‹ Du pape (volume 3)Chapitre 83 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE V. Mil · texte numérisé non relu

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le souverain donl Fautorité n'était suspendue que par une puissance toute divine, de manière que leurs anathèmes, loin de jamais déroger à la rigueur des maximes catholiques sur rinviolabilité des souverains, ne servaient , au contraire . qu'à leur donner une nouvelle sanction aux yeux des peuples.

Si quelques personnes regardaient comme une subtilité cette distinction de souverain et de souveraineté, je leur sacrifierais volontiers ces expressions dont je n*ai nul besoin. Je dirai tout simplement que les coups frappés par le Saint-Siège sur un petit nombre de souverains, presque tous odieux, et quelquefois même insupportables par leurs crimes, purent les arrêter ou les effrayer, sans altérer dans Tesprit des peuples ridée haute et sublime qu'ils devaient avoir de leurs maîtres. Les Papes étaient universellement reconnus comme délégués de la Divinité, de laquelle émane la souveraineté. Les plus grands princes recherchaient dans le sacre la sanction, et, pour ainsi dire, le complément de leur droit. Le premier de ces souverains dans les idées anciennes, Tempereur allemand, devait être sacré par les mains mèmi's du Pape. Il était censé tenir de lui son caractère auguste , et n'être véritablement empereur que par le sacre. On verra plus bas tout le détail de ce droit public, tel qu'il n'en a jamais existé de plus général , de plus incontestablement reconnu. Les peuples qui voyaient excommunier un roi se disaient : Il faut que cette puissance soit bien haute , bien sublime , bien au-dessus de tout jugement humain , puisquelle ne peut être contrôlée que par le Vi-* caire de Jésus-Christ.

En i*éfléchissant sur cet objet , nous sommes sujets à une grande illusion. Trompés par les criailleries

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philosophiques, nous croyons que les Papes passaient leur temps à déposer les rois; et parce que ces faits se touchent dans les brochures in-douze que nous lisons , nous croyons qu'ils se sont touchés de même dans la durée. Combien compte-t-on de souverains héréditaires effectivement déposés par les Papes? Tout se réduisait à des menaces et à des transactions. Quant aux princes électifs, c'étaient des créatures humaines qu'on pouvait bien défaire, puisqu'on les avait faites ; et cependant tout se réduit encore à deux ou trois princes forcenés qui , pour le bonheur du genre humain , trouvèrent un frein (faible même et très-insuffisant) dans la puissance spirituelle des Papes. Au reste , tout se passait à l'ordinaire dans le monde politique. Chaque roi était tranquille chez lui de la part de l'Église; les Papes ne pensaient pointa se mêler de leur administration ; et jusqu'à ce qu'il leur prtt fantaisie de dépouiller le sacerdoce, de renvoyer leurs femmes ou d'en avoir deux à la fois, ils n'avaient rien à craindre de ce côté.

A cette solide théorie , l'expérience vient ajouter sa démonstration. Quel a été le résultat de ces grandes secousses dont on fait tant de bruit? L'origine divine de la souveraineté, ce dogme conservateur des états, se trouva universellement établi en Europe. 11 forma , en quelque sorte , notre droit public , et domina dans toutes nos écoles jusqu'à la funeste scission du seizième siècle.

L'expérience se trouve donc parfaitement d'accord avec le raisonnement. Les excommunications des Papes n'ont fait aucun tort à la souveraineté dans l'esprit des peuples ; au contraire , en la réprimant sur certains points, en la rendant moins féroce et moins écra-

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santé, en* Teffrayant pour son propre bien qu*elle ignorait , ils Font rendue plus vénérable ; ils ont fait disparaître de son front Tantique caractère de la béte pour y substituer celui de la régénération ; ils Font rendue sainte pour la rendre inviolable : nouvelle et grande preuve, entre mille, que le pouvoir pontifical a toujours été un pouvoir conservateur. Tout le monde , je crois, peut s'en convaincre; mais c'est un devoir particulier pour tout enfant de TÉglise, de reconnaître que lesprit divin qui Tanime, etmagno se corporewwcet, ne sauraitenfanter rien de mal enrésultat,malgré le mélange humain qui se fait trop et trop souvent apercevoir au milieu des tempêtes politiques.

