ANAXOGI£S TIRÉES BU POUVOIR TEMPOREL
Supposons que, dans un interrègne, le roi de France étant absent ou douteux , les ëtatsgénéraux se fussent divisés d'opinion et bientôt de fait , en sorte qu'il y eut eu , par exemple, des états-généraux à Paris et d'autres à Lyon ou ailleurs , où serait la France ? C'est la même question que la précédente , où serait t Eglise ? Et de part et d'autre , il n'y a pas de réponse, jusqu'à ce que le Pape ou le roi vienne dire : Elle est ici.
Otez la reine d'un essaim , vous aurez des abeilles tant qu'il vous plaira , mais de ruche , jamais.
Pour échapper à la comparaison si pressante , si lumineuse , si décisive des assemblées nationales , les chicaneurs modernes ont object é çu'il n'y a point de parité entre les conciles et les états-généraux y parce que ceux-ci n*avoient que le droit de représentation. Quel sophisme ! quelle mauvaise foi ! Comment ne voit-on pas qu'il s'agit ici d'états-généraux.
qu'on suppose tels qu'on en a besoin pour le raisonnement ? Je n'entre donc point dans la question de savoir si de droit ils étoient colëgislateurs ; je les suppose tels : que manquet-il à la comparaison ? Les conciles œcuméniques ne sont-ils pas des états-généraux ecclésiastiques , et les étals-généraux ne sont-ils pas des conciles œcuméniques civils ? Ne sont-ils pas colégislateurs, par la supposition y jusqu'au moment où ils se séparent, sans l'être un instant après ? Leur puissance , leur validité , leur existence morale et législatrice ^ ne dépendent-elles pas du souverain qui les préside ? Ne deviennent-ils pas séditieux , séparés , et par conséquent nuls du moment où ils agissent sans lui ? Au moment où ils se séparent, la plénitude du pouvoir législatif ne se réunit-elle pas sur la tête du souverain ? L'ordonnance de Blois , de Moulins, d'Orléans, fait -elle quelque tort à l'ordonnance de la marine j à celle des eaux et forêts ^ des substitutions , etc. ?
S'il y a une différence entre les étals et les conciles généraux, elle est toute à l'avantage des premiers ; car il peut y avoir des étatsgénéraux au pied de la lettre , parce qu'ils ne se rapportent qu'à un seul empire, et que toutes les provinces y sont représentées ; au
lieu iju^un concUe général, au pied de la lettre^ \
est rigoureusement impossible, vula multitude des souverainetés et les dimensions du globe terrestre, dont la superficie est notoiranent égale à quatre grands cercles de trois mille lieues de diamètre.
Que si quelqu'un s'avisoit de remarquer que les états-généraux n'étant pas permanens, ne pouvant être convoqués que par un supé-^ rieur, ne pouvant opiner qu'avec lui et cessant d'exister à la dernière sesiion , il en résulte nécessairement et sans autre considération , qu'ils ne sont pas colégislateurs dans toute la force du terme , je m'embarrasserois fort peu de répondre à cette objection; car il n'en de-, meureroit pas moinâ sûr que les âats-géné^ raux peuvent être infiniment utiles pendant qu'ils sont assemblés , et que durant ce temps le souverain législateur n'agit qu'avec euTc
Je serois bien le maître, cependant ^ de parler des conciles aussi défavorablement qu'çn a p^rlé saint Grégoire de iNazianze, Je n'ai J€unais vu , disoit ce grand et saint personnage , de concile rassemblé sans danger et sans incon'* i^énient...... Si je dois dire la vérité j j'évite y
autant que je puis , les assemblées de prêtres et V
îTévéques ; je n'en ai jamais vu finir une dune manière heureuse et agréable y. et qui riait servi tOM. u 3
plutôt à augmenter les maux qiùà les faire disparoître {}).
- Mais je ne veux point pousser les choses trop loin , d'autant que le saint homme même que je viens de citer, s'est expliqué, si je ne me trompe. Les conciles peuvent être utiles ; ils seraient même de droit naturel quand ils lie seroîent pas de droit ecclësiàstique , n'y ayant rien de si naturel en théorie , surtout, que toute association humaine se rassemble comme elle peut %e rassembler, c*est-à-dire par ses représentans présidés par im chef, pour faire des lois et veiller aux intérêts de la communauté. Je ne conteste nullement sur ce point ; je dis seulement que le corps représentatif intermittent, s'il est surtout accidentel et non périodique , est par la nature même des choses , partout et toujours inhabile à gouverner ; et que pendant ses sessions même , il n'a d'existence et de légitimité que par son chef.
