LETTRES INÉDITES
OB J. DE flIAISTRi: A M. DEPLAC&
Turin , 19 décembre 1818.
Monsieur ,
J*ai reça yos deux dernières lettres et la copie du pr^ mier liwe. Je suis rongé de remords pour Tépouvantable ennui que j'aurai dopné à votre cher enfant. Certainement il m*aura maudit et très-Justement* C'est 9ussi à l'aide d^une demoiselle asse? intelligente , que j'ai pu faire la petite besogne que je vous envoie et qui satisfait, je pense ^ à toutes nos observations. Lorsque vous enserei au chapitre des textes russes, je crois que vous iairez (sie) par&itement bien de m'envoyer l'épreuve, autrement les textes esclavons seront tous estropiés et ne diront nul eU fet en Russie, contre mes intentions les plus expresses. Vous n'êtes point obligé par les nouvelles lois d'afiranchir à Lyon pour Turin. Ici ma charge me donne une franchise illimitée; il faut mettre cette épreuve sous bande avec mon adresse officielle que vous lirez au bas de cette lettre» Je tiens beaucoup à ce que l'ouvrage soit daté, ou à la fin du discours préliminaire , ou à la fin de l'ouvrage (Mai 1817). M. B. * vous l'aura peut*élre mandé. Mais, à propos de préliminaire , que dites- vous , Monsieur, de ridée qui m'est venue de voir à la tête du livre un petit
(1} B»iUoi.
avant-propos de vous? Il me semble quil introduirait fort bien le livre dans le monde , et quMl ne ressemblerait point du tout à ces fades avis d'éditeurs fabriqués par l'auteur méme^ et qui font mal au cœur. Le vôtre serait piquant , parce qu'il serait vrai. Vous diriez qu'une confiance illimitée a mis entre vos mains l'ouvrage d'un auteur que vous ne connaissez pas, ce qui est vrai. En évitant tout éloge chargé qui ne conviendrait ni à vous , ni à moi , vous pourriez seulement recommander ses vues et les peines qu'il a prises pour n'être pas trivial dans un sujet usé , etc. Enfin, Monsieur , voyez si cette idée vous plaît. Je n'y liens qu'autant qu'elle vous agréera pleinement.
Je ne puis envoyer par ce courrier que ce qui concerne le premier livre , moyennant quoi : Passez le Rubicen ^ mais ce n'est pas sans trembler que je vous donne le sir gnal.
J'enverrai le reste quand je jpo)ir|Cai ; je p'ai p\m I^ temps d'écrire. Souvent je regretterai ma ci-devaii^ nulr lité , qui avait bien ses agréments^ Noire excellent amj de Saint-Nizier vous aura sans doute fait connaître p^ destination qui ne saurait être plus honorable ni plus avan** tageuse» t
On ne saurait rien ajouter^ Monsieur , à la sagesse de toutes les observations que vous m'avez adressées , et j'y ai fait droit d'une manière qui a dû vous satisfaire ; car toutes ont obtenu de moi des efforts qui ont produit des améliorations sensibles sur chaque point. Quel service n'avez-vous pas rendu au feu Pape Honorius , en me diîcanant un peu sur sa personne? En vérité, l'ouvrage est à vous autant qu'à moi , et je vous dois tout , puisque
TU sans vons jamais il n'aurait vu le jour , du moins à son honneur. — Tout le reste à un autre ordinaire : — Voici mon adresse officielle :
A S. £. le Miniêtre JPétat, Régent de la grande Chan^ ceUerie, Grand-Croix de f Ordre royal de Saint-Maurice et de Saint'Lazare*
Je suis de tout mon cœur , Monsieur , avec la considération la plus distinguée et toute la reconnaissances imaginable ,
Vn tr. h, et tr. o. s. L. C. de M.
Ta vin , ^ janvier 1820.
