INFAILLIBILITÉ DE FAIT
Si du droit nous passons aux faits , qui sont la pierie de touche du droit , nous ne pouvons nous empêcher de convenir que la chaire de saint Pierre , considérée dans la certitude de ses décisions, est un phénomène naturellement incompréhensible. Répondant à toute la terre depuis dix-huit siècles , combien de fois les Papes se sont-ils trompés incùrUestahlemerU? Jamais. On leur fait des chicanes, mais sans pouvoir jamais alléguer rien de décisif.
Parmi les protestants et en France même , comme je l'ai observé souvent , on a amplifié l'idée de Tinfaillibilité , au point d'en faire un épouvantai! ridicule ; il est donc bien essentiel de s'en former une idée nette et parfaitement circonscrite.
Les défenseurs de ce grand privilège disent donc et ne disent rien de plus , que le Souverain PorUife parlant à VEgUse librement* , et, comme dit r école, ex cathedra^ ne s'ett jamais trompé et ne se trompera jamais sur la foi.
Par ce qui s'est passé jusqu'à présent, je ne vois pas qu'on ait réfuté cette proposition. Tout ce qu'on a dit contre les Papes pour établir qu'ils se sont trompés^ ou n'a point de fondement solide , ou sort évidemment du cercle que je viens de tracer.
La critique qui s'est amusée à compter les fautes des Papes, ne perd pas une minute dans l'Histoire ecclé-
(1) Par ce mot librement, jeaienàs que ni les louments, ni la persécution, ni la Tiolence enfin, sous toutes les formes, n'aura pu priver le SoureraÎD Pontife de la liberté d*esprit qui doit prMier à ses décisions.
BÎastique , jpuisqu^elle remonle jusqu^à saint Pierre. C'est par lui qu'elle commence son catalogue ; et quoique la Êiute du prince des Apôtres soit un fait parfaitement étranger à la question , elle n'est pas moins citée dans tous les livres de Vofpposition , comme la première preuve de la faillibililé du Souverain Pontife. Je citerai sur ce point un écrivain , le dernier en date , si je ne me trompe , parmi les Français de l'ordre épiscopal qui ont écrit contre la grande prérogative du Saint-Siège ^
Il avait à repousser le témoignage solennel et embarrassant du clergé de France, déclarant en 1636, qut VinfaiUihilitè est toujours demeurée ferme et inèhranlable dans les successeurs de saint Pierre.
Pour se débarrasser de cette difficulté , voici comm«it le savant Prélat s'y est pris : « Vindéfeciibilité , dit-il, « ou Vinfaillibilité qui est restée jusqu^à ce jour ferme et « inébranlable dans les successeurs de saint Pierre ^ n'est a pas sans doute d^une autre nature que celle qui fut oc- « troyée au chef des Apôtres en vertu de la prière de Jésustt Christ* Or, l'événement a prouvé que l'indéfectibilité a ou l'infaillibilité de la foi ne le mettait pas à l'abri « d'une chute ; donc , etc. » Et plus bas il ajoute : « On « exagère faussement les effets de l'intercession de Jésus- « Christ , qui fut le gage de la stabilité de la foi de « Pierre^ sans néanmoins empêcher sa chute humiliante « et prévue.»
Ainsi , voilà des théologiens , des Evéques même (je n'en cite qu'un instar omnium) , avançant ou supposant du moins , sans le moindre doute , que l'Eglise catholique
(1) Défense des libertés de l'Eglise gallicane et de rassemblée du clergé de France, tenue en 1682. Paris, 1817, !û4, par feu M. Eouis-Mal- Uiias de Barrai, arcbeTè(|ue de Tours. Page3 327, 328 et 33
était établie et que saint Pierre était Souverain Pontife avant la mort du Sauveur.
Us avaient cependant lu , tout comme nous , que là où il y a un testament j il est nécessaire que la mort du testO' tewr intervienne, parce que le testament n'a lieu que par la mfft, n^ ayant point de force tant que le testateur est encore eavie^.
Us ne pouvaient se dispenser de savoir que l'Eglise naquit dans le cénacle , et qu^avant reflusion du Saint- Esprit il n'y avait point d'Eglise.
