‹ Du pape (volume 4)Chapitre 28 sur 52 · INFAILLIBILITÉ DE FAIT · texte numérisé non relu

INFAILLIBILITÉ DE FAIT

Ol du droit nous passons aux faits, qui sont la pierre de touche du droit, nous ne pouvons nous empêcher de convenir que la chaire de| S. Pierre , considérée dans la certitude de ses décisions, est un pnénopiène naturellement incompréhensible. Répondant à toute la terre depui^ix-huit siècles , combien de fois les Papes se sont^ls trcnipés incontestablement ? jamais. On leur fait des chicanes, mais sans pouvoir jamais alléguer rien de décisif.

Parmi les protestans et en France même , comme je Fai observé souvent, on a amplifié ridée de l'infaillibilité , au point d'en faire un épouvantaîl ridicule ; il est donc bien essen^ tiel de s'en former une idée nette et parfaitement circonscrite. ^

Les défenseurs de ce grand privilège disent donc et ne disent rien de plus , que le Soiweraùè Pontife parlant à t Eglise librement (i) , c^, ' ■ ' / ■ ■■

(i) Par ce mot librement^ j^entends qae ni les tourineat , ni U pertécuHoa , m U violeqoe enfin , aous

(«39) comme dà técoU^ ex cathedra , ne s* est jamqfs trompé et ne se trompera jamais sur la fou

Par ce qui s'est passé jusqu'à présent, je ne vois pas qu'on ait réfuté cette proposition* Tout ce qu'on a dit contre les Papes pour établir qu'ils se sont trompés , ou n'a point de fondement solide, ou sort évidemment du cercle que je viens de tracer.

La critique qui s'est amusée à compter les finîtes des Papes , ne perd pas une minute dans Ffaistoire ecclésiastique, puisqu'elle remonte jusqu'à S. Pierre. C'est par lui qu'elle commence son catalogue ; et quoique la faute du prince des ap<>tres soit un fait parfaitement étranger à la question , elle n'est pas moins dtée dans tous les livres de foppositiony comme la première prçuve de la faillibilité du Sou* verain Pontife. Je citerai sur. ce point un écrivain , le dernier en date , si je ne me trompe, parmi les Françaifi de l'ordre épis* copal , quj ont écrit contrç la grande prénH gative du St. Siège (i),

toutes les formes, n'aura pu priver le Souverain PonUfe de la liberté d'esprit qui doit présider à ses décisions.

(i) Difentê dii Uhirth de VE^^se gaimame et ds fçssembli^Ju ekrgf^ de France^ tsmtsen i6tta. Paris ,

Jl avoit à repousser le témoignage solennel et embarrassant^ du clergé de France , décla-* rant en 1626» que rùifcullibûàé est toujours demeurée fGrme et inébranlable dans les sue^ censeurs de S» Pierre.

Pour ae débarrasser de cette difficulté, Yoici comment le savant prélat s'y est pris : ^ L'indéfectibilité y dit-il, ou rinfaillibiliîé qui « est restée jusqu'à ce jour ferme et ùiébran^ A lable dans les successeurs de S. Pierre ^ n*^ M pas sans doute d'une autre nature que celle XI qui ftit octroyée au chef des apôtres en » vertu de la prière de Jésu&Clhrist. Or, Tévèn nement a prouvé que Tindéfectibilité ou n l'infaillibilité de la foi ne le mettoit pas à n l'abri d'une«chute ; donc , etc. 1» Et plus ba& il ajoute : «< On exagère faussement les effets i9t de l'intercession dç Jésus-Christ , qui fut le A gage de la stabilité de la foi de Pierre, san& 9 néanmoins empêcher sa chute hmniliante » et prévue, n

Ainsi, voilà des théologiens, des évéques mémç ( je n'en cite qu'un instar omnium ) , avançant ou supposant du moins, sans le

1817, iD-4.* Par feu H. Louiê-Matthias de Banal, archevêque de Tours* Pages âay , SaH et Sag.

moindre doute, que l'Elise catholique étoit établie , et que S. Pierre étoit Souverain Pontife avant la mort du Sauveur»

Ils avoient cependant lu, tout comme nous , que là où il y a un testotnerity il est nécessaire que la mort du testateur tntendenne ^ parce que le testament na lieu que par la mort , n'aycait point de force tant que le testateur est encore en ine (i).

Ils ne pouvoient se dispenser de savoir que l'Elise naquit dans le cénacle , et qu'avant Teâusion du Saintr-Esprit , il n'y avoit point d'Eglise.

ils avoient lu le grand oracle : H cous est utile que je m'en aille , car si je ne m'en Qais pas y le consolateur ne t^iendra point à cous'; mais si je m'en inds , je vous {enverrai. Lorsque cet esprit de vérité sera venu , il rendra témoignage de moi y et vous me rendrez témoignage çous-mémes (2).

Avant cette mission solennelle , il n'y avoit donc point d'Eglise, ni de Souverain Pontife, ni même d'apostolat proprement dit; tout étoit en germe, en puissance^ en expectative, et dans cet état les hérauts même de la

iMMi

(i) aeb.IX,v. 16 et 17.

