LIVRE U, CHAPITRE IV
tance intérieure , il ne peut être exercé que par les sujets , par la foule , par le peuple en un mot , et par conséquent, par la voie seule de l'insurrection.
Ce n'est pas tout : le veto du Pape pourrait être exercé contre tous les souverains, et s'adapterait à toutes les constitutions et à tous les caractères nationaux. Ce mot de monarchie limitée est bientôt prononcé. En théorie, rien n'est plus aisé; mais quand on en vient à la pratique et à l'expérience , on ne trouve qu'un exemple équivoque par sa durée, et que le jugement de Tacite a proscrit d'avance (1), sans parler d'une foule de circonstances qui permettent et forcent même de regarder ce gouvernement comme un phénomène purement local , et peut-^tre passager.
La puissance pontificale, au contraire, est par essence la moins sujette aux caprices de la politique. Celui qui l'exerce est de plus toujours vieux , célibataire et prêtre; ce qui exclut les quatre-vingt-dixneuf centièmes des erreurs et des passions qui troublent les états. Enfin, comme il est éloigné , que sa puissance est d'une autre nature que celle des souverains temporels, et qu'il ne demande jamais rien pour lui, on pourrait croire assez légitimement que si tous les inconvénients ne sont pas levés, ce qui est impossible , il en resterait du moins aussi peu qu'il est permis de l'espérer, la nature humaine étant donnée; ce qui est pour tout homme sensé le point de perfection.
Il paraît donc que , pour retenir les souverainetés dans leurs bornes légitimes , c'est-à-dire pour em-
(4) Délecta ex his et eomtitula reipublicœ forma laudari faciliUt quàm evenire^ vol si evenerit haud diuiurmi etse pote$L tTacil. A nu.
pécher de violer les lois fondamentales de l'état , dont la Religion est la première, l'intervention, plus ou moins puissante, plus ou moins active de la suprématie spirituelle , serait un moyen pour le moins aussi plausible que tout autre.
On pourrait aller plus loin, et soutenir, avec une égale assurance que ce moyen serait encore le plus agréable ou le moins choquant pour les souverains. Si le prince est libre d'accepter ou de refuser des entraves, certainement il n'en acceptera point; car ni le pouvoir ni la liberté n'ont jamais su dire : C'est assez. Mais à supposer que la souveraineté se vît irrémissiblement forcée à recevoir un frein , et qu'il ne s'agtt plus que de le choisir, je ne serais point étonné qu'elle préférât le Pape à un sénat co-législatif, à une assemblée nationale, etc. ; car les Souverains Pontifes demandent peu aux princes , et les énormités seules attireraient leur animadversion (1).