‹ Du pape (volume 3)Chapitre 8 sur 208 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE. IX · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. IX

que son nom de baptême , orné du modeste surnom d'ermite, aidé seulement de sa foi et de son invincible volonté, souleva TËurope, épouvanta F Asie, brisa la féodalité, anoblit les serfs, transporta le flambeau des sciences, et changea TEurope.

Bernard le seconda; Bernard, le prodige de son siècle et Français comme Pierre , homme du monde et cénobite mortifié, orateur, bel esprit, homme d'état , solitaire , qui avait lui-même au dehors plus d'occupations que la plupart des hommes n'en auront jamais ; consulté de toute la terre , chargé d'une infinité de négociations importantes , pacificateur des états, appelé aux conciles^ portant des paroles aux rois, instruisant les éveques , réprimandant les Papes , gouvernant un ordre entier, prédicateur et orade de son temps (1).

On ne cesse de nous répéter qu'aucune de ces fameuses entreprises ne réussit. Sans doute aucune croisade ne réussit ^ les enfants même le savent; mais toutes ont réussi^ et c'est ce que les hommes mêmes ne veulent pas voir.

Le nom français fit une telle impression en Orient, qu'il y est demeuré comme synonyme de celui d'Européen; et le plus grand poète de l'Italie, écrivant dans le seizième siècle , ne refuse point d'employer la même expression (2).

Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constaniinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repoussé l'islamisme et suffoqué le schisme; malheureusement il ne sut pas se maintenir.

Magnis tamen excidil ausis.

Une grande partie de la gloire littéraire des Français, surtout dans le grand siècle, appartient au

(4) Bourdaloue, serm. sur la Tuile du inonde, première partie. (2j II popol Franco. { Les croisés, l'armée de Go<iefroi.) Tasso.

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clergé. La science s'opposaat en général à la propagation des familles et des noms (1) , rien n'est plus conforme à Tordre qu'une direction cachée de la science vers l'état sacerdotal et par conséquent célibataire.

Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française , et nulle souveraineté n'employa , plus avan* tageusement pour elle , un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. Ministres, ambassadeurs, négociateurs, instituteurs, etc. , on les trouve partout. DeSuger àFleury, la France n'a qu'à se louer d'eux. On regrette que le plus fort et le plus éblouissant de tous se soit élevé quelquefois jusqu'à l'inexo* rable sévérité; mais il ne la dépassa pas; et je suis porté à croire que, sous le ministère de ce grand homme, le supplice des Templiers et d'autres événements de cette espèce n'eussent pas été possibles.

La plus haute noblesse de France s'honorait de remplir les grandes dignités de l'Église. Qu'y avait^ii en Europe au-dessus de cette Église gallicane, qui possédait tout ce qui platt à Dieu et tout ce qui captive les hommes : la vertu , la science, la noblesse et l'opulence?

Veut-on dessiner la grandeur idéale? qu'on essaie d'imaginer quelque chose qui surpasse Fénelon , on n'y réussira pas.

Charlemagne, dans son testament, légua à ses fils la tutelle de l'Église romaine. Ce legs, répudié par les empereurs allemands, avait passé comme une espèce de fidéicommis à la couronne de France.

(I ) De là vient sans doute l'antique préjugé fur l'incompatibilité de la science et de la noblesse, préjugé qui tient, comme tous les autres, à quelque chose de caché. Aucun savant du premier ordre n'a pu créer une race. Les noms même du seizième siècle, fameux dans les sciences et les lettres, ne subsistent déjà plus-

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