‹ Du pape (volume 3)Chapitre 91 sur 208 · UVRK II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

UVRK II, CHAPITRE VI

iure est bien la matlresse de mettre dans la tète et dans le cœur d'un Pape le génie et l'ascendant d'un (mstave-Adolphe ou d'un Frédéric II. Que les chances de l'élection portent sur le trône pontifical un cardinal dé Richelieu, difficilement il s'y tiendra tranquille. Il faudra qu'il s'agite, il faudra qu'il montre ce qu'il est; souvent il sera roi sans être Pontife, et rarement même il obtiendra de lui d'être Pontife sans être roi. Néanmoins, dans ces occasions même, à travers les élans de la souveraineté , on pourra sentir le Pontife. Prenons, par exemple, ce même Jules II, celui de tous les Papes, si je ne me trompe, qui semble avoir donné le plus de prise à la critique sur l'article de la guerre , et comparons-le avec Louis XII , puisque l'histoire nous les présente dans une position absolument semblable, l'un au siège de la Mirandole, l'autre au siège de Peschiera , pendant la ligue do Cambrai. « Le bon roi , le père du peuple , honnête « homme chez lui (1), ne se piqua pas de faire usage , a envers la garnison de Peschiera , de ses maximes a sur la clémence (2). Tous les habitants furent passés « au fil de l'épée; le gouverneur André Riva et son « fils furent pendus sur les murs (3). » Voyez au contraire Jules II au siège de la Miran-

(4) Voltaire, Etsai sur tes mceurj, etc., tom. III , chap. CXIl. Ce trait malicieux mérite attention. Je ne vante point la cuirasse de Jules II, quoique celle de Ximénès ail mérité quelque louange ; mais je dis qu*avanl de sévir contre la politique de Jules 11 , il Taul bien examiner celle qu*il fut obligé de combattre. Les puissances du second ordre font ce qu*elles peuvent. On les juge ensuite comme si elles avaient fait ce qu'elles ont voulu. Il n'y a rien de si commun et de si injuste.

(2) Hist. de la ligue de Cambrai, liv I, c. XXV.

(5) Life and Ponti/icate of Léo the tenth, hy M. William Bosroe Lnndon. M'Oreêry, in-it*, <805, tom. Il, chap. Mil, p. 68.

dole; il accorda sans doute plusieurs choses à son caractère moral; et son entrée par la brèche ne fut pas extrêmement pontificale; mais au moment où le canon eut fait silence , il n'eut plus d'ennemis , et rhistorien anglais du pontificat de Léon X nous a conservé quelques vers latins où le poëte dit élégamment à ce Pape guerrier : « A peine la guerre est déc( clarée que vous êtes vainqueur; mais chez vous le a pardon est aussi prompt que la victoire. Comte battre, vaincre et pardonner, pour vous c'est une « même chose. Un jour nous donna la guerre; le a lendemain la vit finir, et votre colère ne dura pas c( plus que la guerre. Ce nom de Jules porte avec lui « quelque chose de divin ; il laisse douter si la valeur « l'emporte sur la clémence (1). »

Bologne avait insulté Jules II à l'excès : elle était allée jusqu'à fondre les statues de ce Pontife altier; et cependant après qu'elle eut été obligée de se rendre à discrétion, il se contenta de menacer et d'exiger quelques amendes; et bientôt Léon X , alors cardinal , ayant été nommé légat dans cette ville , tout demeura tranquille (2). Sous la main de Maximilien, et même du bon Louis XII, Bologne n'en aurait pas été quitte à si bon marché.

Qu'on lise l'histoire avec attention, comme sans

(1) Vix bellum indialum est quitm vineis, nec ciliùs vis

Vincere quàm parcas : hœc Iria agis pariter. Una dedil bellum, bellum lux suslulil una,

Nec libi qudm bellum longior ira fuit.

Hoc nomen divinum aliquid fert secum, et ulriim sit Milior anne idem fortior, ambigitur.

( Casanova, post expugnationem Mirandulœ, 24 jun. 4541 ; M. Roscoc, ibid. p. 85.)

(2) Roscoe, ibid. chap. IX, p. 428

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