MOKSICOI ,
J*ai reçu vos deux lettres des 20 et 27 décembre der^ nier. Je voulais vous exprimer tout à la fois mon plaisir, mais il &ut divisa la motion. Le plaisir me manque encore; la reconnaissance parlera seule. Mcm livre ne m'est point encore parvenu , mais d'autres en sont possesseurs. Un seul de mes amis , qui avait écrit d'avance à je ne sai^ qud libraire de Lyon » en a reçu treize exemplaires. Je loi «1 ai emprunté quelques-uns m riamt , pour satisfaire à mes offrandes premières et de devoir. J'espère qu'incessamment mon ballot de Chambéry ou celui de M. l'abbé Valenti arriveront à leur destination.
Hais que ne vous dois-je pas. Monsieur? Et qu'est-c^
qut ne vous doit pas mon ouvrage? Il n'y a pas , je crois, une page qui ne vous soit redevable et qui ne vous soit retournée améliorée par vos observations. J'espère que , de votre côté , vous m'aurez trouvé tout à fait pliant » ef toujours prêt à entendre vos raisons» c'est-à-dire la raison. Je ne vous parle pas de cette petite misère d'épigraphe; ce n'est rien ; et si votre scrupule m'était arrivé plus tôi, j'y aurais mis bon ordre ; mais comme je vous disais , ce n'est rien. Pries? , au reste , vos amis , et je vous le dis avec firanchise et confiance , essayez vous-même d^ traduire en douze syllabes françaises oùx &y«eov woXwotpmiti , <!« xoipawç faru^. Vous veiTCz dc quoi il s'a^t.
n y a bien longtemps, Monsieur , que j'ai écrit à vous ou à M. R. (je ne me rappelle plus lequel) pour vous prier ainsi que M. l'abbé Besson ' , de vouloir bien vous emparer des premiers exemplaires , comme il était bien naturel ; mais comme je ne reçois à cet égard aucun avis, permettez-moi de vous en offirir en particulier six exemplaires , sans préjudice de ceux qui pourront vous être nécessaires au delà de ce nombre.
J'espère aussi que vous voudrez bien coller sur l'un de; ces exemplaires , le petit billet suivant; ce sera le souvenir éPun inc<mnu. Cest un étrange mot , Monsieur , au-* quel mon oreille ne s'accoutume pas. Ma femme a été beaucoup plus chanceuse , et jamais elle ne sait que je vous écris , sans me charger, comme elle le fait aujour^ d'hui , de mille amitiés pour vous.
(1) La ploralitë de princes ne raut rien ; il faut un souverain unique.
(2) L'abbë Jacqnef-Fr. BttsOD , alors curé de la paroisse Saint-Niiier de Lyon, mort ëvèque de MeU , le 33 juillet 1842.
Revenant à la littérature , il me reste peu de chosQ, h TOUS dire sur le V® livre. Je&irai (mc) certainement droit à Y06 observations postérieures au chapitre XI , comme à toutes les autres. «Tadopterai surtout bien volontiers tout ce qu'on appelle adoucissement. Bien entendu que^ pour Vépoque de rémission, je m'en rapporte à vous. Je suis sur tout cela d'une froideur risible, au point même de désirer que mon livre n'eût jamais paru , tant je redoute le mauvais succès. Mes amis me querellent beaucoup sur cet article ; mais peut-on se refaire?
M. R. me menace déjà d'une deuxième édition. Que de lautes nous aurions encore à corriger , malgré votre attention et la mienna ! La page 186 m'a donné des conivttlsions , nouHseulement à cause du beau monosyllabe sûr qui Mt un si bel effet, mais bien plus encore parce que cet jendroit était adotun^ et que la correction s'est perdue je ne sais comment. Incessamment , je répondrai à votre ami l'abbé B. En attendant , priez-le de ma part , je vous en prie , d'agréer un pareil nombre d'exemplaires. Si j'ai oublié quelque chose , je l'ajouterai à cette lettre.
Agréez , Monsieur , l'assurance bien sincère de mon invariable attachement , et de la haute considération avec laquelle je suis , Monsieur ,
Votre très-humble et très obéiss-serv. ,
De M.
Uh
T«rqi.3aTrill8!M.
Moif^lEUft ,
Je ne saurais vous exprimer oombien votre dernière lettre m'a été agréable. Extrêmement retardée » je ne sais pourquoi ni comment , enfin elle est arrivée» Je tremblais pour vous. Monsieur , et sans oser vous écrire , car j'étais informé vaguement du malheur arrivé à M™^ votre fille.