(a) Joao. XVI , 7 i XV , a6 et %^.

vérité ne montroient encore qu'ignorapce et que foiblesse. ,

Nicole a rappelé cette vérité dans son catécliisme raisonn^. c< Avant d'avoir reçu le St- » {esprit, dit-il, le jour de la Pentecôte, ks » apôtres paroissoient foi^les dans la foi, » timides à l'égard des hommes , elc... Mais p depuis la Pentecôte on ne voit plus en eux f» que confiance , que joie dans les souf^ » fraf ices , etc. ( i )

On vient d'entendre la vérité qui parle ; maintenant elle va tonner. « Ne fut-ce pas » un prodige bien étonnant , de voir les apA- » très , au moment où ils ceçurpnt le. Saîfit- .j> Esprit, aussi pénétrés des lumières de DieUé*. >» qu'ils avoijent été jusque-là ignorans et remr P plis d'erreurs.é.*.* tandis qu'ils, n'a voient eu ï> pour maît^ que Jésus -Christ ? O mystère p adorable et impénétrable ! Vous le savez ; ï» Jésus-Christ, tout Dieu qu'il était, n'avoît p pas sufTi , ce, sem)^Ie., pour l^^ faire env> tendre cette doctrine céleste 9 qu'il étoit » venu établir sur la terre....,.* et ipsi nihU » horum inteUexerimt (2). Pourquoi ? Parce

(1) Niook , laslr» iMoL et mor. sur les sacremens; Paris , 1723 , tom. L De la coo£ ob. II, pag* 67* (2} Lua XVm , 34.

-9 qu'il nfavoiait point encore teça Fesprifc de » Dieu , et que toutes ces vérités ëtoient de -» celles que le seul esprit de Dieu peut enp seigner. Mais dans Finstant même que le a St*Ësprit leur est donne, ces vérités qui }> leur avoient paru si incroyables se déve^rp.Ioppent à eux, etc.n (i). Cest-à-dire le testament est om>€rt et l'Eglise commence. .

Si î'ai insisté sur cdjte misérable objection ^ c^est parce qu'elle 8^)résente la première, et parce qu'elle sert merveilleusement à mettre dans tout son. )our l'esprit qui a présidé à cette discussion de la part des adversaires de la grande prérogative. C'est un esprit de chicane qui meurt d'envie d'avoir raison ; senti-*ntent iûen naturel à tout dissident , mais toutà«^ait inexplicable de la part du catholique*

Le plan de mon ouvrage ne me permet point de discuter une à une les, prétendues erreufs re(n*ochées aux Papes , d'autant plus que tout a été dit sur ce sujet ; je toucherai çejul^m^t les deux points qui ont été discutés aveç: le plus de chaleur , et qui me paroissent sj^sçeptibles de quelques nouveaux éclaircis-

-^i) Bonrdatone, Scrm. sur la^ntecdte, !/• partie. Sur le texte ; Repleti suni omnts' Spiritu Sancio. Mytt tom. I.

semens; le reste ne paut pas t honneur détre cité.

Les docteurs italiens ont observé que Bossuet , qui y dans sa défense de la déclarcttion{\)y a voit d'abord argumenté» comme tous les autres , de la chute du pape Libère y pour établir la principale des lY propositions , a retranché lui-même tout le chapitre qui Y est relatif, conune on peut le voir dans l'édition de 1 743* Je ne^iis point à même de vérifier la chose dans ce moment , mais je n'ai pas la moindre raison de me défier de mes auteurs ; et la nouvelle histoire de Bossuet ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le repentir de ce grand homme«

On y lit que Bossuet, dans Tintimité de la conversation , disoit un jour à l'abbé Ledieu : JTai rayé de mon traité de la puissance ecclésiastique tput ce ifui regarde le -pape Libère »

COAQdE NE PROUVANT PAS BIEN CE QUE JE VOU« LOIS ÉTABLIR EN (^ LIEU (2).

C'étoit un graijid malheur pour Bossuet, d'avoir à se rétracter sur un tel point ; mais il voyoit que l'argument tiré de Libère étoit insoutenable. Il l'est au point que* les centuK

(OUv.lX,fihap. XXXIV.

(a) Tom. U. Pièc. ju»Uf. du IV.* liv., p.^3dO. ■

riateurs de Magdebourg n'ont pas ose oon-^ damner ce Pape et que même ils Font absous.

« Libère , dit S. AUianase cité mot pour mot » p^r les centuriateurs ^ vaincu par les souf* t> frances d'un exil de deux ans et par la me- » nace du supplice , a souscrit enfin à la cony> damnation qu'on lui demandoit ; mais c'est 1» la violence qui a tout fait, et l'aversion de i> Libère pour l'hérésie n'est pas plus douteuse » que son opinion en faveur d'Atlianase; c'est » le sentiment qu'il auroit manifesté s'il eût » été libre (i)* ^ Saint Âthanase termine par cette phrase remarquable : <« La inolence » proui^e bien la çolonté de celui qui fait treni' yt bler f mais nullement celle de celui gui y» tremble (2) » maxime décisive dans ce cas. Les centuriateurs citent avec la même exac^ titude d'au|res écrivains, qui se montrent

(1) tJberium post eàcactum in exilio biennium^ in-^ Jlexum minisque tnortis ad suhscriptionem contra Atha*

nasium inductum fuisse,ué Vtrùm illud ipsum et eorum viotentiam et Uberii in hmresim odium et stsum pro Athanasio suffragium^ quîtm liberos affectas haberet^ satis coarguité

(2) Qu€B enim per tormenta contri priorent ejus sententiam extorta suntj eo jatn non metuentium, $$d cogentium voluntaUs habendm sunt»

moins favorables à Libère , «ans nier cependant les souffrances de texil. Mais les liîito-^ riens de Magdebourg penchent évidemment vers l'opinion de S. Aihanase. Ilparott^ disentils , (Jue tout ce rjvlon a raconté de la souscription de Libère y ne tombe nvilement sur le dogme arien y mais seulement sur la condamnation dAthofiase (i). Que sa langue ait prononcé dans ee cas plutôt que sa condence y comme Fa dit Cicéron dans une^occasion semblable y c*est ce qui ne semble pas douteux. Ce qiùil y a dé certain , c'est que Uhère ne cessa de professer la foi de Nicée (2).

