CHAPITRE XV
DE LA BULLE IN CŒITA DOKINl.
Il n'y a pas d^homme peut-être en Europe, qui n'ait entendu parler de la bulle In cœnà Domini; mais combien d'hommes en Europe ont pris la peine de la lire ? Je l'ignore. Ce qui me paroît certain, c'est qu'un homme très- sage a pu en parler de la manière la moins mesurée sans l'avoir lue^
Ellle est au nombre de tant de monumens honteux dont il n'ose dter les expressions (t)/
Il ne tiendroit qu'à nou& de croire qu'il s'agit ici de Jeanne-d Arc bu de XAloyse de Sigée. Comme on lit peu les m -folio dans notre siècle , à moins qu'ils ne traitent d'histoire naturelle, et qu'ils ne soient omës de belles estampes enlumiqéça,^ jç crois que \i ne. ferai point une chose inutilç en pirésentai^t ici à la masse des lecteurs la substance de cette fameuse bulle. Lorque lés'enfans s'épouvantent
(0 Letiret sur rbiatoire^ tom. II, letlie XXXfV^ pag. 225. Note. i-
de quelcpie objet lointain, agrandi et défiguré par leur imagination , pour réfuter un'e Bonne crédule qui leur dit : Cest un ogre , dtst un esprit y c*est Un reçenant y il faut les prendre doucement par la nudn, et les mener en chantant à Tobjet même.
Analyse de la bulle In eœnâ Dommi.
Le Pape exconmiimie
jirt. i.^' Tous les héréiiçues (i).
Art. 2.^ Tous les appelons au futur con^ cile (2).
( I ) J'upèn que 6nr ce poist il n'y â pas de diflkulté.
(2) Quelque perti qu'on prenne eur U question des appels â« fiihtr coqcile , on ne sauroil blâmer un Pape, surtout un Pape du J^V•* ^èclc , qui réprime sérère^ ment ces appels comme absolument subversifs de tout gouvernement ecclësiastique. S. Augustin disoit dëji de son temps à certains appelans : Et gui ites-voys donc y vous autres^ pour remuer Tunivers ? Je ne doute pae que, parmi les pastisaas les plus décida de ces sortes d*appels , plusieufs ne conviennent de bonne foi que, de la part des particuliers au moins , ils ne soient ce qu'on peut imaginer de plus anticatbolique, de plus indécent « de plus inadmissible sous toua les rapports. On poiirrott imaginer telle supposition qui prësenteroit des apparences plausibles } mais que dire
(39« > lÂrL 3.* Tous les pirates c&urant la mer sans lettres de marque*
Art* 4*^ Tout homme tpd oserû mhr quel' que chose dans un çaisseau naufragé (i)«
Art. 5.* Tous ceux qui établirord dansleurr terres de ntmi^eaux impéts ou se permettront daugmenier les andeHS j hors des cas portés par le droit y ou sans une permissùm espressê du Saint Siège (2)*
d'os misiimble s«cUire qu^ua Pape , aux grandâ tppiaudissemens de rEglke, a soknDellcment condamné; et qui ^ do haut de êon galetas , s^avise d'appeler au futur concile? La aomrerameté est comme ia luCnre « elle ne fait rien en vain. Pourquoi un concUe œcuménique f quand te pilori suffit ?
(0 Peut-on imaginer un usage phis noMe et plua louchant de la tuprématie religieuse ?
(2) En prenant dans chaque éM llmpôt ordinaire comme un établissement légal , le Pape décide qu'on ne pourra ni Faugmênter , ni en établir de nouveaux , hors des cas préTua par la loi nationale ^ ou dans les cas imprévus et absolument extraordinaires , en vertu d'une dispense du Saint Siège. — Il faut, je le dis it ma grande confusion , qu'à force d'avoir lu ces infamies ^
Je ne mù$ Cwt um fiewil qui ne fDvgit iamak }
car )e les transcris sans le moindre mouvement de honte , et même ^ en vérité , il me semble que j*y prends plaisk.
'Art^ 6.* Les falsificateurs de lettres apostoliques.
Art. 7.« Les fournisseurs d armes et munitions de guerre de toute espèce aux Tures , aux Sarrasins et aux hérétiques.
