui l'entoure, et par un caractère natio-^ nal qui se prête à ces expériences, a pu faire quelque chose dans ce genre; mais sa constitution n'a point encore subi l'épreuve du temps; et déjà même cet édifice fameux qui nous fait lire dans le fronton, M. DCLXXXviii, semble chanceler sur ses fondements encore humides. Les lois civiles et criminelles de cette nation ne sont point supérieures à celles des autres. Le droit de se taxer elle-même, acheté par des flots de sang, ne lui a valu que le privilège d'être la nation la plus imposée de l'univers. Un certain esprit^ soldatesque , oui est la gangrène de la liberté, menace assez visiblement la constitution anglaise ; je passe volontiers sous silence d'autres symptômes. Qu'arrivera-t-il?Je l'ignore; mais quand les choses tourneraient comme je le désire, un exemple isolé de l'histoire prouverait peu en faveur des monarchies constitutionnelles ; d'autant que l'expérience universelle est contraire à cet exemple unique.
Une grande et puissante nation vient de faire sous nos yeux le plus grand effort vers la liberté, qui ait jamais été fait dans le monde : qu*a-t-elle obtenu? Elle s'est couverte de ridicule et de honte pour mettre enfin sur le trône un b italique, à la place d'un B ma*
juscule; et chez le peuple, la servitude à la place de lobéissance. Elle est tombée ensuite dans Tabtme de rhumiliation , et n'ayant échappé à Tanéantissement politique que par un miracle qu'elle n'avait pas droit d'attendre, elle s'amuse, sous le joug des étrangers (1), à lire sa charte qui ne fait honneur qu'à son roi , et sur laquelle d'ailleurs le temps n'a pu s'expliquer.
Le dogme catholique , comme tout le monde sait , proscrit toute espèce de révolte sans distinction ; et pour défendre ce dogme, nos docteurs disent d'assez bonnes raisons philosophiques même , et politiques.
Le protestantisme, au contraire , partant de la souveraineté du peuple, dogme qu'il a transporté de la religion dans la politique , ne voit dans le système de la non- résistance que le dernier avilissement de rkomme. Le docteur Beattie peut être cité comme un représentant de tout son parti. Il appelle le système catholique de la non-résistance, une doctrine détestable. Il avance que Thomme, lorsqu'il s'agit de résister à la souveraineté, doit se déterminer par les %fllifnenfs intérieurs d'un certain instinct moral dont il a la conscience en lui-même , et qu'on ^ort de cot^ fondre avec la chaleur du sang et des esprits vitaux (2). Il reproche à son fameux compatriote, le docteur Barkeley, d'avoir méconnu cette puissance intérieure, et d'avoir cru que V homme f en sa qualité d'être raisonnable, doit se laisser diriger par les préceptes d'une sage et impartiale raison (3).
(<) Je rappelle au lecteur que j'écrivais ceci en iS\7.
(8) Those imtinctive tentimenU of moraiity toere ofmtn art «m- $ciofu oicribingJhem to blood and spritilt, or to edueaêion and habit. ( Beallie, on Trulli. Part. U, chap. XU, p. 408. London, in-8o. Je n'ai jamais yu lanl de mots employés pour exprimer l'orgueil.
(5) En offei, cVsl un grand blasphème. ( Anerting tkat the eonâuei