‹ Du pape (volume 3)Chapitre 96 sur 208 · LIVRE II ^ CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II ^ CHAPITRE VII

Or, jamais les Papes et TËglise, en général, ne rendirent de service plus signalé au monde que celui de réprimer chez les princes , par l'autorité des censures ecclésiastiques , les accès d'une passion terrible même chez les hommes doux, mais qui n'a plus de nom chez les hommes violents , et qui se jouera constamment des plus saintes lois du mariage partout où elle sera à Taise. L'amour, lorsqu'il n'est pas apprivoisé jusqu'à un certain point par une extrême civilisation, est un animal féroce capable des plus horribles eicès. Si l'on ne veut pas qu'il dévore : tout, il faut qu'il soit enchaîné, et il ne peut l'être que par la terreur; mais que fera-t-on craindre à celui qui ne craint rien sur la terre? La sainteté des mariages, base sacrée du bonheur public, est surtout de la plus haute importance dans les familles royales, où les désordres d'un certain genre ont des suites incalculables dont on est bien éloigné de se douter. Si dans la jeunesse des nations septentrionales, les Papes n'avaient pas eu le moyen d'épouvanter les passions souveraines, les princes , de caprices en caprices et d'abus en abus, auraient fini par éta'blir en loi le divorce, et peut-être la polygamie; et ce désordre se répétant ^ comme il arrive toujours , jusque dans les dernières classes de la société , aucun œil ne saurait plus apercevoir les bornes où se serait arrêté un tel débordement.

Luther, débarrassé de cette puissance incommode qui, sur aucun point de la morale , n*est plus inflexible que sur celui du mariage, n'eut-il pas Teffronterie d'écrire dans son commentaire sur la Genèse , publié en 1525, que sur la question de savoir si Von peut avoir plusieurs femmes , l'autorité des patriarches nous

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laisse libres; que la chose n'est ni permise ni défendue, et que pour lui il ne décide rien (1) : édifiante théorie qui trouva bientôt son application dans la maison du landgrave de Hesse-Cassel.

Qu'on eût laissé faire les princes indomptés du moyen -âge, et bientôt on eût vu les nupurs des païens (2). L'Église même, malgré sa vigilance et ses efforts infatigables, et malgré la force qu'elle exerçait sur les esprits dans les siècles plus ou moins reculés , n'obtenait cependant que des succès équivoques ou intermittents. Elle n'a vaincu qu'en ne reculant jamais.

Le noble auteur que je citais tout à l'heure a fait des réflexions bien sages sur la répudiation d'Éléonore de Guienne : « Cette répudiation, dit-il , fit per- (i dre à Louis Vil les riches provinces qu'elle lui avait

« apportées Le mariage d'Ëiéonore arrondissait

(( le royaume et retendait jusqu'à la mer de Gasco- « gne. C'était l'ouvrage du célèbre Suger, un des c< plus grands hommes qui aient existé, un des plus a grands ministres, un des plus grands bienfaiteurs (( de la monarchie. Tant qu'il vécut, il s'opposa à « une répudiation qui devait attirer sur la France « tant de calamités; mais après sa mort, Louis VU « n'écouta que les motifs de mécontentement per- « sonnels qu'il avait contre Ëléonore. // devait songer a que les mariages des rois sont autre chose que des

(4) Bellarmin, de C(mtrov. ehriit, fid. Ingoltl. 46(H,tfi-/b/. $om, tlly col, 4734.

(2) « Les rois francs, Gonlran, Cariberl, Slgeberl , Chilpéric, Dago- « bert, avaient eu plusieurs femmes à la fois sans qu'on en eût muro muré ; et si c'était un scandale, il était sans trouble. » ( Volt., Essai sur riiist. génér. , lom. I, chap. XXX. p. U6.) Admettons le fait; il prouve seulement combien de semblables princes avaient besoin d'être réprimés.

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