Quel spectacle' que celui de Bossuet , accusateur d'un Pape excusé par l'élite du calvinisme ! Qui pourroit ne pas applaudir aux sentimens qu'il confioit à son secrétaire ?

(t) Quanquàm hœc Je subscriptione in Atftanasiufn ai quant Uberius impulsas i/t, non de consensu in dog^ mate cum arianis dîci viâentur,

(2) Linguâ eum superscripsisse magîs quhm mente ^ quàd de juramento cujusdam Cicero dixit^ omninh videtuVy quemadmodùm et Athanasius eum excusavit. CpnS' tantem certe in profcssione^fidei Nicœnœmansisse indicat. ( Centuri» ecclesiasticae flistorise per aliquos studiosos ef pios virûs in urbe Magdeburgîcâ et Basîleae per fcannem Oporinum, i562. Cent IV, c. X, p. 12B4»)

(»47) Le plan démon ouvrage ne, me permettant point les détails , je m'ai^stieqs d'examiner $ji le passage de SL Athanase ^ que je viens de citer, est suspect en quelqujes points; s91a chute de libère peut être niée purement et simplement^ cpmme un fait tcontrouyé (i); sij dans la supposition contraire , Libère wus* cri vit la première ou la deuxijème formule de Sirmium? ^Te me bornerai à citer quelcpies lignes du docte archevêque Mansl, collecteur des conciles; elles prouveront , peut-être » à quelques esprits préoccupés ,

Qu'il Ht quelque bou sens aux bords de Tltalie.

« Supposons que Libère eût formellement

p souscrit à rarianisme , ( c^ qu'il n'accorde

w point ), parla-t-il dans cette.occasion cçijUKie

» Pape y e^ ca//ie</ra? Quels concilea asse^U^Ur

y* t-il préalablement pour examiner la cfu^at

» tion ? S'il n'en convoqua point » quels ,4oc-

9 leurs appela-tril à lui ? Quelles congrégation^

» iofititu^^tt- il pour définir le jdogme ? t^œlle^

(x) Qudques savaDS oo|; cru pouvoir soutenir cçtte opîuion* Voy. Dwrr(. sur /# Pape Libère , dans laquel^t pn fait voir qu*il lieU pi^s tombé» Paris, chez l^einesle t J7a6t in-i^, ^^^rançisci Antonii Zaçht^riœ^P. 5. Dissertatio de eomm^ntitio hiberii lapsif In Thçs. theoL Ven. 176a, Ui-^^t tpm. U» p. 680, et ^eqlf.

3> supplications publiques et' solennelles indi- » qua-t-il pour invoquer Fassistancç de l'Es- » prit-Saint ? S'il n*a pas rempli ces prëlimi- >> naires , il n'a plus enseigné comme maître » et docteur de tous les fidèles. Nous cessons » de reconnoître, et que Bossuet le sache ï> bien , nous desisons , dis-je , de reconnoître ii le PonHfe romain comme infaillible (i).*»

Orsi est endore plus précis et plus exigeant (2), Un grand nombre de témoignages semblables se montrent dans les livres italiens, sed Grœcis incognùa qui sua iantiun mirantur.

Le «eul Pape qui puisse donner tks doutes légitimes , moins à raison de ses torts , qu'à raison de la condamnation qu'il a soufferte , c'est Honorius. Que signifie cependant la condamnation <l'un homme et d'un -Souverain Pontife , prononcée quarante-deux an^ après sa mort ? Un de ces malheureux sophistes ^ qui" déshonorèrent trop souvent le trône patriarcal de ConstantinOple , un fléau de l'Eglise et du sens commun ; Sergius, en un

(1) Sed ità non egii; non âefinîs^it ex cathedra ^ non docuit tqngnàm omnium Jidelium magtster ac dociof. VU çerb ità non se gerat « sdat Bossuet , romanum Pontificem injallihilem à nobis non agnosd. Voy. Ik note de Mansif dans l'ouvrage cité , p. 568.

(2) Orsi , toix^I , lib. lU , cap. XXVI , p. 1 18.

mot , patriarche de C P, , s'avisa de demander , au commencement du Yll.^ siècle , s'Uy awit deux volontés en Jésus-CIirisf ? , Déterminé pour la négative , il consulta le p^pe Uonorius en paroles ambiguës. Le Pape , fpû n'aperçut pas le piège y crut qu'il s'agissoit de deyx volontés humaines, c'est^inlire de la double loi qui afili^e notre malheureuse nature » et qui certainement étoit parfaitenient étrangère au Sauveur. Honorius , d'ailleurs , outrant peutêtre les maximes générales du $aint Siège , qui redoute pardessus tout les nouvelles questions e^ les décisions précipitées , désiroit qu'on ne parlât point de deux volontés , et il écrivit dans ce sens à Sergius , en quoi il put se donner, un 4e ces. torts qu'on pourroit appeler ad99imistr(Uifs ; csiv s'il manqua dans cette occasion 9 il ne manqua qu'aux lois du gouvernement eti de la prudence. Il calcula mal si l'on veut , il ne vit pas les suites funestes des moyçns économiques qu'il crut pouvoir employer ; mais dans tout cela on ne voit aucune dérogation au dogme, aucune erreur tliéologique. Qu'Honorius ait entendu la question dans le sens supposé , c'est ce qui eart démontré d'abord par le témoignage exprès et irrécusable de l'homme môme dont il avolt employé la plume pour écrire sa lettre à Sergius :

