‹ Du pape (volume 4)Chapitre 29 sur 52 · RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS

Li'est en vain qu'on crieroit au despotisme.

Le despotisme et la monarchie tempërëe sont-ils donc la même chose ? Faisons , si Ton veut, abstraction du dogme , et ne considérons la chose que politiquement. Le Ps4>e, soùs ce point de vue , ne demande pas d'autre iofailU* bilité que celle qui est attribuée à tous les souverains. Je voudrois bien savoir quelle objec* tion le grand génie de Bossuet auroit pu lui sdggérer contre la suprématie absolue des Papes 9 que les plus minces génies n'eussent pu rétorquer sur-le-champ et avec avantage contre Louis XTV.

« Nul prétexte , nulle raison ne peut autor » riser les révoltes j il faut révérer l'ordre du p ciel et le caractère du Tout-Puissant dans » tous les princes quels qu'ils soient, puisque i> les plus beaux temps de l'Eglise nous le font 3» voir sacré et inviolable, même dans les » princes persécuteurs de l'évangile.... Dans >« ces cruelles persécutions qu'elle endure sans j» murmurer 9 pendant tant (de siècles en com-

» battant pour Jésus-Christ ; j'oserai le dire , 1» elle He combat pas moins pour l'autorité

» des princes qui la persécutent ; N'est'-ce

» pas combattre pour U autorité légitime que > den souffrir tout sans murmurer? (i) »

 merveille ! le trait final surtout est admirable. Mais pourquoi le graad homme refu-* seroit-il de transporter à la mooarclne divine ces mêmes maximes qu'U déclarait saci^s et îaviokiblies dans la monarchie temporelle ? Si quek{u'un avoit .voulu mettre des bpmes à la puissance du roi de France *, citer contre lu| certaines lois antiques ; déclarer qu'on youloit bien lui ob^ir, mais qu'on demandait seule* ment qu'il goui^emdt suii^ant les lois; queb eris auroit poussés l'auteur de la Politiqhe iacrée ? « Le prince , dit-il , ne doit rendre )» compte à personne de ce qu'il ordonné. Sans » cette autorité absolue , il ne peut 'ni faire

» (i) Serlxion sor Funilé, \f^ point — Platon cl CicéroD ëortvBnt Tan et Taotri dâdo» une rëpnbiique, avancent , ç^mme une «àaxioie kicoateataUe , qye û ton ne peut persuader le peuple,^ çn .n^a pas droit de h forcer* La maxime est ^e tous les goavernemens ^ il 811 (lit de changer les noms. Tantiim contende in mo" narchiâ quantiim prindpi tho prœbere potes. Qui^m persuaderi printeps fiequit^ cogi fas tsse noÀ arbiiror. (jQner.ad&nul.>)'

(173) » le bien , ni réprimer le mal ; Q faut que sa v> puissance soit telle que personne ne puisse y> espérer de lui échapper.... Quand le prince » a jugé, il n'y a pas d'autre jugement; c'est y> ce qui fait dire à l'Ecclésiastique : Ne jugez t> pas contre le juge , et à plus forte raison îf> contre le souverain juge qui est le roi ; et » la raison qu'il en apporte , c'est quil juge » selon la justice. Ce n'est pas qu'il y jugç ï> toujours , mais c'est qu'il est réputé y juger, » et que personne n'a droit de juger ni de » revoir après lui. Il faut donc obéir aux » princes comme à la justice même, sans quoi » il n'y a point d'ordre ni de fin dans ces » affaires..... Le prince se peut redresser lui- 7) même quand il connoît qu'il ^ mal fait \ » mais contre son autorité il ne peut y avoir j> de remède que dans son autorité (i). »

Je ne conteste rien dans ce moment à nUustre ai#emr; je lui demande seulement de juger suivant les lois qu'il a posées lui-tnême. On ne lui manque point de respect en lui renvoyant ses propres pensées.

L'obligation imposée au Souverain Pontife de ne juger que suivant les canons , si elle est <lonnée conune une condition de l'obéissance ,

( I ) Polit. Urée de TEcriture , iu-4-% Paris » 1 709 1 pag. 118, 120.

('74) est une puérilité faite pour amuser des oreilles puériles ou pour en calmer de rebelles.

Comme il ne peut y ayoir de jugement sans juge, si le Pape peut être jugé, par qui le sera-t-il ? Qui nous dira {ju'il a jugé contre les canons ? et qui le forcera à les suivre ? L'Eglise mécontente apparemment, ou ses tri* bunaux civils , ou son souverain temporel enfin : nous voici précipités en un instant dans l'anarchie, la confusion des pouvoirs et les absurdités de tout genre.

