‹ Du pape (volume 3)Chapitre 97 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE Vn

<f actes de famille : ce sont , et c'étaient SURTOUT (c ALORS , des traités politiques qu'on ne peut changer a sans donner les plus grandes secousses aux états dont <c ils ont réglé le sort (1). »

On ne saurait mieux dire; mais tout à l'heure, lorsqu'il s*agissait des mariages sur lesquels le Pape avait cru devoir interposer son autorité , la chose s'orfrait à l'auteur sous une tout autre face , et l'action du Souverain Pontife, pour empêcher un adultère solennel , n'était plus quun scandale ajouté à celui de V adultère. Telle est, même sur les meilleurs esprits, la force entraînante des préjugés de siècle, de nation et de corps; il était cependant très^isé de voir qu'un grand homme capable d^arréter un prince passionné, et un prince passionné capable de se laisser mener par un grand homme , sont deux phénomènes si rares qu'il n'y a rien de si rare au monde , excepté Theureuse rencontre d'un tel ministre et d'un tel prince.

L'écrivain que j'ai cité dit fort bien, surtout ALORS. Sans doute, surtout alors I 11 fallait donc alors des remèdes dont on peut se passer et qui seraient même nuisibles aujourd'hui. L'extrême civilisation apprivoise les passions ; en les rendant peut-être plus abjectes et plus corruptives, elle leur ôte au moins cette féroce impétuosité qui distingue la barbarie. Le christianisme , qui ne cesse de travailler sur l'homme, a surtout déployé ses forces dans la jeunesse des nations; mais toute la puissance de l'Église serait nulle si elle n'était pas concentrée sur une seule tête étrangère et souveraine. Le prêtre sujet manque toujours de force, et peut-être même qu'il en doit manquer à l'égard de son souverain. La Providence peut susciter

'!) Lettres sur rhisloirc, ibid. lettre XLVI, p 47» à 481.

un Ambroise (rara avis in terris!) pour effrayer un Théodose; mais dans le cours ordinaire des choses, le bon exemple et les remontrances respectueuses sont tout ce qu'on doit attendre du sacerdoce. A Dieu ne plaise que je nie le mérite et Tefficacité réelle de ces moyens! mais, pour le grand œuvre qui se préparait, il en fallait d'autres; et pour l'accomplir, autant que notre faible nature le permet, les Papes furent choisis. Ils ont tout fait pour la gloire, pour la dignité , pour la conservation surtout des races souveraines. Quelle autre puissance pouvait se douter de l'importance des lois du mariage sur les trônes surtout, et quelle autre puissance pouvait les faire exécuter sur les trônes surtout? Notre siècle grossier a-t-il pu seulement s'occuper de Tun des plus profonds mystères du monde? Il ne serait cependant pas difficile de découvrir certaines lois, ni même d'en montrer la sanction dans les événements connus, si le respect le permettait; mais que dire à des hommes qui croient qu'ils peuvent faire des souverains?

Ce livre n'étant pas une histoire , je ne veux point accumuler les citations. Il suffira d'observer en général que les Papes ont lutté et pouvaient seuls lutter sans relâche pour maintenir sur les trônes la pureté et l'indissolubilité du mariage, et que, poiu* cette raison seule , ils pourraient être placés à la tête des bienfaiteurs du genre humain, a Car les mariages des « princes, c'est Voltaire qui parle , font dans l'Eu- « rope le destin des peuples ; et jamais il n'y a eu de (( cour entièrenf^nt livrée à la débauche , sans qu'il y ait « eu des révolutions et même des séditions (1 ). »

(I) Voltaire, Essai sur l'hist. génér., tom. UI, ch. CI, pag. 518; ch. eu , pag. 520r

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