je veux parler de Fabbé Jean Sympon, lequel, trois ans seulement après la mort d'Honorius, ëcriVèit à Tempereur Constantih , fils d'Héra- ' clkis*f «<^uand nous parlâmes d'une seule vo* * lonté dans Iç Seigneur , nous n'avions point >> en vue sa double nature , maïs son humanité > seule. Sei^ius, en effet, ayant soutenu qu'il i> j avoit en Jésus-Christ deux volontés con-» i tt'aires , nous dîmes qu'on ne pou voit recon- 5> naître en lui ces deux volontés , savoir celle W de la chair et celle de V esprit , comme nous >> les avons nous-mêmes depuis le piâché^i). r^ Et qu'y a-t-il de plus décisif que ces motA d'Honoriwi lui-même cités par St. Maxime } « Il n'y a qu'une volonté en Jésus4]hri^t, puis* j) que sans doUte la divinité s'étoit revêtue » de notre nature, mais non de notre péché, j> et qu'aîrtsî toutes les pensées char belles lui j> étoient demeurées étrangères (2). »

^ Il I I iiM^i^— I ■ I m l II n i » . I

( Voy. Car. Sardagna Theoîog. dogm» poiem. i/i-8.* 1810. Tû/n. r, Controvn IX y in Append. de Honorio^ ii.« 3oS , p* S93.

(3} (^uia profectb à di^initaU assumpia eêt jasêur^k nostra non 'culpa^* ub^que. carnalibus voluni€Uibus* ( Extrait de la Lettre de saint Maxime , ad Marinum presbyterum.V oy •Jac. Syrmondi Soc.Jesu.presb. Opéra varia , in-foln ex ijpog» regiâ , tom. IlL Patià , l6g6, pog.lfiù^ ' , • ^ 1 ^

Si les lettres crHonorius avoient r(?ellement contenu le venin du monothéiisme , comment imaginer que Sergius , qui avoit pris son partie ne se fût pas hâté de 4onQer à ces çcrits toute la publicité inuiginable ? Cependant c'est ce qu'il ne fit point U cacha au contraire les lettrçs ( ou la lettre ) d'Honorius pendant la vie de ce Pontife , qui vécut encore deux ans , ce qu'il faut bien remarquer* Mais d'abord après la mort d'Honorius , arrivée en 638 , le patriarche de C P. ne se gêna plus , pt publia son exposition ou ectJièse^ si fameuse dans l'hisr' toire ecclésiastique de cette époque: toutefois^ ce qui est encore très-remarquable , il ne cita point les lettres d'Honorius. Pendant les XLH ans qui suivirent la mort de ce Pontife , jamais les monothélites ne parlèrent de la seconde de ces lettres ; c'est quelle n*étoU pas faite» Pyrrhus même , dans la fameuse dispute avec S. Maxime , n'ose pas soutenir qa'Honorius eût imposé le silence sur une ou deux opérations. II se borne à dire vaguement que ce Pape (woit approu^^ le sentiment de Sergius sur une iH)lonté uniçue. L'empereur Héraclius se disculpant l'an 64 1 ) auprès du pape Jean IV , de la part qu'il avoit prise à l'aflFaire du monothéUsme , garde encore le silence sur ces lettres, ainsi que l'empereur Constant II dans

pon apologie adressée en 6 1 9 , au pape Martin au sujet du type, autre folie impériale de cette époque. Or , comment imaginer encore que ces discussions, et tant d'autres du même genre , n*eusseqt amené aucun appel public aux décisions d'Honorius, si on les avoit regardées aloi*s comme infectées de l'hérésie monothélique \

Ajoutons que si ce Pontife avoit gardé le silence après que Sei^us se fut déclaré , on pourrait sans doute argumenter de ce silence et le regarder comme un commentaire coupable de ses lettres ; mais il ne cessa au contraire , tant qu'il vécut , de s'élever contre Sei^us , de le menacer et de le condamner* Saint Maxime de C, P. est encore un illustre témoin sur ce fait intéressant. On doit rire , dit-il , ou pour mieux dire on doit pleurer à la vue de c^s malheureux ( Sei^us et P^orhus ) ^ qui osent eiter de prétendues décisions favo^ Tables à l'impie ecthèse , essayer de placer dans leurs rangs le gnmd Honorius , et se parer aux yeux du monde de l'autorité dun homme éminçnt dans la cause de la religion...^. Qui donc a pu inspirer tant d*audace à ce^ faussaires ? Quel tiomme pieux et orthodoxe ^ quel 4\^que , quelle Eglise ne les a pas conjurés

d abandonner thérésie ; mais surtout que n'a pas fait le DIVIN Honorais (i) /

Voilà, U faut Ta vouer, un singulier hérétique ! '

Et le pape S. Martin , mort en 655 , dit en^ core dans sa lettre à Arnaud dUtrecht : Le Saint Siège n'a cessé de les exhorter ( Sergiui et Pyrrhus), de les a\^ertir^ de les reprendre , de les menacer pour les ramener à la i^érité qu'ils avoient trahie (2).

(0 Quœhos (Monotbelitas) non rogwt Ecclesia ^eic» Quid autem^t divinu$ Hpnorius ?X S* Max. Mart Epist. ad Peirum illustrem apud Synn. ubi siiprà , p. 4^9* )

On a besoin d'une grande aUention pour Kré celle lettre dont nous n*avons qu'une traduction Jatînie finte par un Grec qui ne savoît pas le latin. Non- ■eulement la phrase latine est extrêmement emt)ar«raasée , mais le traducteur se permet de plus de fabriquer des mots pour se mettre à Taise , comme dans cette phrase , par exemple : t^ec ad^ersks apostolicam sedem mentiri pîgjltati sunt , oii le verbe pigritari est évidemment employé pour rendre celui é'mfjf f dont l'équivalent latin ne se présentoît point à l'esprit du traducteur. 11 ignoroit probablement pigror qui est cependant latin. Pigritor au reste , ou pigrito y est demeuiré dans la basse latinité. ( Hé ïnu't. Christi. Llb. I , cap. XXV , n.* 8* )

(2) Joh* Domin, Mansi sac. condL nov. eî ampli ss m CoUictio. FlorentiCB y 1764 1 in-fùl. tomi X^ p* i i8ft *

Qr, la chronologie prouve qu'il ne peut s'agir ici que d'Honorius, puisque Sergius ne lui survécut que deux mois, et qu'après la mort d'Honorius le siëge Pontifical vaqua penr dant dix-neuf mois.

