‹ Du pape (volume 3)Chapitre 9 sur 208 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE. XI · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. XI

L*Églîse catholique pouvait être représentée par une ellipse. Dans l'un des foyers on voyait saint Pierre , et dans Tautre Charlemagne : TÉglise gallicane avec sa puissance , sa doctrine , sa dignité , sa langue , son prosélytisme, semblait quelquefois rapprocher les deui centres , et les confondre dans la plus magnifique unité.

Mais, 6 faiblesse humaine! ô déplorable aveuglement! des préjugés détestables que J'aurai occasion de développer dans cet ouvrage, avaient totalement perverti cet ordre admirable, cette relation sublime entre les deux puissances. A force de sophismes et de criminelles manœuvres , on était parvenu à cacher au roi très-chrétien Tune de ses plus brillantes prérogatives, celle de présider (humainement) le système religieux, etd^étre le protecteur héréditaire de Funité catholique. Constantin s'honora jadis du titre ù'évêque extérieur. Celui ^e souverain fomtife extérieur ne flattait pas l'ambition d'un successeur de Charlemagne ; et cet emploi , offert par la Providence , était vacant! Ah I si les rois de France avaient voulu donner main forte à la vérité , ils auraient opéré des mira* des ! Mais que peut le roi , lorsque lei lamièreê de son peuple sont éteintes? Il faut même le dire i la gloire immortelle de Tauguste maison, Tesprit royal qui ranime a souvent et très-heureusement été plus savant que les académies , ^ plus juste que tes tribunaux.

Renversée à la fin par un orage surnaturel , nous avons vu cette maison si précieuse pour l'Europe , se relever par un miracle qui en promet d'autres, et qui doit pénétrer tous les Français d'un religieux courage; mais le comble du malheur pour eux , serait de croire que la révolution est terminée, et que la colonne est replacée, parce qu'elle est relevée. Il faut croire, au contraire , que l'esprit révolutionnaire est sans com-

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paraison plus fort et plus dangereux qu'il ne Tétait il y a peu d'années. Le puissant usurpateur ne s*en servait que pour lui. Il savait le comprimer dans sa main de fer, et le réduire à n'être qu'une espèce de monopole ^u profit de sa couronne. Mais depuis que la justice et la paix se sont embrassées , le génie mauvais a cessé d'avoir peur; et au lieu de s'agiter dan^ un foyer unique, il a produit de nouveau une ébullition générale sur une immense surface.

Je demande la permission de le répéter : la révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés. Elle est satanique dans son essence (1). Jamais elle ne sera totalement éteinte que par le principe contraire • et jamais les Français ne reprendront leur place jusqu'à ce qu'ils aient reconnu cette vérité. Le sacerdoce doit être l'objet principal de la pensée souveraine. Si J'avais sous les yeux le tiableau des ordinations, je pourrais prédire de grands événements. La noblesse française trouve à cette époque l'occasion de faire à l'état un sacrifice digne d'elle. Qu'elle offre encore ses fils à l'autel comme dans les temps passés. Aujourd'hui , on ne dira pas qu'elle n'ambitionne que les trésors du sanctuaire. L'Église jadis l'enrichit et l'illustra; qu'elle lui rende aujourd'hui tout ce qu'elle peut lui donner, l'éclat de ses grands noms, qui maintiendi^a l'ancienne opinion, et déterminera une foule d'hommes à suivre des étendards portés par de si dignes mains : le temps fera le reste. En soutenant ainsi le sacerdoce , la noblesse française s'acquittera d'une dette immeose qu'elle a contractée envers la France, et peut-être même envers l'Europe. La plus grande marque de respect et de profonde estime qu'on puisse lui douT ner, c'est de lui rappeler que la révolution française,

C*) Considérations svr la France. Chap. X, § 5.

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qu*elle eût sans doute rachetée de tout son sang, tai cependant en grande partie son ouvrage. Tant qu'une aristocratie pure, c'est-à-dire professantjusqu'à l'exal* tation les dogmes nationaux, environne le trône, il est inébranlable, quand même la faiblesse ou Terreur viendrait à s'y asseoir; mais si le haronnage apostasie, il n'y a plus de salut pour le trône, quand même il porterait saint Louis ou Charlemagne ; ce qui est plus vrai en France qu'ailleurs. Par sa monstrueuse al* liance avec le mauvais principe, pendant le dernier siècle, la noblesse française a tout perdu; c'est à elle qu'il appartient de tout réparer. Sa destinée est sûre , pourvu qu'elle n'en doute pas. pourvu qu'elle soit bien persuadée de l'alliance naturelle, essentielle, nécessaire, française, du sacerdoce et de la noblesse. A l'époque la plus sinistre de la révolution, on a dit : Ce n'est pour la noblesse quune éclipse méritée, EUe reprendra sa place. Elle en sera quitte pour embrasser un jour, de bonne grâce.

Des enfants qu'en son sein elle n'a point portés (I).