Je voudrais bi^, Monsieur, pouvoir vous témoigner ma reconnaissance sans bornes pour toutes les peines que vous a causées un ouvrage qui se trouvera toujours bien dans 'votre bibliothèque. Vous me Eûtes à cet égard un badinage que je n'ai pas compris ; c'est le sammir cPun inconnu. Puisque vous soulignez , vous faites allusion à quelque chose , mais ce quelque chose est totalement sorti de ma mémon*e.
J'ai terminé toutes les questions d'intérêt avec M. Baillot , qui a les pleins pouvoirs de M. R. La deuxième édition, infiniment sun^ure à la première, ne vous coAlera aucune prine. Tai fait construire d'abord un errata des plus exacts ; ens^jÉte j'ai corrigé toutes les fautes sur un exemplaire même de l'ouvrage ; et quant aux corrections et additions , elles sont toutes contenues dans un cahier à part , et toutes indiquées sur l'exemplaire qui doit
servir à la deuxième édition. Avec cette double précan« tion y et la promesse expresse de me faire passer les épreu^ ves , il n'y aura plus que les fautes qu*on y mettra exprès. Incessamment on mettra la main au cinquième livre; mais je voudrais cependant recevoir vos dernières idées sur cet article. Il me semble qu'en général vous vouliez moins de vivacité dans le style et dans les expressions. Je suis tout à fait de cet avis , et je passerai volontiers le polissoir sur toutes les aspérités ; mais si vous avez quelque chose encore de particulier à me communiquer^ dépêchez-vous, je vous en prie ; vous m'obb'gerez Infiniment.
Si je me suis mis à votre place comme père , je ne vous ai pas moins plaint. Monsieur^ comme Français. Grand Dieu ! que n'avez-vous pas dû souffrir par l'effiroyabl|s attentat du 13 février I Au reste , il n'y a rien lu qui cléiange meç idées , le$ mêmes, suivant les apparences , qui flottent dans votre tête. Que n'anrais-je pas à vous dire ? mais le temps me manque^ etc.
Je sais maintenant qu'un ordre direct avait ordonné le silence à tous les journaux, mais qu*^t-ce que cela fait? Sans contredit , on n'a pas compris mon livre encore , car il n'est ni gallican, ni ultramontain ; il n'est que logique et historique. Il fait voir qu'on ne savait ce qu'on disait , ni ce qu'on voulait. Et quant à ceux qui n'ont pas vu que votre nation en général et votre clergé en particulier n*ont pas de plus sincère ami que moi , Dieu les bénisse ! Si quelqu'un vous dit encore que je n'ai pas su distinguer les deux nations , assurez4es de ma part que , suivant les notions qui me sont parvenues, je suis trèspersuadé que le manche du poignard qui a tué le duc de Bei'vy n'était pas long de deux cents lieues, et que tous
les Français ne ront pas saisi et poussé , et que je l^expli*' querai dans la prochaine édition. J'accorderai aussi eu termes exprès que tous les Français n'ont pas tué Louis XVI^ Je réponds de vous surtout. — Mais cessons de plaisan* ter. Je suis inconsolable que vous ne m'ayez pas envoyé ces nouvelles observations dont vous me parlez , et qui vous étaient venues à l'esprit pendant qu'on imprimait la conclusion. À présent, voilà M. I(ajllot qui part, comment fairons-nous?
Ma femme, qui est votre constante admiratrice, me charge de mille choses pour vous, et vous remercie de votre souvenir. Elle a bien partagé vos angoisses paternelles.
Le parti que vous avez pris de faire copier le cinquième livre est admirable ; mais que ne vous dois-je pas , Monr sieur, pour tant d'embarras? Je finis sans compliment : Eûtes de même. Notre correspondance est assez longiia poar que nous lui coupions la queue.
Tout à vous, M.