Avant d'écrire au Pape , Sergius écrivoit à Cyrus d'Alexandrie « que pour le bien de la y> p^ix il paroissoit utile de garder le silence >» sur les deux volontés, à cause du danger y> alternatif d'ébranler le dogme des deux na- » tures , en supposant une seule volonté , ou » d'établir deux volontés opposées en Jésus- -» Christ , si l'on professoit deux volontés ( i ). »

Mais où seroit la contradiction , s'il ne sfagissoit pas d'une double volonté humaine ? Il pariît donc évident que la question ne s'étoit engagée d'abord «pie sur la volonté hu« maine , et qu'il ne s'agissoit que de savoir si le Sauveur, en se revêtant de notre nature, s'étoit soumis à cette double loi , qui est la peine du crime primitif et le tourment de de notre vie.

Dans ces matières ak élevées et 6Î subtiles,,

(f ) Ce sont les propres paroles 4e Sergius , dans sa lettre à boDorius. (A/ipud Peimm Ballerinum de W ac ratione primatùs . summomm Pontificorum , eie* y^roncB f 1766 1 ««-4-.** <^; ,-XF, 7M 35 1 f»« 3oS# }

( »55) ks idées se touchent et se confondent aisément si Ton n'est pas sur ses gardes. Demandet^n, par exemple, sans aucune explication, s'il y a deux volontés en Jésus-Christ ? Il est clair que le catholique peut répondre oui ou non , sans cesser d'être orthodoxe* Oui , si Ton envisage les deux natures unies sans confusion; non, si l'on n'envisage que la nature humaine exempte par son auguste association, de la double loi qui nous dégrade : non , s'il ^'agft uniquement d'exclure la double volonté humaine : oui, si Ton veut confesser la double nature de l'Honmie-Dieu«

Ainsi ce mot de monothélisme en lui-même n'exprime point une hérésie ; iljTaut s'expliquer et montrer quel est le sujet du mot : s'il se rapporte à l'humanité du Sauveur, il est légitime î s'il se dirige sur la personne théandrique , il devient hétérodoxe.

En réflediissant sur les p^noles de Sergius^ telles qu'on viefxt de les lire ,, on se sent portp à croire que semblable en cela à tous les hérétiques, il ne partoit pas d^un point fixe , et qu'il ne voyoît pas elaîf dans ses proprés idées, que la ch^tlèui* de la dispute rendit depuis plus nettes et plus déterminées.

Cette même confusion d'idées qu'on remarque dws l'écrit de Sergius » . i^ra dans

( «56 ) Tesprit du Pape qui n'étoit point préparé. Il frémit en apercevant, même d'une manière confuse , le ]>arti que l'esprit grec alloit tirer de cette question pour bouleverser de nouveau l'Eglise. Sans prétendre le disculper parfaitement , puisque de grands théologiens pensent qu'il eut tort d'employer dans cette occasion une sagesse trop politique , j'avoue cependant n'être pas fort étonné qu'il ait tâché d'étouffer cette dispute au berceau.

Quoi qu'il en soit , puisque Honorius disoit solennellement à Sergius , dans sa seconde lettre produite au VL« concile : <^ Gardez-vous » bien de publier que j'aie rien décidé sur une » ou sur deux volontés (i ) » , comment peutîl être question de l'erreur d'Honorius qui n'a rien décidé? Il me semble que pour se tromper il faut affirmer.

Malheureusement, sa prudence lé trompa plus qu'il n'eût osé l'imaginer. La question s'en venimant tous le» jours davantage k me-

( I ) Non nos operief unam vêl duas operationes DBFimENTES prœdîcore. ( Baller* loco cit. /?.• 35 , p. 3o8 )• Il seroit inutile de faire remarquer la tour* nure grecque de ces expressions traduites d*une traduction. Les originaux latins les plus précieux oo^ péri. Les Grecs ont écrit cequlls ont voulu.

sure que Thérésie se déployoit , on commença à parler mal d'Honorius et de ses lettres.

Enfin, quarante-deux ans après sa mort, on les produit dans les XII.^ et Xpi,^ sessions du VI.« concile , et sans aucun préliminaire ni défense préalable , Honorius est^anatliématisé , du moins d'après les actes tels qu'ils nous sont parvenus. Cependant lorsqu'un tribunal condamne un honune à mort, c'est l'usage qu'il dise pourquoi. Si Honorius. avoit vécu à l'époque du VI.« concile, on l'auroit cité; il auroit comparu , il auroit exposé en sa faveur les raisons que nous employons aujourd'hui, et bien d'autres encore, que la malice du temps et celle des hommes ont supprimées....^ Mais , que dis-je ? il seroit venu présider luimême le concile ; il eût dit aux evéques si désireux de veiner sur un Pontife romain les taches hideuses du siège patriarcal de Coustantinople : « Mes frères , Dîeu vous abant> donne sans doute , puisque Vous osez juger » le Chef de l'Eglise , qui est établi pour vous » juger vous-mêmes. Je n'ai pas besoin de 1» votre assemblée pour condamner le monor » thélisme. Que pourrez-vous dire que je n'aie >> pas dit ? Mes décisions suffisent à l'Eglise. » Je dissous le concile en me retirant. »

Honorius, conune on l'a vu, ne cessa, jus-

qu'à son dernier soupir, de professer, d'enseigner, de défendre la vërité; d'exhorter, de menacer, de reprendre ces mêmes monothé- , liles dont on voudroit nous faire croire qu'il avoît embrasse les opinions : Honorius, dans sa seconde lettre m^me (prenons-la mot à mot pour authentique) ^ exprime le dogme d'une manière qui a forcé l'approbation de Bossuet (i). Honorius mourut en possession de son siège et de sa dignité , sans avoir jamais, depuis sa malheureuse correspondance avec Sergius , écrit Une ligne ni proféré une parole que l'histoire ait marquée comme suspecte.

