‹ Du PapeChapitre 10 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'infaillibilité.

Que if a-t-on pas dit sur l'infaillibilité considérée mm 'e point de vue théologîque ! Il serait difficile d'ajouter de nouveaux arguments à ceux que les défenseurs de -cette Ifâute prérogative ont accumulés pour l'appuyer sur des autorités inébranlables , et pour la débarrasser des fantômes dont les ennemis du christianisme et de l'unité se sont plus à l'environner, dans l'espoîrde la rendre odieuse au moins , s'il n'y avait pas moyen de Élire mieux.

Mais je ne sais si l'on a assez remarqué , sur cette grande question conune sur tant d'autres, que les vérités théologiques ne sont que des vérités générales , manifestées et divinisées dans le cercle religieux, de manière que Ton ne saurait en attaquer une sans attaquer une loi du mondes VinfaillibUité dans l'ordre spirituel , et la souveraineté dans Tordre temporel , sont deux mots prfaiiement synf^'*

PV PAPE. 2

nymes. L'ud et Tautre expriment cette haute puissance qui les domine toutes, dont toutes les autres dérivent, qui gouverne et n'est pas gouvernée , qai juge et n'est pas jug^«

Quand nous disons que V Eglise est infaillible , nous ne demandons pour elle , il est bien essentiel de l'observer, aucun privilège particulier ; nous demandons seulement qu'elle jouisse du droit commun à toutes les souverainetés possibles , qui toutes agissent nécessairement comme infdillibles; car tout gouvernement est absolu ; et du moment ou l'on peut lui résister sous prétexte d'erreur ou d'injustice , il n'existe plus.

La souveraineté a des formes différentes^ sans doute* Elle ne parle pas à Gonstantinople comme à Londres ; mais quand elle a parlé de part et d'autre à sa manière , le bill est sans appel comme le fetfa.

n en est de même de l'Eglise : d'une manière ou d'une autre, il faut qu'elle soit gouvernée, comme toute autre association quelconque ; autrement il n'y aurait plus d'agrf^tion , plus d'ensemble , plus d'unité. Ce gouvernement est donc de sa nature infaillible » c'est-à-dire absolu ^ autrement il ne gouvernera plus.

Dans l'ordre judiciaire , qui n'est qu'une pièce du gouvernement, ne voit-on pas qu'il faut absolument en venir à une puissance qui juge et n'est pas jugée ; précisément parce qu'elle prononce au nom de la puissance suprême , dont elle est censée n'être que l'organe et la voix ? Qu'on s'y prenne comme on voudra ; qu'on donne à ce haut pouv<Mr judiciaire le nom qu'on voudra ; toujours il £amdra qu'il y en ^i% un auqud on ne puisse dire : Fous avez erré. Bien entendu que celui qui est condamné , est toujoum mécontent de l'arrêt , et ne doute jamais de l'iniquité du tribunal ; mais le politique désintéressé , qui voit les choses d'en haut , se rit de ces vaines plaintes. 11 sait qu'il

I9 est un point où li faut s^arréter ; il sait que les longnetirs interminables ^ les appels sans fin et Fincertitude des pro» priétés, sont, s'il est permis de s'exprimer ainsi , plus injustes que l'injustice.

n ne s'agit donc que de savdr oii est la sonveraineté dans l'Eglise ; car dès qu'elle sera reconnue , il ne s^ra phis permis d'af^^ de ses décisions.

Or , s'tly a qudque chose d^évîdent pour la raison autant que pour la foi , c'est que l'Eglise universelle est une monarchie. L'idée seule de VuniversàUté suppose cette forme de gouvernement , dont ^absolue nécessité repose sur la double raison du nomln^e des sujets et de l'étendue géographique de Pempire.

Aussi tous les écrivains catholiques et dignes de ce nom conTOnnent unanimement que le régime de l^glise est mo* nardûque , mais suffisamment tempéré d'aristocratie , pour qu'il soit le meilleur et le plus parfiûtdes gouvernements*.

Sellîffiiiin l'ent^^l aiosi , et il iconvi^t avec une candeur parfaite , que le gonvem^tnent mimarchique tempéré vaut nûeui^que la m(«archie pure K

Oa peut remarqua à travers tous les sièdes dirétiens, que cette forme monan^ique n'a jamais été contestée ou déprimée , que par les fectieux qu'^e gênais.

