‹ Du PapeChapitre 15 sur 61 · NATIONS · texte numérisé non relu

NATIONS

Hais ce motde/etincwc m'avertit d'observer que cette expression et quelques autres du même genre se rapportent à la durée totale d'un corps ou d'un individu. Si je me représente, par exemple, la république romaine, qui dura cinq cents ans , je sais ce que veulent dire ces expressions : La jeunesse ou les premières années de la république

plus I^ëre personnalité. Leg doctears protestants partagent ce priTÎlëge , et mentent la même louange toutes les fois qu'fls combattent l'incrëduiiU$; car, dans ce cas , c*csl le chrétien qui combat le dëisle , le matërialiste, Vathée, et par conséquent, c'est encore la yëritë qui combat Terreur; mais s'ils se tournent contre TEglise romaine , dans l'instant même ils insalient ; car l'erreur n'est jamais de sang>froid en combattant la T^rîté. Ce double caractère est également visible et décisif, il y a peu de démonstiations aussi bien senties par la conscience.

romaine; et s^il s'agit d'un homme qui doit vivre à pe« près quatre-vingts ans , je me réglerai encore sur cette durée totale ; et je sais que si rhonune vivait mille ans , il serait jeune à deux cents. Qu'est-ce donc que la jeunesse d'une religion qui doit durer autant que le moade ? Oa parle beaucoup des premiers siècles du christianisme : en vérité , je ne voudrais pas assurer qu'ils sont passés.

Quoi qu'il en soit , il n'y a pas de plus faux raisonne^ ment que celui qui veut nous ramener à ce qu'on appelle les premiers siècles , sans savoir ce qu'on dit.

Il serait mieux d'ajouter, peut-être, que dans un sens l'Eglise n'a point d'âge. La Religion chrétienne est la seule institution qui n'admette point de décadence, parce que c'est la seule divine. Pour l'extérieur, pour les pratiques , pour les cérémonies , elle laisse quelque chose aux variations humaines. Mais l'essence est toujours la même , et anniejus non déficient^» Ainsi, elle se laissera obscurcir par la barbarie du moyen âge , parce qu'elle ne veut point déranger les lois du genre humain ; mais elle produit cependant à cette époque une foule d'hommes supérieurs, et qui ne tiendront que d'elle leur supériorité. Elle se relève ensuite avec l'honune , l'accompagne et le perfectionne dans toutes les situations : différente en cela et d'une manière frappante, de toutes les institutions et de tous les empires humains , qui ont une enfance, une virilité , une vieillesse et une fin.

Sans pousser plus loin ces observations , ne parlons pas tant des premiers siècles , ni des conciles œcuméniques , depuis que le monde est devenu si grand ; ne parlons pas wrtout des premiers siècles ^ comme si le temps avait prise Kir l'Eglise. Les plaies qu'elle reçoit ne vienaent qna de

(1) Pâ. C[, 28.

nos vices; les siècles , en glissant sur elle , ne peuvent que la perfectionner.

Je ne terminerai point ce chapitre sans protester de nouveau expressément de ma parfaite orthodoxie au sujet des conciles généraux. Il peut se faire sans doute que certaines circonstances les rendent nécessaires, et je ne voudrais point nier, par exemple, que le concile de Trente n'ait exécuté des choses qui ne pouvaient l'être que par lui ; mais jamais le Souverain Pontife ne se montrera plus infaillible que sur la question de savoir si le concile est indispensable, et jamais la puissance temporelle ne pourra mieux faire que de s'en rapporter à lui sur ce point.

Les Français ignorent peut-être que tout ce qu'on peut dire de plus raisonnable sur le Pape et sur les conciles , a été dit par deux théologiens français , en deux textes de quelques lignes , pleins de bon sens et de finesse; textes bien connus et appréciés en Italie par les plus sages défenseurs de la monarchie légitime. Ecoutons d'abord le grand athlète du XVI® siècle , le fameux vainqueur de Momay :

« L'infaillibilité que l'on présuppose être au Pape Clé- « ment , comme au tribunal souverain de l'Eglise , n'est « pas poiu* dire qu'il soit assisté de l'esprit de Dieu , pour « avoir la lumière nécessaire à décider toutes les ques- « tions ; mais son infaillibilité consiste en ce que toutes « les questions auxquelles il se sent assisté d'assez de lua mière pour les juger, il les juge : et les autres aux- « quelles il ne se sent pas assez assisté de lumière pour m les juger, il les remet au concile^ »

C'est positivement la théorie des états-généraux , à la-

(I) Perroniana, article «n/'a»''*^^*^' , oilë par le canlinal Orsi. Pff rom. Pont, auetor. lib. 1 , cap. XV, an. III. Romœ, 1772 , in-'t, p. 100.

quelle tout bon esprit se trouvera constamment ramené par la force de la vérité.

Les questions ordinaires dans lesqtMlles le roi se sent assisté d'assez de lumière, il les décide lui-même; et les autres auxquelles il ne se sent pas assez assisté , il les remet aux états-généraux présidés par lui. Mais toujours il est souverain.

L'autre théologien français, c'est Thomassin qui s'exprime ainsi dans l'une de ses savantes dissertations :

« Ne nous battons plus pour savoir si le concile œcu- « ménique est au-dessus ou au-dessous du Pape; contena tons-nous de savoir que le Pape , au milieu du concile , a est au-dessus de lui-même , et que le concile décapité « de son chef est au-dessous de lui-même^. »

Je ne sais si jamais on a mieux dit. Thomassin surtout , gêné par la déclaration de 1682 , s'en est tiré habilement, et nous a fait suffisamment connaître ce qu'il pensait des conciles décapités; et les deux textes réunis se joignent à tant d'autres poiu* nous faire connaître la doctrine untversélle et invariable du clergé de France , si souvent invoquée par les apôtres des IV articles.

(1) Ne digladiemur major synodo Pontifex , Tel Pontifice synodus œcumenica sit ; scd agnoscamos succentariatum synodo Pontifîcem se ipà« majorem esse; trusicàtam Pontifice synodo ni se ipsà esse miiiorein.

Thomassin , in dissert. de codc. Ghdlced. n. XIY» — Orsi. Ibid. l«b II, cap. XX, p. la^

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