Sa cendre tranquille reposa avec honneur au Vatican ; ses images continuèrent de briller

(i) Mais la mainlère ddnl il s'exprima est remaiv quable. Boisueft cMvient Honorii vêrèa ùrthodoxm MAXIM à viderL (hib* VU^ ol. XII ^ defens- c. XXII, J Jamais homme dans Tuoivers ne fut aussi maSlre de sa plume. On croiroît au premier coup-d*œil pouvoir traauire en français : I/expression d*Honorius semblé trhs^rthodoxe. Mais Pon se tromperoit. Bossue! n'a pa< dit mm«imi orthêdcxa eidêri ; mais orthodax^ maxîmi viden. Le maximi frappa sur rideri^ et non sur orihodoxa. Qu*on essaye de rendre cette finesse en français. 11 faudroit pouvoir dire : Uexpression d'Honorius très.' semble orthodoxe. La vërité entraîne le grand homme qui tres-semble lui résister un peu.

( »59 ) dans TEglise , et son nom dans les dypHques sacres. Un S. martyr qni est sur nos autels ', rappela peu de temps après sa mort hommk diçin» Dans le V1II,« concile général tenu à C P. , les pères , c'est-à-dire FOrient tout en^ tier, présidé par le patriarche de C,P., pro* fessent solennellement (fu'il n'étoit pas permis doubliez les promesses faites à Pierre par tè Sauçeur , et dont la mérité éfoÙ confirmée par t expérience , puisque la foi catholique aidait toujours subsisté sans tacl^ , et que la pure doctrine at^it été INVAIHABLEMElfT enseignée sur le siège apostoliqu^i).

Depuis Taffaire d'Honorius , et dans toutes les occasions possibles , dont celle que je viens de citer est une des plus remarquables , jamais les Papes n'ont cessé de s'attribuer cette louange et de la recevoir des autres.

Après cela j'avoue ne plus rien comprendre k la condamnation d'Honorius. Si quelques Papes ses successeurs , Léon II , par exemple ,

^i) Hmc ^m dicta sunt rerum prolanfur effigciibtfs^ quia in sede apostoUcâ esi semper catholica servata relîgio et sancti çelebraia doctrine. ( Act. I, Syn. )

Vid. Nat. Alexaodri dissertatio de Photiano scbismate et VIII, Syn. C P. in Thesanro theologîco. VcneUis , 176a , ia-4»* lom. U , $ XUI , ^ 657-

ont paru ne pas s'élever contre les héllénismes de Constantinople , il faut louer leur bonne foi, leur modestie, leur prudence surtout; mais tout c^ qu'ils ont pu dire dans ce sens n a rien de dogmatique , et les faits demeurent ce qu'ils sont

Tout bien considère, la justification d'Honorius m'embarrasse bien moins qu'aune autre; mais je ne veux point soulever la poussière et m'exposer au risque de cacber les chemins.

Si les Papes avoient souvent donné prise sur eux par des décisions seulement hasardées^ . je ne serois poialL étonné d'entendre traiter le pour et le contre de la question ; et même j'approuverois beaucoup que dans le doute nous prissions parti pour la négative, car les ai^mens douteux ne sont pas faits pour nous.

Mais les Papes, au contraire, n'ayant cessé pendant dix -huit siècles de prononcer sur toutes sortes de questions avec une prudence et une justesse vraiment miraculeuses, en ce que leurs décisions se sont invariablement montrées indépendantes du caractère moral et des passions de l'oracle qui estam homme , un petit nombre de faits équivoques ne sauroient plus être admis contre les Papes , sans violer toutes les lois de la probabilité y qui sont cependant les reines du nK>nde.

LorsqiriHie certaine puissance, de quelqu'ordre qu'elle soit , a toujours agi d'une manière donnée , s'il se présente un très-petit nombre de cas où elle ait paru déroger à sa loi , on ne doit point admettre d'anomalies , avant d'avoir essayé de plier ces phénomènes k la règle générale : et quand il n'y auroit pas tnoyen d^éclaircir parfaitement le problème, il n'en faudroit jamais conclure que notre ignorance.

C'est donc un rdle bien indigne d'un catholique, homme du monde méme^ que celui d'écrire contre ce magnifique et divin privilège de la chaire de saint Pierre. Quant au prêtre qui se permet un tel abus de l'esprit et de l'érudition , il est aveugle , et même , si je ne me trompe infiniment, il déroge à son caractère. Celui-là même , sans distinction d'état , qui balanceroît sur la théorie, devroît toujours reconnottre la vérité du fait, et convenir que le Souverain Pontife ne s'est jamais trompé ; il devroit au moins pencher de cœur rers cette croyance , au lieu de s'abaisser jus- ^'aux ergoteries de collège pour Fébginler.