Bans le X^^ siède , les révoltés attribuèrent la souverameté à V Eglise , c'est-àrdîre au peuple. Le XVIIP ne fit que transporter ces maximes dans la pcditique; c'est le même système, la même théorie , juscpie dans ses dernières con^uences. Quelle différence y Ort-il entre i'f" ^lùe de Dim, tmiqtiemefU conduite par sa parole, «lia grande république une ei indivisible, uniquemM gwi&er*

(1) Certain cit monarchieom illud regimen esse aristocratià aliqnà Um*

|>rratiim. (Dorai , De snp. potest. Pap» , part. 1 , qiuMt. S. )

^2} Bellannin , De Summo Pontif, cap. III.

née par les lois et par les députés du peuple souverain j^ Au* cune. C^est la même folie , ayant seulement changé d'époque et de nom.

Qu'est-ce qu'une république , dès qu'elle excède certaines dimensions ? C'est un pays plus ou moins vaste , commandé par un cei^ain nombre d'hommes , qui se nom* ment la république. Mais toujours le gouvernement est urt ; car il n'y a pas , et même il ne peut y avoir de république disséminée.

Ainsi, dans le temps de la république romsûne , la souveraineté républicaine était dans le forum; et les pays soumis, c'est-à-dire les deux tiers à peu près du monde connu étaient une monarchie , dont le forum était l'absolu et l'impitoyable souverain.

Que si vous ôtez cet état donûnateur , il ne reste plus de lien ni de gouvernement commun, et toute unité disparaît.

C'est donc bien mal à propos que les Eglises presbytériennes ont prétendu , à force de parler , nous &ire accepter, comme une supposition possible, la forme républicafaie , qui ne leur appartient nullement , excepté dans le sens divisé et particulier ; c'est-à-dire que chaque pays a son Eglise , qui est républicaine ; mais il n'y a point et il ne peut y avon* d^ Eglise chrétienne républicaine; en sorte que la forme presbytérienne effiice l'article du symbole « que les ministres de cette croyance sont cependant obligés de prononcer , an moins tous les dimanches : Je crois à V Eglise, une, sainte, univebselle et apostdùpAs* Qav àk» qu'il n'y a plus de centre ni de gouvernement commun , il ne peut y avoir d'unité, ni par conséquent à! Eglise uni" versélle ( ou cathoUque) , puisqu'il n'y a pas d'Eglise particulière qui ait seulement , dans cette supposition , le moyen constitutionnel de savoir si elle est en commuoAuté^ de foi avec les autres.

Soutenir qu'une foule d'Eglises indépendantes forment une Eglise une et universelle , c'est soutenir , en d'autres termes, quêtons les gouvernements politiques de TEurope ne forment qu'un seul gouvernement un et universel. Ces deux idées sont identiques ; il n'y a pas moyen de chicaner.

Si quelqu'un s'avisait de proposer un royaume de Frcme sans roi de France y un empire de Russie sans empereur de Russie , etc. , on croirait justement qu'il a perdu l'esprit ; ce serait cependant rigoureusement la même idée que celle d*une Eglise universelle sans chef.

ïï serait superflu de parler de l'aristocratie ; car n'y ayant pxm eu dans l'Eglise de corps qui ait eu la prétention de h r^ sous aucune forme élective ou héréditaire , il s'en* suit que son gouvernement est nécessairement monarchique, toute autre forme se trouvant rigoureusement exclue.

La forme monarchique une fois établie 9 l'infaillibilité n'estplus qu'une conséquence nécessaire de la suprématie^ ou plutôt , c'est la même chose absolument sous deux noms différents. Mais quoique cette identité soit évidente, jamais on n'a vu ou voulu voir que toute la question dépend de cette vérité, et cette vérité dépendant à son tour de la nature même des choses , elle n'a nullement besoin de s'appuyer sur la théologie , de manière qu'en parlant de l'unité comme nécessaire , terreur ne pourrait être opposée an Soiiveraiti Pontife , quand même elle serait possible, conune elle ne peut être opposée aux souverains temporels qui n'ont jamais prétendu à l'infaillibilité. C'est en effet absolument la même chose dans la pratique , de n'être pas sujet à l'erreur , ou de ne pouvoir en être accusé. Ainsi, quand même on demeurerait d'accord qu'aucune promesse divine n'eût été faite au Pape, il ne serait pas moins infaillible , ou censé tel , conune demicc tribunal ; car tout jugement dont on ne peut appeler est.

et doit être tenu pour juste dans toute association humaine, sous toutes les formes de gouvernement imaginables ; et tout véritable homme d'état m'entendra bien , lorsque je dirai qu'il ne s'agit pas seulement de savoir si le Souverain Pontife est^ mais s'il doit être infaillible.