Ce qui fut dit il y a vingt ans , se vérifie aujourd'hui. Si la noblesse française est soumise à un recrutement, il dépend d'elle d'en ôtertout ce qu'il pourrait avoir d'affligeant pour les races antiques. Quand elle saura pourquoi il était devenu nécessaire, il ne pourra plus lui déplaire ni lui nuire; mais ceci ne doit être dit qu'en passant et sans aucun détail approfondi.

Je rentre dans mon sujet principal, en observant que la rage anti-religieuse du dernier siècle contre toutes les vérités et toutes les institutions chrétiennes, s'était tournée surtout contre le Saint-Siège. Le,s

(I) CoMidéralions tur la France. Chap. X, §5.

XIV DISCOURS PRÉLmiNAIRE.

conjurés sayaient assez , et le savaient malheureusement bien mieux que la foule des hommes bien intentionnés, que le christianUme repose entièrement sur le Souverain Pontife. C'est donc de ce côté qu'ils tournèrent tous leurs eibrts. S'ils araiei^t proposé aux cabinets catholiques des mesures directement anti^chrétiennes , la crainte ou la pudeur, au défaut de motifs plus nobles, aurait suffi pour les repousser; ils tendirent donc à tous les princes le piège le plus subtil.

Héla»! ils oat des rois égaré les pkls sages !

Ils leur présentèrent le Saint-Siège comme Tennemî naturel de tous les trônes; ils Tenvironnèrent de calomnies, de défiances de toute espèce; ils tâchèrent de le brouiller avec la raison d'état; ils n'oublièrent rien pour attacher l'idée de la dignité à celle de l'indépendance. A force d'usurpations, de violences, de chicanes , d'empiétements de tous les genres , ils rendirent la politique romaine ombrageuse et lente; et ils l'accusèrent ensuite des défauts qu'elle tenait d'eux. Enfin , ils ont réussi à un point qui fait trembler. Le mal est tel que le spectacle de certains pays catholiques a pu quelquefois scandaliser des yeux étrangers à la vérité, et les détourner d'elle. Cependant, sans le Souverain Pontife, tout l'édifice du christianisme est miné, et n'attend plus, pour crouler entièrement, que le développement de certaines circonstances qui seront mises dans tout leur jour.

En attendant , les faits parlent. A-t-on jamais vu des protestants s'amuser à écrire des livres contre les Églises grecque, nestorienne, syriaque, etc., qui professent des dogmes que le protestantisme déteste? Ils s'en gardent bien. Ils protègent, au contraire, ces Églises; ils leur adressent des compliments, et se

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montrent prêts à s'unir à elles, tenant constamment pour véritable allié tout ennemi du Saint-Siège (1).

L'incrédule, de son côté, rit de tous les dissidents et se sert de tous, parfaitement sûr que tous, plus ou moins, et chacun à sa manière, avancent son grand ceupre, c'est-à-dire la destruction du christianisme.

Le protestantisme, le philosophisme et mille autres sectes plus ou moins perverses ou extravagantes, ayant prodigieusement diminué les vérités parmi les hommes (2), le genre humain ne peut demeurer dans rétat où il se trouve. Il s'agite , il est en travail , il a honte de lui-même, et cherche, avec je ne sais quel mouvement convuisif, à remonter contre le torrent des erreurs , après s'y être abandonné avec Taveuglement systématique de Torgueil. A cette époque mémorable il m'a paru utile d'exposer, dans toute sa plénitude , une théorie également vaste et importante, et de la débarrasser de tous les nuages dont on s'obstine à l'envelopper depuis si longtemps. Sans présumer trop de mes efforts , j'espère cependant qu'ils ne seront pas absolument vains. Un bon livre n'est pas celui qui persuade tout le monde, autrement il n'y aurait point de bon livre; c'est celui qui satisfait complètement une certaine classe de lecteurs à qui l'ouvrage s'adresse particulièrement, et qui du reste ne laisse douter personne ni de la bonne foi parfaite de l'auteur, ni de l'infatigable travail qu'il s'est imposé pour se rendre maître de son sujet , et lui trouver même, s'il était possible, quelques faces nouvelles. Je me flatte naïvement que, sous ce point de vue, tout lecteur équitable jugera que je suis en rè-

(I) Voyez les RecKerchet asiatiques de M. Glaudius Buchanan, docteur en théologie anglaise, où il propose à l'Eglise anglicane de s'allier« dans Tlnde, à la syriaque, parée qu'elle rejette la suprématie du Pape; in-8o Londres, 1812, p. 283 à 287.

(2; Diminutœ sunl veritales à filiis hominum. (Ps. XI, v. 2.}

XVI DISCOURS PKÊLIHINAIRB.

gle. Je crois qu*il n'a jamais été plus nécessaire d'environner de tous les rayons de Tévidence une vérité du premier ordre , et je crois de plus que la vérité a besoin de la France. J'espère donc que la France me lira encore une fois avec bonté ; et je m'estimerais heureux surtout si ses grands personnages de tous les ordres, en réfléchissant sur ce que j'attends d'eux, venaient à se faire une conscience de me réfuter.

Mai^ 1817.

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