‹ Du pape (volume 3)Chapitre 92 sur 208 · LIVRE II, CUAPfTRK VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CUAPfTRK VI

préjugé, et Ton sera frappé de cette difTérence, même chez les Papes les moins Papes , s'il est permis de s*exprimer ainsi. Du reste, tous ensemble, comme princes, ont eu les mêmes droits que les autres princes , et il n'est pas permis de leur faire des reproches sur leurs opérations politiques, quand même ils auraient eu le malheur de ne pas faire mieux que leurs augustes collègues. Mais si Ton remarque, au sujet de la guen*e en particulier, qu'ils Font faite moins que les autres princes , qu'ils l'ont faite avec plus d'humanité, qu'ils ne l'ont jamais recherchée ni provoquée , et que du moment où les princes , par je ne sais quelle convention tacite qui mérite quelque attention, semblent s'être accordés à reconnaître la neutralité des Papes , on n'a plus trouvé ceux-ci mêlés dans les intrigues ou opérations guerrières; on ne saurait disconvenir que, même dans l'ordre politique , ils n'aient maintenu la supériorité qu'on a droit d'attendre de leur caractère religieux. En un mot, il est arrivé quelquefois aux Papes 9 considérés comme princes temporels, de ne pas se conduire tnieux que les autres. C'est le seul reproche qu'on puisse leur adresser justement; le reste est calomnie.

Mais ce mot de quelquefois désigne des anomalies qui ne doivent jamais être prises en considération. Quand je dis, par exemple, que les Papes, comme piinces temporels, n'ont jamais provoqué la guerre, je n'entends pas répondre de chaque fait de cette longue histoire examinée ligne par ligne ; personne n'a droit de l'exiger de moi. Je n'insiste , sans convenir inutilement de rien , je n'insiste , dis-jc , que sur lie caractère général de la souveraineté pontificale. Pour la juger sainement, il faut regarder d'en haut

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et ne voir que Fensemble. Les myopes ne doivent pas lire l'histoire : ils perdent leur temps.

MfffS qu'il est difficile déjuger les Papes sans préjugés! I-.ê seizième siècle alluma une haine mortelle contre le Pontife; et Tincrédulité du nôtre, fille aînée de la réforme, ne pouvait manquer d'épouser toutes les passions de sa mère. De cette coalition terrible est née je ne sais quelle antipathie aveugle qui refuse même de se laisser instruire, et qui n'a pas encore cédé, à beaucoup près, au scepticisme universel. En feuilletant les papiers anglais , on demeure frappé d'élonnement à la vue des inconcevables erreurs qui occupent encore des têtes d'ailleurs très-saines et très-estimables.

A l'époque des fameux débats qui eurent lieu en l'année 1805, au parlement d'Angleterre, sur ce qu'on appelait Vémancipation des Catholiques , un membre de la chambre haute s'exprimait ainsi , dans une séance du mois de mai :

(( Je pense , et même je suis certain , que le Pape « n'est quune misérable marionnelle entre les mains « de l'usurpateur du trône des Bourbons; qu'il n'ose <( pas faire le moindre mouvement sans l'ordre de (( Napoléon ; et que si ce dernier lui demandait une u bulle pour animer les prêtres irlandais à soulever H leur troupeau contre le gouvernement, il ne la a refuserait point au despote (1). »

(<) / tfUng^ nay^jam certain ihal ihc Pope is the nuterabie puppet of the usurper of the throne of the Bourbons that he dare not move but by Napeleon's eommand ; and should he order him to influence the Irish priests to rose their fiocks to rébellion, he could not refunt to obey the desppt. ( Parliamenlary debales, vol. IV. Loiidon, 1805 , iti;8o, col. 726.)

Ce ton colérique et insuUanl a lieu d*étonuer dans la bouche d'un

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