Transportons en Angleterre la scission politique que j'ai supposée tout à l'heure en France. Divisons le parlement ; où sera le véritable ? Avec le rai. Que si la personne du
(i) Grtg» Naz. episU hV^ ad Procop. Ce texte e«t Yulgaire.
toi ëtoit douteuse , il n'y auroit plus de par^ tentent , mais seulement des assemblées qui chercheroient le roi; et si elles ne pouvoîent . s^accorder , il y auroit guerre et anarchie. Faisons une supposition plus heureuse et n'admettons qu'une assemblée ; jamais elle ne sera parlement jusqu'à ce qu'elle ait trouvé^le roi : mais elle exercera licitement tous les pouvoirs nécessaires pour arriver à ce grand but ; car ces pouvoirs sont nécessaires et par conséquent de droit naturel. Une nation ne pouvant s'assembler réellement , il faut bien qu'elle agisse par ses représentans. A toutes les époques d'anarchie , un certiaip nombre d'hommes s'empareront toujours du pouvoir pour arriver à un firdre quelconque; et si cette assemblée, en retenant le nom et les formes antiques, avoit de plus rassentiment de la nation , manifesté au moins par le silène^ elle jouiroit de toute la légitimité que ces circonstances malheureuses comportent, ' •
Que si la monarchie , au lieu d*ètre héréditaire , étoit élective , et qu'il se trouvât plusieurs compétiteurs élu* par différens partis , rassemblée ' de vroit ou désigner le véritable , si elle trouvoit en faveur de Tun d'eux des raisons évidentes de préférence , bu les déposer tous pour en élire mi nquvcaû, si elle n'aper-' cevoit aucuiie de ces faisons décisives.
Maïs c'est à qiioi se borneroit sa puissance* Si elle se permettoit de faire d'autres lois , le roi , d'abord après son accession , auroit droit de les rejeter; car les mots d! anarchie et de /o* s'excluent réciproquement; et tout ce qui a été fait dans le premier état, ne peut avoir qu'une valeur momentanée et de pure circonstance.
Que si le roi trouvoit que plusieurs choses auroient été faites parlementairement , c'està-dire suivant les véritables principes de la constitution , il pourroit donner la sanction royale à ces différentes dispositions, qui deviendroient des lois obligatoires, même pour le rai, qui se trouve, en cela surtout, image de Dieu sur la terre ; car , suivant la belle pensée de Séfièque, Dieu obéit à des loisy mais ç^est lui qui les a. faites.
Et c'est dans ce sens que la loi pouiroit être dite au-dessus du roi, comme le concile est cai^essus du Pape; c'est-à-dire que ni le roi ni le Souverain Pontife ne peuvent revenir contre ce qui a été fait parlementaire^ ment et conciliairement , c'est-à-dire par euxm()mes en parlement et en concile. Ce qui loin d'affoiblir l'idée de la monarchie , la complète au contraire , et la porte à son plus haut degré de perfection^ en excluant toute idée accessoire d'arbitraire ou de versatilité.
Hume a fait sur le concfle de Trente une réflexion brutale , qui mérite cependant d'être prise en considération. Cest le seul concile général y dit-il, qiion ait tenu dans un siècle véritablement éclairé et obseriHiteur ; mais on ne doit point s'attendre à en inrir un mitre ^ Jusqu'à ce que Festùiction du sawir et Tem- -pire de t ignorance préparent de noui^eau le genre humain à ces grandes impostures (i).
Si Ton ôte de ce morceau PinsuUe et letton de scurrilité qui n'abandonnent jamais Terreur (2) , il reste quelque chose de vrai : plus
(1) It ts the onlx^ gênerai eouncil (of Trtnt^s)^ which has been held in an âge truly learned and inqttisitive*,^ No one expect io see another gênerai xouncil^ till ihe decay ofleaming and the progress of ignorance shall ùgainjit mankind for thèse great impostures. (Humera Elisabeth , i563 , cb. XXXIX, note K. )
(2) Cest une observation que je recommande à Vatiention de tous les penseurs. La vëritë , en combattant Terreur, ne se fâche jamais. Dans la masse énorme des livres de nos controversistes, il faut regarder avec un microscope pour découvrir une vivacité échappée à la, foiblesse humaine. Des hommes tels que Bellarmitif Bossuet y Bergier ^ etc. , ont pu combattre toute leur vie, sans se permettre, je ne dis pas une insulte^ mais la plus légère personalité. Les docteurs pro* testana partagent ce privilège , et méritent la même
le mondé sera éclaire , et moins on pensera à un concile général. Il y en a eu vingt-un dans toute la durée du christianisme , ce qui assigneroit à peu près un concile œcuménique à chaque époque de quatre-vingt-six ans ; mais Ton voit que depuis deux siècles et demi, la religion s'en est fort bien passée ; et je ne crois pas que personne y pense, malgré les besoinsextraordinaires de l'Eglise, auxquels le Pape pourvoira beaucoup mieux qu'un concile général , pour\ni que Ton sache se servir de sa puissance.
Le inonde est devenu trop grand pour les conciles généraux , qui ne semblent faits que pour la jeunesse du christianisme.
louange toutes les fois qu'ils combattent Hncrëdulité; car, dans ce cas, c'est le chrétien qui combat le déiste, le matérialiste , l'athée , et par conséquent , c'est encore la vérité qui combat Terreur ; mais s'ils se tournent contre TËglise romaine , dans Tinstant même ils in-, sultent ; car l'erreur n'est jamais de sang froid ea combattant la vérité. Ce double caractère est également visible et décisif. Il y a peu de démonstrations au^i bien senties par la conscience^
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