Us avaient lu le grand oracle : Il vous est utile que je ifCm aille; car si je ne m^en vais pas, le Consolateur ne viendra point à vous : mais si je m'en vais, je vous V enverrai. Lorsque cet Esprit de vérité sera venu, il rendra témoignage de moi, et vous me rendrez témoignage vousmémesK
Avant cette mission solennelle^ il n^y avait donc point d'Eglise , ni de Souverain Pontife , ni même d'apostolat proprement dit; tout était en germe, en puissance, en expectative , et dans cet état les hérauts même de la vérité ne montraient encore qu'ignorance et que faiblesse.
Nicole a rappelé cette vérité dans son Catéchisme raisonné. «Avant d'avoir reçu le Saint-Esprit , dit-il, le jour « de la Pentecôte , les Apôtres paraissaient faibles dans la
« foi, dmides à l'égard des hommes, etc Mais depuis
« la Pentecôte, on ne voit plus en eux que confiance^ « que joie dans les soufiGrances, etc. ^.
On vient d'entendre la vérité qui parle ; maintenant
(1) Heb. IX, ▼. 16 et 17,
(2) Joan. XVI, 7 ; XV, 26 cl 27.
(3) Nicole, Inslr. ihéol. et mor. sur les sacrements. Parii, 1723, tom IBeUcoafîr. çh. II, p. 87.
rile va tonner. « Ne fut-ce pas un prodige biqp étonnant « (Je voir les Apôtres, au moment où ils reçurent le Saint- « Esprit, aussi pénétrés des lumières deDieu..... qa*ils
« avaient été jusque-là ignorants et remplis d'erreurs
« tandis qu'ils n'avaient eu pour maître que Jésus-Christ? « 0 mystère adorable et impénétrable! Vous le savez; et Jésus-Christ, tout Dieu qu'il était, n'avait pas suiB, « ce semble , pour leur faire entendre cette doctrine cé- « leste , qu'il était venu établir sur la terre* •••• et ipsi « nihil horum in(eUexerurU\ Pourquoi? parce qu'ils n'a- « valent point encore reçu l'Esprit de Dieu , et que toutes a ces vérités étaient de celles que le seul Esprit de Dieu « peut enseigner* Mais dans l'instant même que le Saint- « Esprit leur est donné , ces vérités qui leur avaient paru « si incroyables se développent à eux , etc. ^.» C'est-àdire le testament est ouvert et l'Eglise conunence. Si j'ai insisté siu* cette misérable objection , c'est parce qu'elle se présente la première , et parce qu'elle sert merveilleusement à mettre dans tout son jour l'esprit qui a présidé à cette discussion de la part des adversaires de la grande prérogative. C'est un esprit de chicane qui meurt d'envie d'avoir raison ; sentiment bien naturel à tout dissident, mais tout à bit inexplicable de la part du catholique.
Le plan de mon ouvrage ne me permet point de diiscuter une à une les prétendues erreurs reprochées aux Papes, d'autant plus que tout a été dit sur ce sujet : je toucherai seulement les deux points qui ont été discutés avec le plus de chaleur , et qui me paraissent susceptibles de quel-
(i) Luc. xvra, 34.
(2) Bourdaloue, Serm. sur la PentecAle, Ir« partie, fvr le texte : A#f^Uti âunt omms Spiritu iMcio. Myst. tom* I«
lia
ques nouveaux éclaii'cissements; UréstenévàtU paérkon-^ nmr d*é(re cité.
Les docteurs italiens ont observé que Bossuet , qui , dans sa Défense de la déclaration^ , avait d'abord argumenté , comme tous les auti^es^ de la chute du Pape Libère, pour établir la principale des IV propositions , a retranché Im-mème tout le chapitre qui y est relatif, conune on peut le voir dans l'édition de 1745. Je ne suis point à même de vérifier la chose dans ce moment , mais je n'ai pas la moindre raison de me défier de mes auteurs ; et la nouvelle Histoire de Bossuet ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le repentir de ce grand homme.
On y lit que Bossuet , dans l'iutimité de la conversation , disait un jour à l'abbé Ledieu : Xai rayé de mon traité de la puissance ecclésiastique totU ce qui regarde le Pape JÂère, GonsiE ne prouvant pas bien gë que je voulais
ETABLIR EN CE tlEU^.
C'était un grand malheur pour Bossuet , d'avoir à se rétracter sur un tel point : mais il voyait que l'argument tiré de Libère était insoutenable. 11 l'est au point que les centuriateurs de Magdebourg n'ont pas osé condamner ce Pape, et que même ils l'ont absous.