Celui qui aurait le 'droit de dire au Pape qu'il s^est trompé y aurait, par la même raison , le droit de lui désobéir; ce qui anéantirait la suprématie (ou l'infaillibilité), et cette idée fondamentale est si frappante , que l'un des plus savants protestants qui aient écrit dans notre siècle^ , a fait une dissertation pour établir que Vappd du Pape au fuiur concile détruit Vunité visibh. Rien n'est plus vrai ; car d'un gouvernement habituel , indispensable , sous peine de la dissolution du corps , il ne peut y avoir appel à un pouvoir intermittent.

Voilà donc d'un côté Mosheim , qui nous démontre par des raisons invincibles , que l'appel au iutur concile détruit Vunité visible de V Eglise ^ c'est-à-dire le catholicisme d'ar bord, et bientôt après le christianisme mén^e ; et de l'au^ tre Fîeury , qui nous dit , en faisant l'énumératiqn des li^ lertés de son Église : Nous croyons qu^il est permis d^ap^ peler du Pape au futur concile , nonobstant les bulles

DE Pie n ET D^ iuLES li , QUI l'oNT DÉFENDU ^.

C'est un étrange spectacle , il faut l'avouer, que celui de ces docteurs gallicans , conduits pai* des exagérations nationales à l'humiliation de se voir enfin réiutés par des théologiens protestants : je voudrais bien au moins que ce spectacle n'eût été donné qu'une fois.

(l)L9Dr. Mosheimii dûsert. de appel, adconcil. ddît. Ecelesîa uniiatefli qtectfebilem tùllentibas. (Dans l'onTrage da docteur MarchëUi» tom. II, p. 258. )

(2) ilearj, «ur les libertés de TEglise gallicane. Nout. ^wc. Farfai 1807 , in-ia , p. 30.

Les novateurs que Mosheim avait en vue , ont soutenu t que le Pape avait seulement le droit de présider les c conciles, et que le gouvernement de TEglise est arisc tocratique* » Mais, dit Fleury, cette opinion est cow damnée à Rome et en France»

Cette opinion a donc tout ce qu'il faut pour être condamnée; mais si le gouvernement de TEglise n'est pas aristocratique , il est donc monarchique , et s'il est monar« cbique, comme il l'est certainement et invinciblement, quelle autorité recevra l'appel de ses décisions P

Essayez de diviser le monde chrétien en patriarcats , œmme le veulent les Eglises schismatiques d'Orient, chaque patriarche , dans cette supposkion , aura les pri* viléges que nous attribuons ici au Pape , et l'on ne pourra, de même appeler de leurs décisions; car il faut toujours qu'il y ait un point oii l'on s'arrête. La souveraineté sera divisée, mais toujours on la retrouvera ; il faudra seulement changer le synd>ole et dire : Je crois mux Eglises dkisées et indépendantes^.

C'est à cette idée mcmstmeuse qu'on se verra amené par force ; mais bientôt elle se trouvera perfectionnée encore par les princes temporels qui, s'inquiétant fort peu de cette Jvaine division patriarcale, établiront l'indépendance de leur Eglise particulière , et se débarrasseront même du patriarche , comme il est arrivé en Russie ; de manière qu'au lieu d'une seule infaillibilité, qu'on rejette comme un privilège trop sublime, nous en aurons autant qu'il plaira à la politique d'en former par la division des états. La souveraineté religieuse, tombée d'alxHrd du Pape aux patriarches, tombera ensuite de ceux-ci aux synodes , et tout finira par la suprématie anglaise et le protestantisme pur ; état inévitable , et qui ne peut être que plus ou moins retardé ou avoué oarlout où le Pape ne règne pas.

Admettes niîe fois l'appel de ses décrets , il n^y a plua de gouvernement , plus d'unité , plus d'Eglise visible.

C'est pour n'avoir pas saisi des principes aussi évidents, que des théologiens du premier ordi*e, tels que Bossuet et Fleury , par exemple, ontmanqué l'idée de l'in&illibilité, de manière à permettre au bon sens laïque de sourire en les lisant.