A ceux qui s'arrêtent aux faits particuliers , aux torts accidentels, aux erreurs de tel ou tel homme, ((ui s'appesantissent sur certaines phrases, qui découpent chaque ligne de l'histoire pour la considérer à part, il n*y a qu'une chose à dire : Du point où il faut s'élever pour embrasser l'ensemble , on ne voit j>it*« rien de ce que vous voyez ^ partant , il n'y a pas moyen de vous répondre , à moins que vous ne vouliez prendre ceci pour une réponse.

On peut observer que les philosophes modernes ont suivi, à l'égard des souverains, une route diamétralement opposée à celle que les Papes avaient tracée. Ceux-ci avaient consacré le caractère en frappant sur les personnes; les autres, au contraire, ont flatté souvent, même assez bassement, la personne qui donne les emplois et les pensions; et ils ont détruit, autant qu'il était en eiix , le caractère , en rendant la souveraineté odieuse ou ridicule en la faisant dériver du peuple , en cherchant toujours à la restreindre par le peuple.

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Il y a tant d'analogie, tant de fraternité, tant de dépendance entre le pouvoir pontifical et celui des rois , que jamais on n'a ébranlé le premier sans toucher au second , et que les novateurs de notre siècle n'ont cessé de montrer au peuple la conspiration du sacerdoce et du despotisme, tandis qu'ils ne cessaient de montrer aux rois le plus grand ennemi de Tautorité royale dans le sacerdoce , incroyable contradiction, phénomène inouï, qui serait unique s'il n'y avait pas quelque chose de plus extraordinaire encore, c'est qu'ils aient pu se faire croire par les peuples et par les rois.

Le chef des réformateurs a fait en peu de lignes sa profession de foi sur les souverains :

« Les princes, dit-il , sont communément les plus « grands fous et les plus fieffés coquins de la terre ; (f on n'en saurait attendre rien de bon ; ils ne sont « dans ce monde que les bourreaux de Dieu, dont il « se sert pour nous châtier (1). »

Les glaces du scepticisme ont calmé la fièvre du seizième siècle, et le style s'est adouci avec les mœurs ; mais les principes sont toujours les mêmes. La secte qui abhorre le Souverain Pontife va réciter ses dogmes.

Que l'univers se laisc el l'êcoule parler'.

« De quelque manière que le prince soit revêtu de « son autorité , il la tient toujours uniquement du

(1) Lulher, dans ses œuvres in-foi., lom. II, p. 48-2, i-ilé dans le livre allemand Irès-remarquable et très-connu , intitulé Der Triumph der philosophie in Achtzehnien Jahrhunderte, in-8o, lom. I, p. 52. Luther s'était même fait , à cet égard , une sorte de proverbe qui disait : Principem etie et non eue talronem vix potsibile ett; c'est-à-dire, être prince et n'être pas brigand, c'est ce qui parait à peine possible. ( Ibid.)

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« peuple, et le peuple ne dépend jamais d'aucun « homme mortel qu'en vertu de son propre consen- « tement (1). »

« Du peuple dépendent le bien-être, la sécurité et la « permanence de tout gouvernement légal. Dans le « peuple doit résider nécessairement l'essence de tout (( pouvoir; et tous ceux dont les connaissances ou la « capacité ont engagé le peuple à leur accorder une « confiance quelquefois sage et quelquefois impru- « dente, sont responsables envers lui de Tusage qu'ils « ont fait du pouvoir qui leur a été confié pour un « temps (2). »

Aujourd'hui, c'est aux princes à faire leurs réflexions. On leur a fait peur de cette puissance qui gêna quelquefois leurs devanciers il y a mille ans , mais qui avait divinisé le caractère souverain. Ils ont donné dans ce piège très-habilement tendu ; ils se sont laissé ramener sur la terre. — Ils ne sont plus que des hommes.

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