« Libère, dit saint Àthanase, cité mot pour mot par « les centuriateurs, vaincu par les souflrances d'un exil « de deux ans et par la menace du supplice, a souscrit « enfin à la condamnation qu'on lui demandait ; mais « c'est la violence qui a tout fait, et l'aversion de Libère « pour l'hérésie n'est pas plus douteuse que son opinion « en faveur d'Athanase ; c'est le sentiment qu'il aurait
i±) Lit. IX, chap. XXXIV.
(2) Tom, n. Pièces jusliûc. du IV* Ht., p. 390. ^
« manifesté s'il eût été libre*. » Saint Athanase termine par cette phrase remarquable : « La violence prouve « bien la volonté de celui qui fait trembler y mm mMemmt « ceJh de celui qui trembie^ » Maxime décisive dans ce cas.
Les centuriateurs dtent avec k naêrne exactitude d'autres écrivains , qui se montrent mains favorables à Libère , sans nier cepgndant les sottffirûnces de VexiL Mais les historiens de Magdebocrg penchai évidemment vers l'opiuion de saint Athanase. Uparaît^ disenCrib, que tmt ce ^^m a raconté de la souscription de Idbère , m tombe nullement sur le dogme arien y mais seulem/eni sur la condamnation d^ Athanase^* Que sa langue ait pronùncé dans ce cas phUôt que sa conscience, comme Va dà Cicéron dans une occasion semblable , dest ce qui ne senAk pas douteux. Ce qu'il y a de certain, e'*est qm Libère ne cessa de professer la foi de Nicée*.
Quel spectacle que celui cte Bossue, accusateur d'un Pape excusé par l'élite du calvinisme ! Qui pourrait ne
/l) Liberinm post exactnniÎD eiilio bieBoinin, infl^um QWQÎsqqeiiMrtis Aà subscriptionem contra Athanasium inductHin fuisse..... Verùm illod ipsum et eoram yiotemiam et Lîberii in hœresim odium et snum pro Âthanasio sufrtagiiim, ^ùm Kberos affectas haberet, satis coargnit.
(2) Q««s enim per tormenta contra priorem ejus sententiam extorta snot, eo jam non metuenihim, sed eogentium folantates habendœ rant.
(3) Quanquàin bsec de subscriptione in AtbaBasiam ad qnam Liberins impnlgus sit, non de consensu in dogmate cum Arianis dici yidentar.
(4) Lingnà eam snperscripsisse magis qnàm mente, quod de juramento cuJQsdfim Cicero dixit, omnind TÎdetur, qneniadmodiim et Athanasius eum excQsaTÏt. Gonstantem certè in professione fidei NicœnsB mansisse indical. (Ceniuriœ ecclesiasticœ Hisloriœ per aliquos studiosos et pics viros in urbe Magdeburgioâ, et Basileae per Joannem Oporinum, 1562, Cent. IV, c. X, pag. 1284.)
pas applaudir aux sentiments quUl confiait à son sé^ crétaireP
lie jdan de mon ouvrage ne me p^mettant point ks détails, je m'abstiens d'examiner si le passage de saint Atbanase , que je viens de citer » est suspect en quelques points ; si la cbute de Libère peut être niée pur^nent ^ dinplem^t , comme un &k eontrouvé^ ; si , dans la snppoâ&)n contraire, Libère souscrivit la premike ou la deuxième formule de Siimium. Je me bornerai à citer qoeiques l^es du docte ardievéque Mansi , collecteur des eoQdlles; elles prouveront peut*étre à quelques esprit» préoccupés,
Qu*il est quelque bon sens aox bords âé TltaKe.
« Supposons qu^ Libère eut formellement souscrit à « Farianisme (ce qu'il n'accorde point), parla-t-il dans « cette occasion comme Pape, ex cathedra? Qi]iels conci* « les assembla-t-il préalablement pour examiner ls( ques- « tien? S'il n'en convoqua point, quels docteurs appe- « la-t-il à lui? Quelles congrégations înstitua-t41 pour « définir le dogme? Quelles supplications publiques et « solennelles in^iqua-t-ilpour invoquer l'assistance del'E^ « prit-Saint? S'il n'a pas rempli ces préliminaires, il n'a « plus enseigné comme maître et docteur de toys les fi- « dèles. Nous cessons de reconnaître , et que Bossuet « le sache bien, nous cessons, dis-|e, de reconnaître le « Pontife romain comme infaillible^. »
(1) Quelques sayants ont cm pouToir soutenir cette opinion. Toy* n«<terf. sur le Pape Libère, dam laquelh on fait voir qu'U n.'^eftp^^tei^. Paris, chez Lemesle, 1726, in-12. — Francisci Antonii Zttekari». P. S Ditsertatio de eotnmentitio Liberii laptu. In Tbei. theoL Yen. 1762 , 0-4. tom. II, p. 580 et seq.