Le premier nous dit sérieusement que la doctrine de TinfaillihiliU rCa commencé qu^au concile de Florence^ ; et Fleury , encore plus précis , nomme le doifninicain Car fetan comme l'auteur de cette doctrine , sous le pontificat de Jules IL

On ne comprend pas comment des hommes, d'ailleurs si distingués, ont pu confondre deux idées aussi difierentes que celles de croire et de soutenir un dogme.

L'Eglise catholique n'est point argumentatrice de sa nature ; elle croit sans disputer ; car la foi est une croyance par amour ^ et l'amour n'argumente point.

Le catholique sait qu'il ne peut se tromper ; il sait de plus que s'il pouvait se tromper , il n'y aurait plus de vérité révélée, ni d'assurance pour l'homme sur la terre, puisque toute société divinement instituée suppose VinfaiU libilité , comme l'a dit excellemment l'illustre Maiebranche.

La foi catholique n'a donc pas besoin , et c'est ici son caractère principal qui n'est pas assez remarqué ; elle n'a pas besoin, dis-je, de se replier sur elle-même, de s'interroger sur sa croyance, et de se demander pourquoi elle croit; elle n'a point cette inquiétude dissertatrice qui agite les sectes. C'est le doute qui enfante les livres : pourquoi écrirait-elle donc, elle qui ne doute jamais?

(1) Eût. de Bossnet. Pièc. juslific du Vie liv. . p. 392.

Hais si Ton yient à contester quelque dogme, elle ton de son état naturel, étranger à toute idée contentieuse; eDe dierche les fondements du dogme mis en problème ; elle interroge Tantiquîté; elle crée des mots sur tout, dont sa bonne foi n'avait nul besoin , mais qui sont devenus nécessaires pom' caractériser le dogme , et mettre entre les novateurs et nous une barrière éternelle.

J'en demande bien pardon à l'ombre illustre de Bossuet; mais lorsqu'il nous dit que la doctrine de VinfaiUibilité a commencé au XIV® siècle , il semble se rapprocher de ces mêmes hommes qu'il a tant et si bien combattus. Les protestants ne disaient-ils pas aussi que la doctrine de la transsubstantiation n'était pas plus ancienne que le nom ? Et les ariens n'argumentaient-ils pas de même contre la consvhstantialitéP Bossuet, qu'il me soit permis de le dire sans manquer de respect à un aussi grand homme , s'est évidemment trompé sur ce point important. Il faut bien se garder de prendre uji mot pour une chose , et le commencement d'une erreur pour le commencement d'un dogme* La vérité est précisément le contraire de ce qu'enseigne Fleury : cap ce fat vers l'époque qu'il assigne que l'on Gonunença , non pas à croire , mais à disputer sur VinfaiU IS^Hité^. Les contestations élevées sur la suprématie du

(1) Le juremier appel aa fatar concile est celui qni fnt ëmis par TaXidée •a nom de Frédéric II , en 1245. On dit qa'il y a du doute sur cet appel , parce qu'il fut fait au Pape et au concile plu» général. On veut que le premier appel incontestable soit celui de Doplessîs , ëmis le 13 juin 1303 ; nub celni-ci est semblable à l'autre , et montre un embarras excessif. Il est fait au concile et au Saint-Siège apoitolique et à celui et à eemx à qui et auxquels il peut et doit être le mieux porte de droit. (Nat. Alex, ia sec. XIII et XIV , art. 5, § 11. ) Dans les quatre-vingts ans qui sui- Tent, on trouve huit appels dont les formules sont : Au Saint-Siège , au tâeri collège , ai* Pape futur , au Pape mieux informé , au concile , mu tribunal de Dieu , d la trèê-sainle Trinité , d Jésuê-Chritt enfin, (Voy

Pape , forcèrent d'examiner la question de plust tes défenseurs de la vérité appelèrent cette supr* faillibilité^ pour la distinguer de toute autre neté; mais il n'y a rien de nouveau dans FËglis; mais elle ne croira que ce qu'elle a toujours cr veut-il nous prouver la nouveauté de cette doctî nous assigne une époque de l'Eglise, où les* dogmatiques du Saint-Siège n'étaient pas des 1< efface tous les écrits où il a prouvé le contraire logique accablante , une érudition immense , une sans égale ; qu'il nous indique surtout le triexaminait ces décisions et qui les réformait.

Au reste , s'il nous accorde , s'il nous prouve) démonive que les décrets dogmatiques des Souvef'^ tifes ont toujours fait loi dans V Eglise, laisse que la doctrine de rinfaillibilité est nouvelle : qu*' cela nous Ëiit?

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