‹ Du pape (volume 4)Chapitre 15 sur 52 · DES NATIONS · texte numérisé non relu

DES NATIONS

AlAis ce mot de jeunesse m'avertit d'obsei:>'er qixe cette expression et quelques autres du même ^nre , se rapportenjt à la durée tqtal^ d'un corps ou d'un individu. Si je me repré-; sente » par exemple , la république romaine ^ qui dura cinq cents ans , je sais ce que veulent dire ces expressions : La jeunesse ou les pre^ mières années de la république romaine; et s'il s'agit d'un homme qui doit vivre à peu près quatre-vingts ans> )e me refera] encore sur cette durée totale ; et je sais que si l'homme^ vivoit mille^ans, il seroit jeune, à deux cents» Qu'est-ce donc que la jeunesse d'une religion qui doit durer autant que le monde ? On parle beaucoup ài^ ptemiers siècles du Christian idsme : en vérité je ne voudrois.pas assurer qu'ils sont passés.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pa5 de plus faux raisonnefnent que celui qui veut nous ramener

h ce qu'on appelle les premiers siècles , sans savoir ce qu'on dit.

Il seroit mieux d'ajouter, peut-être, que dans un sens l'Eglise n'a poinf; d'âge. La religion chrétienne est la seule institution qui n'admettç point de décadence , parce que c'est la seule divine. Pour l'extérieur, pour les pratiques , pour les cérémonies, elle laisse quelque chose aux v^ations humaines. Mais l'essence est toujours la même, et anni ejus non defi-^ cient. Ainsi , elle se laissera obscurcir par la barbarie du moyen âge , parce qu'elle ne veut point déranger les lois du genre hiunain; mais eUe produit cependant à cette époque une foule d'honunes supérieurs , et qui ne tiendront que d'elle leur supériorité. Elle se relève enetuite avec l'homme, l'accompague et le perfectionne dans toutes les situations; différente en cela et d'une manière frappante , de toutes les institutions et de tous les empires humaine , qui ont une enfance ^ une virilité , une vieillesse et une fin, ^

Sans pousser plus loin ces observations, ne parlons pas tant des premiers siècles , ni des conciles œcuméniques^ depuis que le monde est devenu si grand ; ne parions pas surtout des premiers siècles y comme si le temps a voit prise sur l'Eglise. Les plaies qu'elle reçoit ne

viennent que de nos vices ; les siècles , en glissant sur elle , ne peuvent que la perfectionner.

Je ne terminerai point ce chapitre sans protester de nouveau expressément de ma parfaite orthodoxie au sujet des conciles généraux. Il peut se faire sans doute que certaines circonstances les rendent nécessaires, et je ne voudrois poînt\iier , par exemple, que le concile de Ti-ente n^ait exécuté des choses qui ne pouvoiçnt Tôtre que par lui; mais jamais le Souverain Pontife ne se montrera plus infaillible , que sur la question de savoir si le concile est indispensable, et jamais la puissance temporelle ne pourra mieux faire que de s'en rapporter à lui sur ce point. ^

Les Français ignorent peut-être que tou|:

ce qu'on peut dire de plus raisonnable sur le Pape et sur les conciles, a été dit par deux théologiens français , en deux t^ctes de quelques lignes , pleins de bon sens et de finesse ; textes bien connus et aj)préciés en Italie par les plus sages défenseurs de la monarchie légitime. Ecoutons d'abord le grand athlète du XVI/ siècle, le fameux vainqueur \leMomay:

« L'infaillibilité que Ton présuppose être au » pape Clément, comme au tribunal souve- » rain de l'Eglise , n'est pas pour dire qu'il soit 9 ^issisté de Fesprit de Dieu , pour avoir sa

(4:») 3» lumière nëcessaire à décider toutes les ques- » tions ; mais son infaillibilité consiste en ce » cjue toutes les questions auxquelles il se sent 3» assisté d'assez de lumières pour les juger , » il les juge : et les autres auxquelles il ne se y» sent pas- assez assisté de lumières pour les y> juger, il les remet au concile (i) »•

C'est positivement la théorie»des états-généraux , à laquelle tout bon esprit se trouvera constanunent ramené par la force de la vérité.

Les questions ordinaires dans lesquelles le roi se sent assisté (tassez de lumières , il les décide lui-même , et les autres auxquelles il ne se séné pas assez assisté^ il les remet aux états-généraux présidés par hu. Mais toujours il est souverain.

L'autre théologien français, c'est Thomassîn qui s'exprime ainsi dans l'une de ses savantes dissertations:

<( Ne nous battons plus pour savoir si le » concile œcuménique est au-dessus ou auy» dessous du Pape. G>ntentons-nous de savoir; » que le Pape au milieu du concile est au- » dessus de lui-même , et que le cohcile déca-

(i)Perroiiiaiu, article infaiUibUiti.

» pùé de son chef est au-dessous de lui- » même (i) ».

Je ne sais si jamais on a mieux dit. Thomassin , surtout , gêné par la dëclaration de 1 682 , s'en est tiré habilement^ et nous a fait sufiisamment connoître ce qu'il pensoit des conciles décapUis ; et les deux textes réunis se joignent à tant d^autres pour nous faire connoître la doctrine unwerselle et invariable du clergé de France , si souvent invoquée par les apôtres des IV articles.

(a) Ne âigladiemur major synodo Fontifex , vel Ponttfice synodus œcumenica srt ; sed agnoscamus smccenturiatum synodo Pontificem se ipso majorem esse; TRuncAT^AU PONTIFICK synodum M ipsA esse mi^ norern» , ,

Thomassin , in dissert, de conc chi^Iced. n.^ XIV. — Orsi. De rom. Pont, auctor.lib. I, cap. XV , art. 111^ P» iôo;etIib.II,cap. XX, p. i84*Roxn8e, i772,iii-4*^

^/tMV W ¥y¥k iW in M vywiMM%^iwvy w kV v yuy% M %Mi^ yw %Ai w %,'m!^

Page 1