(2) Sed iU non egit; non definÎTil «eathedrà; non docuit tanqnam ont'
Orsî est encore plus précis et plus exigeant*. Un grand nombre de témoignages semblables se montrent dans les livres italiens, sed Grœeis incognita qui sua tarUûm mi" rarUur*
Le seul Pape qui puisse donner des doutes légitimes, moins à raison de ses torts, qu'à raison de la condamnation qu'il a soufferte , c'est Honorius. Que signifie cependant la condamnation d'un homme et d'un Souverain Pontife, prononcée quarante-deux ans après sa mort ? Un de ces malheureux sophistes, qui déshonorèrent trop souvent le trône patriarcal de Constantinople , un fléau de l'Eglise et du sens commun ; Sergius , en un mot , patriarche de C. P. , s'avisa de demander , au commencement du VIP siècle, s*tl y %vait deux volontés en Jésus-Christ? Déterminé pour la négative , il consulta le Pape Honorius en paroles ambiguës. Le Pape , qui n'aperçut pas le piège, crut qu'il s'agissait de deux volontés humaines ; c'est-àdire de la double loi qui afflige notre malheureuse nature, et qui certainement était parfaitement étrangère au Sauveur. Honorius^ d'ailleurs, outrant peut-être les maximes générales du Saint-Siège, qui redoute par-dessus tout les nouvelles questions et les décisions précipitées, désirait qu'on ne parlât point de deux volontés, et il écrivit dans ce sens à Sergius, en quoi il put se donner un de ces torts qu'on pourrait appeler administratifs ; car s'il manqua dans cette occasion , il ne manqua qu'aux lois du gouvernement et de la prudence. Il calcula mal si l'on veut , il ne vit pas les suites funestes des moyens économi**
mam fidelimn magisfer ac doctor. Ubi jeth ita non se gerat, scîat Bo»^ suet, romanum PontI6cem infjîllibilein à nobis non agnosci. Voy. la notf de Mansi, dans louvrage cilë, p. 568.
(1) Or», tom. I, lib. UI, etp. XXVI, p. iia
|aes qu^il crut pouvoir employer; mais dans tout cela ou ne Yoitaucune dérogation au dogme, aucune erreur tliéo* logique. Qu'Honorius ait entendu la question dans le sens supposé, c'est ce qui est démontré d'abord par le témoignage exprès et irrécusable de l'homme même dont il avait employé la plume pour écrire sa lettre à Sergius : je veux parler de Tabbé Jean Sympon, lequel, trois ans seulement après la mort d'Honorius, écrivait à Tempereur Constantin , fils d'Héraclius : « Quand nous parlâmes « d'une seule volonté dans le Seigneur , nous n'avions « point en vue sa double nature , mais son humanité seule. « Sergius , en effet , ayant soutenu qu'il y avait en Jésus- « Christ deux volontés contraires, nous dîmes qu'en ne « pouvait reconnaître en lui ces deux volontés, savoir celle « de la chair et celle de V esprit , comme nous les avons « nous-mêmes depuis le péché ^ »
Et qu'y a-t-il de plus décisif que ces mots d'Honorius lui-même cités par saint Maxime: « Il n'y a qu'une voit lonté en Jésus-Christ , puisque sans doute la divinité « s'était revêtue de notre nature, mais non de notre péa ché , et qu'ainsi toutes les pensées charnelles lui étaient « demeurées étrangères '.
Si les lettres d'Honorius avaient réellement contenu le venin du monothélisme , comment imaginer que Sergius, qui avait pris son parti , ne se fut pas hâté de donner à ces écrits toute la publicité imaginable ? Cependant c'est oe qu'il ne fit point. Il cacha au contraire les lettres (ou
(1) Toy. Car. Sardagna Theolog, dogm, polem. in-8, 1810. Tom. I, CootroT. K, in Àppenâ, de Honorio, n. 305, p. 293.