Art. 8.* Ceux qui arrêtent les produisions de bouche et autres quelconques qu'on porte à Rome pour t usage du Pape.
Art. 9/ Ceux qui tuent , mutilent , dépouâ" lent ou emprisonnent les personnes qui se rendent auprès du Pape ou qui en r&^iennent.
Art. I o.^ Ceux qui traiteraient de même les pèlerins que leur dépotion cooduà à Rome.
Art. ii.« Ceux encore qui se rendroient coupables des mêmes violences ewers les cardinaux j patriarches , archevêques , éi>êques et légats du Saint Siège (i).
(1) Les quatre articles précédent peignent le siècle qui les rendit nécessaires. Quel homme de nos jours imagineroit d'arrêter les provisions destinées au Pape ; d'attendre au passage , pour les dépouiller, les mutiler ou les tuer y des voyageurs qui se rendent auprès da Pape ; des pèlerins, des cardinaux, ou enfin des légats do Saint Siège , etc. ? Mais, encore une fois , les actes des souverains ne doivent jamais être jugés sans égard aux temps et aux lieux auxquels ils se rapportent ; et
Art» 1 2.« Ceux qik frappent , spolient ou maltraitent quelqu'un à raison des causes qu'il poursuit en cour romaine (i).
j4rt. i3.« Ceux qui ^ sous prétexte d'une appellation friçole , transportent les causes du tribunal ecclésiastique au séculier.
Art. I ^.^ Ceux qui portent les causes béné- Jiciales et de dîmes aux cours laïques.
Art. 1 5.® Ceux qui amènent des ecclésiastiques dans ces tribunaux.
Art. 1 6.« Ceux qui dépouillent les prélats de leur juridiction légitime.
Art. 17.*. Ceux qui séquestrent les juridic-
quand les Papes seraient allës tpop loin dans ces diflRirentes dispositions, il faudrpit dire : Ils allèrent trop loin^ et ce scroit assez. Jamais il ne pourroit être question d*exclamations oratoires , ni surtout de rougeur.
(i) D'un côté, on frappe^ on spoUe^ on maltraite ôeux qui vont plaider à Rome, et de l'autre on ekcttoimunie ceux qui frappent, qui spolient ou qui maltraitent. O^ est le tort ? et qui ,dait éin blâme ? & tous les yeux ne se fermoient pas volontairement, tous les yeux verroient que , lorsqu'il y a des torts mutuels ,. le comble de Tin justice est de ne les voir que d*un côte ; qu'iPn'y a pas moyen d'éviter ces combats , et que la fermentation qui trouble le vin , est un prëli*'' minaire.iadispeqsaklede lao}ari£catioiu .
tians ou rei^enus appartenant légUmiement au Pape.
Art. 1 8.* Ceux qui imposent sur TEgUse de nouœaus trânUs sans la permission du S.
Siège.
Art. 1 9/ Ceux qui agissent crimineUement contre les prêtres dans les causes capitales , sans la permission du Saint Siège.
Art. 20.^ Ceux qui usurpent les pays, les terres de la souçerameté du Pape.
Le reste est sans importance.
La voilà donc cette fameuse bulle In coma Dommi ! Chacun est à même d'en juger ; et je ne doute pas que tout lecteur équitable qui l'a entendu traiter de monument honteux dont on n'ose citer les expressions , ne croie sans hésiter que l'auteur de ce jugement n'a pas lu la bulle , et que c'est même la supposition la plus favorable qu'il smt po9sibk de faire à l'yard d'un homme d'un aœsi grand mérite. Plusieurs dispositions de la bulle appartiennent à une sagesse supérieure , et toutes ensemble auroient fait la police de l'Europe au XIV.« siècle. Les deux derniers P^pes, Gémeot XIV et Pie VI, ont cessé de la publier chaque année, suivant l'usage antique. Pois-
-ju'ils Font fait, ils ont bien fait. Ils ont cru sans doute devoir accorder quelque chose aux idées du siècle ; mais je ne vois pas que l'Europe y ait rien gagné. Quoi quil en soit , il vaut la peine d'observer que nos hardis novateurs ont fait couler des torrens de sang pour obtenir , mais sans succès , des articles consacrés par la bulle il y a plus de trois siècles , et qu'il eût été souverainement dé^ raisonnable d'attendre de la concession des souverains,.