ET SUR M. DEPLACE
Un des plus beaux, (iomme des plus solides ouvrages qiJl soient sortis de la plume de Joseph de Maistre^ c'est le livre (iu Pape ; c'est aussi Fun des plus étudiés.
Il parut à Lyon , pour la première fois , en 1819 , et fvLl soigneusement revu par im homme de lettres à qui Tauteur avait accordé toute sa confiance. M. Déplace était digne de cet honneur , et y répondit par une franchise qui ne ménageait ni les objections , ni les critiques* Le penseur, Fécrivain philosophe se laissa conduire avec une insigne modestie par le lettré , et en bien des rencontres la fougue du génie s'abattit devant le calme d'un censeur grave et rigide , qui ne transigeait pas facilement avec des idées contraires aux siennes. Chose étrange! le comte de Maistre et son éditeur ne se virent jamais; tout se borna , entre eux , à un agréable commerce de lettres, dont il ne nous est arrivé que quelques débris, qui feront
vivement regretter les pages disparues , anéanties quelnu PAPE. ' a
<(uetoi$ à dessein , nous le savons. Malgré cetfte perte , les fragments que nous plaçons en tète de l'on irrage duPap^^ auront encore assez de prix aux yeux du lecteur ; car on y pourra voir combien cette âme ardente et passionnée gardait en elle de candeur, d'abandon et de désintéressement.
On a dit de Joseph de Maistre qu'il fut un vrai gentil^ homme chrétien^. M. Déplace se distinguait » de sou côté , par des croyances bien arrêtées et par une foi très-convaincue. Il avait étudié de près les questions religieuses, et se trouvait ainsi en état de donner à Fauteur du Pape de très-utiles renseignements. C'est par là surtout qu'il faut expliquer cette collaboration et cette co-propriété dont parle de Maistre.
M. Guy-Marie Déplace, mort à Lyon le 16 juillet 1843, était né à Roanne, le 20 juillet 1772, et appartaoïait à une honorable famille du Forez. Nous avons raconté ailleurs' les divers incidents de sa vie politique et de sa vie littéraire; ce n'est pas ici le lieu d'y revenir. Il convient toutefois de rappeler que M. Déplace défendit judicieusement contre les sarcasmes d'Hoffinan les Martyrs de M. de Chateaubriand, publia un opuscule de la perse* cution de t Eglise sousBuonaparie , et prit souvent la plu-
(1) Sàtnte-BêuTe , ëtade sar dB Maistre , éans la Htwte d»i tkum- VondM, 1843 , tom. m, pag. 396.
<SS) Notkê iur Guff-Marie Déplacé, 9uMé ie Mirei inédites iê /0O itph d§ Maii$r9 ; LyoB , impr. de L. Boîtel , in- 8 de 48 pages.
1 tir
\né en Fareiir de la Religion et des idées monarchiques. Efepuis 1830 , il resta entièrement à l'écsurt.
C'est de lai que yenait la pré&ce de la l'® édition du Poft* L'auteur eti fit une autre pour l'édition de 182t , qui présentait de plus des corrections et des augmentations asses considérables; certains endroits avaient été adoucis, quelques vivacités et qudques saillies disparaissaient.
Néanmœns , par un oubli singulier ^ cette deuxième édition , qui était l'édition définitive , n'a pas été suivie pour les réimpressifms subséquentes, en 1S30 et 1836 ; M* l'abbé Migne , dans son premier yolume des Œuvres de J« deBIaistre, s'est conformé à l'édition originale, et les directeurs de la collection Charpentier <mt agi de mô^ me. Le fivre du comte de Maistre n'est donc qu'un livre tronqué dans ces diverses éditions; il y manque près de quarante pages réparties çà et là dans l'édition de 1821 ; nous ne parlons oas des erreurs relevées , ni des Esiates typographiques
Le texte définitivement avoué par l'auteur , est donc celui que l'on trouvera ici. Quelques citations ont été rec* tifiées ; quelques notes , mais en petit nombre , car il EaïUait de la sobriété j ont été ajoutées au bas des pages , ou à la fin d'un chapitre ; mais tout ce qui n'est pas du comte de Maistre se trouve fidèlement désigné par la marque sui- Tante [ ]•
L'imprimeur annonçait, en 1821, que bien que l'édition parût plusieurs mois après la mort de J. de Maistre, les confections et les augmentations n'en étaient pas moins
Tœuvre de routeur , et étaient prêtes longtemps avant sa mort.
Une table analytique avait été ajoutée à la» 2^ édition par M. Déplace; nous Pavons reproduite, en l'augmentant d'un certain nombre de mots.
Nous avons respecté jusqu'à la ponctuation de l'auteur, li ce n'est en quelques rencontres bien rares.
L'habile critique, que nous citions plus haut , a dit de ce livre : « Un résultat incontestable qu'aura obtenu M. de Maistre , c'est qu'on n'écrira plus sur la papauté après lui , comme on se serait permis de le faire auparavant. On y regardera désormais à deux fois ; on s'avanceria en vue du brillant et provoquant défenseur, sous l'inspection de sa grande ombre. Tout en le combattant, on l'abordera, on le suivra. En se faisant attaquer par ^ceux qui viennent après , il les amène sur son terrain, il les traîne à la remorque. N'est-ce pas là une partie de ce qu'il a voulu*? »
Le catholicisme doit se réjouir d'un pareil triomphe ; au moment même où reparaît lebeau livre de J. de Maistre, on ne saurait dire qu'il n'ait pas l'utilité et l'à-propos qu'il pouvait avoir à l'époque de son apparition première.
F.-Z. C0LL0ttS£T*
(1) SaÎDte-Beote , ibid. pag. 3âO.