L'excellent auteur de F histoire de Fénélon m'enseigne dans le panégyrique de Bossuet , et d'après ce grand homme , que suwant les maximes gallicanes , un jugement du Pape , en m^atière de foi , ne peut être publié en France qui après une acceptation solennelle faite dans une forme canonique , par les archevêques et éi^ques du royaume et entièrement libre, (i)

Toujours des énigmes ! Une b)|lle dogmatique non publiée en France est-elle sans au^ torité en France ? Et pourroit-on y soutenir en sûreté de conscience une proposition déclarée hérétique par une décision dogmatique

(0 Hist de Bosauet , tom. lU, Ihr. X, n.^ ai , p. 34o» Paria. Lebjel, i8i5, 4 ^oi. in-8.® Les paroles ea caractères italiques appartiennent i Bossuet même.

( 175) du Pape , confirmée par le conseatement de toute FEglise ? Le^ évéques français sont-ils seulement les organes nécessaires qui doivent faire connoitre aux fidèles la décision du Souverain Pontife, ou bien, ces évêqùes ont-ils le droit de rejeter la décision s'ils viennent à ne pas Fapprouver ? De quel droit l'Eglise de France qui n'est, on ne sauroit trop le répéter, qu'unç province de la monarchie catholique, peut-elle avoir, en matière de foi j d'autres maximes et d'autres privilèges que le reste des Eglises ?

Ces questions valoient la peine d'être éclaircies ; et dans ces sortes de cas , la franchise est un devoir. H s'agit des dogmes , il s'agit de la constitution essentielle de l'Eglise , et l'on nous pj^nonce d'un ton d'oracle ( ]e parle de Bossuet) des maximes évidemment faites pour voiler les difficultés , pour troubler les consciences délicates , pour enhardir les m^-intentionnés.

Fénélon étoit plus clair lorsqu'il disoit dans sa propre cause : Le Soui^erain Pontife a parlé; toute discussion est défendue aux à^qu£s ; Us doivent purement et simplement reconnottre et accepter le décret (i).

(i) « Le Pape ayant jugé cette cause (ks maximes o dês saints) , ks évéques de la province , quoique

Atnsi s'exprime la raison catholiquie ; c'est le langage unanime de tons nos docteurs sincères et non prévenus. Mais lorsque l'un des plus grands hommes c[di aient illustré l'Eglise, proclame cette maxime fondamentale dans une occasion si terrible pour l'orgueil humain qui avoit tant de moyens de se défendre , c'est un des plus magnifiques et des plus encourageans spectacles que l'intrépide sagesse ait jamais donnés à là foible nature humaine.

Fénélon sentoit qu'il ne pouvoit se roidir sans ébranler Iç principe unique de l'unité ; et sa soumission , mieux que nos raisonnemens , réfute tous les sophismes de l'orgueil, de quelque nom qu'on prétende les étayer.

Nous avons vu tout à l'heure les centuriateurs de Magdebourg défendant d'avance le Pape contre Bossuet ; écoutons maintenant le compilateur demi-protestant des libertés de

» juges naturels de la doctrine, ne peuvent, dans la » présente assemblée et dans ks circonstances de ce M cas particulier, porter aucun jugement, qu'un jugep ment de simple adhésion k celui du Saint Siège, et » d'acceptation de sa constitution. »

Fénélon à son assemblée provinciale des évéqnes. 1699. Dftns les Mémoires dû ciei^gé , tOm. I , p. 4^1*

(^77) TEglise gallicfrhe , réfutant encore d'avance les prétendues maximes destructrices de l'unité.

« Les maximes particulières des Eglises, » dit-îl , ne peuvent avoir lieu que dans le y* cours ordinaire des choses ; le Pape est quel- » quefois au-dessus de ces règles pour la con- » noissance et le jugement des grandes causes » concernant la foi et la religion (r). » *

Fleury , qu'on peut regarder comme un personnage intermédiaire entre Pithou et Bellarmin, tient absolument le même langage.

Quand il s'agit , dit-il , de faire observer les canons et de m,aintenir les règles , la puissance des Papes est souçeraine et s'élève au-dessus de tout (2).

Qu'on vienne maintenant nous citer \^s maximes d'une Eglise particulière , à propos d'une décision souveraine rehdue &i matière de foi; c'est se moquer du sens commun.

Ce qu'il y a de plaisant , c'est que tandis que les évoques s'arrogeroîent le droit d'examiner librement une décision de Rome, les

Page 1