El dans on angle de la lettre :
La pointe de votre prote m'a lait pâmer de rwfh
xnt
Turin, 22 avril 1820-
MorïsiEUFt y
J*ai reçu votre lettre du 14. Mille grâces pour tous les détails utiles et obligeants dont vous Tavez remplie ; mais elle me jette dans un embarras inexplicable , car je vois bien clairement que les cartes se sont brouillées avec M. R. et vous ; et vous sentez de reste ^ Monsieur, que mon rôle se borne à ne rien dire* Si par hasard j'ai aperçu quelque mécontentement dans la conversation de M. B. ^ , je ne dois point vous en parler , et je dois de même garder le silence à son égard sur tout ce qui concerne c^ Messieurs dans la lettre à laquelle je réponds* Que faire, Monsieur? En vérité, je l'ignore. Je sens parfaitement tout ce que vous me dites , et quel homme dans sa vie n'a pas rencontré de ces moments terribles où Pamitié semble tout à iait oublier ses obligations? Peut-être même que si j'étais à Lyon, je pourrais dissiper le nuage; mais, par lettres , je ne ferais que l'épaissir.
Oui , Monsieur , j'ai aliéné mon ouvrage pour n^etk (dus entendre parler. Le Y® livre , qui formera un ouvrage k part , est compris dans la vente , de manière , que si je ne puis l'imprimer, ce sefa un imbroglio terrible. Il dépendra de vous de m*en tirer. Monsieur , si vous pouvez me communiquer votre copie , comme fai déjà eu l'honneur
(1) BailloU
de vous en prier. Vous me rendrez, je puis vous l'assiirer , un très-grand service : une fois que j'aurai ce précieux exemplaire, tout mon travail se bornera à faire disparaître jusqu^à l'apparence de l'aigreur : je veux en faire un ouvrage tout à iait philosophique et pacifique. Mais les coups pressent ; en attendant , je vous réitère là prière expresse de ne pas livrer le M. S« qui est encore en vos mains , jusqu'à ce que j'aie pu le voir et le r^* voyer ; car je serais mortellement affligé ^ si le Y® livre s'imprimait dans l'état où il se trouve.
Voilà encore quelques lignes de votre dernière lettre , que je n'ai pas comprises. C'est le Post-scriptum où vous ** me diles : « Notre excellent ami i^ appris que par moi
« le sort du Pape. » Gela fait croire que M. l'abbé Bé n'est pas à Lyon, autrement il en saurait autant que vons^ et où donc se trouve- t-il? J'ignorais sa Rustication ou sa Pérégrination.
Je ne puis vous exprimer, Monsieur, tout ce que m'a fait éprouver le détail de vos angoisses domestiques. .
Vous avez été sur le point de pleurer une fille ; et moi. Monteur , je pleure réellement h fils unique de mon bon^ cher , excellent frère, mort à Saint-^Pét^^bow^g le 21 février dernier. Il s^appelalt André, comme TËvêque d'Aost» Ce nouveau coup de poignard enfoncé dans une plaie encore vermeffle , m'a privé de la respiration ; je suis tout à fait abêti.
J'oubliais de vous le dire : vos dernières observations
sur mon livre sont très-justes. Votre diificullé chronologique sur les saints du Panthéon s^ était présentée à mon esprit. Le morceau, dans sa totalité, a quelque chose d'éblouissant qui cache d'abord le défaut ; mais il y est. Vous pouvez avoir raison sur la sainte Vierge ; cependant je ne changerai rien à cet endroit , parce que je ne veux pas &ire un autre ouvrage , ni trop altérer un morceau final de quelque effet : mais , quant à safnt François d'Assise et à saint François Xavier, je verrai s'il est possible de remédier à la faute , par quelques futurs intercalés ; par exemple , Plutus le Dieu de Viniquitè^ y sera remplacé pcar le plus grand des Thaumaturges , etc. Quod felix faustumqwB sit.
Ma l&SkVOQ me charge spécialemenjt de bien des compH* mems pour vous. Recevez les nûens envoyés de tout mon cœur. J'accepte, avec joie et reconnaissance ce sentiment que vous m'offrez à la fin de votre lettre, avec tant de grâce et de bienveillance , et , en me recommandant à votre sagesse pour ne pas me brouiller avec M. R. , je passe (comme on dit en Italie) à vous renouveler l'assurance de mon éternel attachement.