On diroit , en lisant certains écrivains ne ce genre, qu'ils défendent un droit personnel contre un usurpateur étranger, tandiâ qu'il it'agit d'un privilège également plausible et TOM. u n

favorabk , inestimable don fait à la famille universelle autant qu'au père commiui.

En traitant l'affaire d'Honorius , )e n'ai pas touché du tout à la grande question dé la falsification des actes du YL^ concile , que des auteurs respectables ont cependant regardée comme prouvée. Après en avoir dit assez pour satisfaire tout esprit droit et équitable , je ne suis point obligé de dire tout ce qui peut être dit; j'ajouterai seulement sur les écritures anciennes et modernes 9 qoe^ues réflexions que je ne crois pas absolument inutiles.

Parmi les mystères de la parole, si nomrbreux et si profonds , on peut distinguer celui d'une correspondance inëxpUcable entre chaque langue et les caractères destinés à les repjrésenter par l'écriture. Cette analogie est telle, que le moindre changement dans le style d'ime langue est tout de suite annoncé par un changement dans l'écriture , quoique la nécessité de ce changement ne se fasse nullement sentir à la raison. Examinons nottie langue en parUcuUer : l'écriture d'Amyot diffère de celle de Fénélon autant que le style de ces dflix écrivains. Chaque siècle est reconnoissable à son écriture , parce que les langues changeoient ; mais quand elles deviennent stationnaires , l'écriture le devient au^i : celle du

( i63 ) X VIL« siècle , par exemple , nous appartieiit encore , sauf quelques petites variations , dont fes causes du même genre ne sont pas toujours perceptibles ; c'est ainsi que la France , s'étant laisse pénétrer dans le dernier siècle, par Tesprit aurais , tout de suite on put reconnoitredans récriture des Français plusieurs formes anglaises*

La correspondance mystérieuse entre les langues et les signes de récriture est telle, que si une langue balbutie, récriture balbutiera de même; que si la langue est vague, embarrassée et d'une syntaxe difficile, l'écriture manquera de même et proportionnellement^ d'élégance et de clarté.

Ce que je dis ici ne doit cependant s'entendre que de l'écriture cursive, celle des inscriptions ayant toujours été soustraite à l'arbitraire et au changement; mais celle-ci, par cette raison même , n'a point de caractère relatif à la personne qui l'employa. Ce sont des figures de géométrie qu'on ne sauroit contrefaire, puisqu'elles sont les mêmes pour tout le monde.

Les auteurs de la traduction du nouveau Testament, stp^elé de Mans j remarquent dans leur avertissement préliminaire : Que tes lan-^ gués modernes sont injininient plus claires et

pfits 'détermmées que les langues antiques (i). Rien n'^t plus incontestable. Je ne parle pas dès laitues orientales, qui sont de véritables énigmes ; maïs le grec et le latin même justifient la vérité de cette observation.

. . Or., par une conséquence nécessaire , récriture, moderne est -pins claire et plus déter-minée que Fancienne. Ce que nous appelons caractère dans l'écriture , ce je ne sais quoi qui distingue 1^ écritures comme les physioi^omies, étoit bien moins distingué et moins frappant dans l'antiquité que parmi nous. Un ancien qui recevoit une lettre de son meilleur ami , pou voit n'être pas bien sûr à l'inspection seule de l'écriture , si la lettre étoit de cet ami. De là f importance du sceau qui l'emportoit de beaucoup sur le chirographe ou l'apposition du nom (2). I^ Latin qui dîsoit j'ai signé cette lettre , vouloit dire qu'il y avoit apposé son sceau : la même expression , parmi nous , siguiiie que nous y avons apposé notre nom y d'où résulte l'authenticité (3).

(1) Mons, chez Migeot ; (Rouen, chez Viret) 1678, in-8.** Averl. p. uj.

(2) Nosce signum, Plaut. Bacch. IV, 6 , 19; IV, 9, 6a. Le' personnage théâtral ne dit point : « Reconnoissez la Signature , mais reconnoissez le signe ou le sceau. »

(a) La langue française , si remarquable par rëloQ«

De ^cette supëriorité du signe sur la signet^ fyure , naquit l'usage qui nous pàroit aujourd'hui si extraordinaire, d'écrire des lettrée^ au nom d'une personne absente qui l'ignorojtl H suffisoit d^avoir le sceau de cette personne que Tamitié confioit sans difficulté : CicéÉ*6fl fournit une foule d'exetniples de ce genre (i). Souvent aussi il ajoute dans ses lettres: Ceci est de ma main (2) / ce qui suppose que son liieiileur ami pouvoit en douter. Aillêiiiis il dît à ce -Hxême ami : « J'ai cru reconnoltre dans » votre lettre la main d' Alexis'(3) ; » et ftulus écrivant d^ son camp de Veirceilà'<$etiléniè

nante propàëté dêt «xpreasioivs , d fait le xadi cachet^ qu'elle a tiré de cacher ^ parce qjufe le sceaii parmî nous est destiaé k cacher, et poUit du tout i au^keniiguêr l'écriture. Cëtoit tout le contraire che^ les Anciens.

' (t^ Tu velim , et Basilio , et quihus prœtereà i^tJehitur, ttiam Servilio conscrihas , ut êibi ^{àehitur meo nominé. Ad Att. XI, 5, XII) 19. Qiioi litteras ^uibus putas cpus esse curas àandûs , facis commode» Ibid. XI , 7* ltein« XI, 8y t:à,^ie.^t€. '

(2) Hoc i9anu meâ* XUIv^S, elc

(3) In tuis guoque epistôlis Alexin ^iâêor cognoseerê* XVI, i&.Aiexl» étoîl^ i affrat^dii tk le jecfétavre de confiaEDce* d'Attiona ; ei GicéMa ne cotnioissoii pas moins' oetle jëâritu^e que' œUe de aon ami.