(2) Qoia profectè à dÎTinitate assampta est natara nostra, non colpa.... Absqoe carnalibus Yoluntitibus. (Extrait de la Lettre de saiot Maxime, ad Marinum presbyterum, Vuy. Jae, SirmondifSoe, Jetuprab. Opéra wria, in-fol, ex (ypog, regiû, lom. iil. Paria, 1696, pag. 4S10
la lettre) tl^Hônorius pendant la vie de w Ponlife , qoi vécut encore dm% ^ms, ce qoll fem bien remarquer. Mais d*^sbùFd iipti^ fo ttiortd'HoiioHhis, airivée en B38 , lé pa^ triarche dé G. )P» fié aé gêna jyltts, et publia son exposition ùu ^dihéàb » ^ ^uneuse dan^ rttîislôire ecclésiastique d^ cette époque : touti€ois , ceiïttî est encore très-remarquable, il ise dha point les lettres d'&olioriuft. iPendant les «psûraiiie^éux ans qui su!ifitent ta tnort de ce iPontife , jamais lés tnotioâiâités ne parlèrent de la seconde de ces lettres; c*^ qu^éh n^était pas faite. Pyrrhus même, dans la famatôé di^te atec saint Maxime , n W pas soutenir ffk^Bomriî^ eût impùsé h sUence sut une ou deux opè- Tentions II se borne à dire Taguement que ce Pape avait ttpprùWoé le sentiment de Sergius sur une volonté unique. L'^tt^reur Héraclius se disculpant , Pan 641 , auprès du Pape Jean IV, de la part qu'il avait prise à l'affaire du «Miiiothélisme, ^arde encore le silence sur ces lettres, ainsi que Temperem* Connut II , dans son apologie adressée en 619^ au Pape Martiki, au sujet du type, autre folie inipériale de cette ^poqu:e* Or , comment imaginer encercle ces discussions^ et tant d^autres du même genre ^ n'eussent amené aucun appel public aux décisions d'Ho^ noitos^ si on les avait regardées alors comme infectées de l'faéréiffe monothéliqueP
Afottlétfs que si ce Pontife avait gardé le silence après qtie Serg^ws iste fut dédaré^ on pourrait sans doute ai*gumentér de ce sSenceetle regarder comme un conuuentaire coupable de ses lettres ; mais il ne cessa au contraire^ tant qu'à vécut, de s'élever contre Sergius , de le menacer et de le condamner. Saint Maxime de C. P. est encore un illustre témoin sur ce fait intéressant. On doit rire, dil-il, ou pour mieux dire on doit pleurer à la vue ie ces malheureux (Sergius et Pyrrhus)^ qui osent citer di
prétendues décimne favorables à Timpieecthèse^ essayer déplacer dans leurs rangs le grand Honmus, et séparer mxyeux du monde deVautarité ffun homme éminent dans la cause de la Religion..: Qui donc a pu inspirer tant /audace à ces faussaires? Quel homme pieux et orthodoxe ^ quel Evêque , quelle Eglise ne les a pas conjurés /abandonner Vhèrésie ; mais surtout que n'a pas fait le DIVIN Honorius^ I
Voilà, il &ut l'avouer, un singulier hérétique!
Et le Pape saint Martin , mort en 655 , dit encore dans sallettre à Arnaud d'Utreckt : Le Saint-Siège n^a cessé de les eochorter (Sergius et Pyrrhus) , de les avertir^ de les reprendre, deles menacer j pour les ramènera la vérité qu'ils omeiU trahie K
Or, la chronologie prouve qu'il ne peut s'agir ici que d'Honorius, puisque Sergius ne lui survécut que deux nutts, et qu'après la mort d'Honorius le Siège pontifical vaqua pendant dix-neuf mois.
Avant d'écrire au Pape , Sergius écrivait à C^rus d'A--
(1) QiMe hot (flfonothelilas) non roga^i Bechiia, ete,; quid aui$m eî DHonis Monoriut? (S. Max. Ifart. Epist. ad Petrum iUuttrem apod Sinn. dH suprà, p* 489.)
On a besoin d'une grande attention pour lire cette lettre dont nous n*a- ▼QV ^*aoe traduction latine faite par un Grec qui ne sayait pas le latin. Ncn-wiilemont la phrase latine est extrêmement emltarraasëe, mais le tradocteur se fermet de plus de iabriqner des mois pour se mettre à Taise, comme dans cette phrase, par exemple : JVac adveniu i^iMieam iedem mtniiri pigritati êunt^ où le yerbe pigritari est ëyidemment employé pour rendre celui d^oxvilv, dont l'équivalent latin ne se présentait point k Tespril in traducteur* Il ignorait probablement pigror qui est cependant latin. Pigriior, au reste, ou pigrito, est demeuré dans la basse latinité. [Di Imit. Chriiii, Lib. I, cap. XXV, n. 8.)