Cicér^n » lui dit r « lisez d'abord la dépêche )> ci^jpinte que j'adresse au sénat, et faites-y ^ les changemens que vous jugerez convena* 3) blés (i). ^ Ainsi 9 un générai qui fait la gliAerre , charge son ami d'altérer ou de refaire une dépêche officielle qu'il adresse à son souyerain ! Ceci est plaisant dans nos idées ! mais De voyons ici que la possibilité matérielle de la chose.

<4céro|i ayant ouvert honnêtement une lettre de Quintus.son frère, où il croyoit trouver 4!a4[î:eux secrets, la fait tenir à son ami, et lui dit ; . ^ £nvoyez-la à son adresse ,. si .vous le p jugez à propos. Elle est ouverte , mais il » n'y a pas de mal : Poraponia votre sœur 3» ^ femme de Quintus ) a bien sans doute le » cachet de son mari (3).

Je n'ai rien à dire sur la morale de cette aimable famille : tenons-nous-en au fait II ne s^agissoit, comme on voit, ni de caractère^ ni de signature; ce brigandage révoltant, qui ne

(1) Adsenaium çuas Utteras misi pelim pnùsperlegmty et si ijua tibi videhuntur commuUs» ( Brutui Ciceroni £im. XI, 19. )

(a) Qu0s ( Utteras ) si putMs Hli ipsi utile esse reédt^ reddeS'; ml me lœdett namr^od resignatm sunt^ habet I opinorf ejus signum Pompimia* Ad Atlw XI, 9.

faisoà point demain s'exécutoît sans la moindre difficulté , au moyen d'une simple empreinte.

Je ne dis pas cependant que chacun n'eût son caractère (i); mais il ëtoit beaucoup moins déterminé , moins exclusif que de nos jours : il se rapprochoit davantage du caractère lapidaire qui ne change peint, et se pvéte par conséquent, sans difficulté, à toute espèce de fakification.

De ce vague qui régnoit dans les signes cursifs ainsi que du défaut de morale et de délicatesse sur le respect dû aux écritures, naissoit une immense facilité et par consé^

(i) Signum requirent aut manum ; dites iis me prop* ter eustodias ea vitesse* Ad Att XI , a. — • Le signe «u mte , ou le caractère granfi , ëtoit d'une tdle impor* tance, que le fabrioateur d'un cachet /aux ëtoit puni par la loi Ck>rnëiia , sur le faux testamentaire , comme 8^U avoit contrefait une signature ('Leg* So» ai g* de lege Corn, défais.) On voit que, par ce mot de cachet fiinx ( signum aduUerinum J , il faut entendre tout cachet fait pour celui qui n^a^it pas droit de s'en servir; de manière que le grayeur ëtoit tenu 1 peu près aui( mêmes prëcautions imposëes aux serruriers à qui un inconnu commande une clef. Si Ton ne veut point Tentendre ainsi, je ne qpmprends pas trop ce que c'est qu*un scems contrefait* Peut - on le faire sans (e contrefaire ?

quent une immenâe tentation de falsifier les écritures.

Et cette facilité étoît portée au coinble par le matériel même de récriture^ Car, si Von écrivoit sur des tablettes enduites de cire , il ne fallait que tourner le poinçon (i), pour effacer » changer , substituer impunément Que si l'on écrivoit sur la peau (m memjbrafùs ) c'étoit pire encore, tant il étoît aisé de i^ tisser ou d'effacer. Qu'y a-tr-il de plus connu des antiquaires que ces malheureux palùnpsesles qui nous attristent encore aujourd'hui , en nous laissant apercevoir des chefsrd'œuvres de l'antiquité effacés et détruits , pour faire place à des légendes ou à des comptes de famille*

L'imprimerie a rendu absolument .impos-^ sible de nos jours la falsification de ces acte^ importans qui intéressent les souverainetés et les nations ; et quant aux actes particuliers même, le chef-d'œuvre d'un faussaire se réduit à une Ugae et quelquefois à un mot altéré» supprimé , interposé , etc. La main à la fois la plus coupable et la plus habile se voit paralysée par le genre de notre écriture , et surtout

(i) Sœpi stylum vertas. ( Hor. )

encore par notre admirable papier, don rer noarquable de la Providence, qui réunit par une alliance extraordinaire la durée à la fragilité ; qui slmbibe de la pensée humaine , ne permet point qu'on l'altère sans en laisser de^ preuves, et ne la laisse échapper qu'en pé^ rissant.

Un testament, un codicile, un contrat quet conqueybr^^ dans son entier, est aujoura'huî un phénomène qu'un vieux inagistrat peut n'avoir jamais vu ; chez les anciens c'étoit un crime vulgaire, comme on peut le voir en parcourant seulement le code Justinien au titre du faux(i).

De ces causes réunies , il résulte que toutes les fois qu'un soupçon de faux charge quelque monument de l'antiquité, en tout ou en partie, il ne faut jamais négliger cette présomption ; mais que si quelque passion violente de vengeance , de haine , d'orgueil national , etc. , se trouve dûment atteinte et convaincue d'avoir eu intérêt à la falsification , le soupçon se change en certitude.

Si quelque lecteur étoit curieux de peser les doutes élevés par quelques écrivains sur l'alté-

(0 De Ugê Corn, itfalsis. Cod. lib* IX^ tiu XXIL

( ï7o ) ration des actes du VL* concik général, et des lettres dlionorius , il ne feroit pas mal , je pense, d'avoir toujours présentes les réflexions que je viens de mettre sous ses yeux. Quant à moi, je n'ai pas le temps de me livrer k Texamen de cette gestion superflue*

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