(2) Joh» Domin, Manti ioe. e&nciî. nov. #1 ampliêê. CoUtetio. Fia" rentûB, 1764, in-fol. tom. X, p. 118tt.
lexandrie « qae pour le bien de la paix il paraissait ntil€ « de garder le silence sur les deux volontés , à cause du « danger alternatif d'ébranler le dogme des deux natu- « res, en supposant une seule volonté , ou d'établir deux « volontés opposées en Jésus-Christ » si l'on professait « deux volontés *• »
Mais où serait là contradiction , s'il ne s'agissait pas d'une double volonté humaine P 11 parait donc évident que la question ne s'était engagée d'abord que sur la volonté humaine , et qu'il ne s'agissait que de savoir si le Sauveur y en se revêtant de notre nature , s'était soumis à cette double loi , qui est la peine du crime primitif et le tourment de notre vie.
Dans ces matières si élevées et si subtiles , les idées se touchent et se confondent aisément si l'on n'est pas sur ses gardes. Demande-t-on , par exemple, sans aucune èxpUcadon , s'il y a deux volontés en Jésus-Christ P 11 est clair que le cadidique peut répondre oui ou non , sans cesser d'être orthodoxe. Oui , s! l'on envisage les deux natures unies sans confusion; non, si l'on n'envisage que la nature humaine exempte , par son auguste association, de la double loi qui nous dégrade : non , s'il s'agit uniquement d'exclure la double volonté humaine ; oui , si l'on veut confesser la double nature de l'Homme-Dieu.
Ainsi , ce mot de monothélisme en lui-même n'exprime point une hérésie ; il faut s'expliquer et montrer quel est le sujet du mot : s'il se rapporté à l'humamté du Sauveur, il est légitime : s'il se dirige sur la persoane théandriqae , il devient bétérodo^^e^
(1) Ce font les propres pirolef de flergins, dans sa lettre à Honorma. (Àpud Petrum Balterinum, de vi ac ratione primatût iummorw» Pim^ lifieum, 0t9. r^ronm, il^, iB-4, cap. X?» d. 35, p. 305.)
En réfléchissant sur les paroles de Sergius y telles qu'on
vient de les lire , on se sent porté à croire que , semblable
en cela à tous les hérétiques , il ne partait pas d'un point
fixe, et qu'il ne voyait pas clair dans ses propres idées,
que la chaleur de la dispute rendit depuis plus nettes et
plus déterminées.
Cette même confusion d'idées qu'on remarque dans
récrit de Sergius , entra dans l'esprit du Pape qui n'était point préparé. Il frémit en apercevant , même d'une
manière confuse , le parti que l'esprit grec allait tirer de
cette question pour bouleverser de nouveau l'Eglise. Sans
prétendre le disculper parfaitement, puisque de grands
Aéologiens pensent qu'il eut tort d'employer dans cette
occasion une sagesse trop politique, j'avoue cependant n'è.
tre pas fort étonné qu'il ait tâché d'étouffer cette dispute
au berceau.
Quoi qu'il en soit , puisque Honorius disait solennel-
lanent à Sergius , dans sa seconde lettre produite au
V* concile : « Gardez-vous bien de publier que j'aie rien
« décidé sur une ou sur deux volontés^, » comment
peut-il être question de l'erreur d'Honorius qui n'a rien décidé? Il me semble ipie pour se tromper il faut affirmer. Malheureusement, sa prudence le trompa plus qu'il n'eût osé l'imaginer. La question s'envenîmant tous les jours davantage à mesure que l'hérésie se déployait , on commença à parler mal d'Honorius et de ses lettres. Enfin , quarante-deux ans après sa mort , on les produit dans les XIP et XIII® sessions du YV concile , et sans aucun
(1) Non nos oportet unam vel duat operatioms DEwmiEhTES prœdieare» {BaiUr. lœo eitato, n. 35» p. 308.) Il serait inutile de faire remarquer
il tournure grecque de ces expressions traduites d'une traduction. Les ori« ^^
(inaux latins les plus précieux ont péri. Les Grecs ontikîrit ce qu'ils col toultt.
préliminaire ni défense préalable, Honorîus est anatkéma« Usé , du moins d'après les actes tels qu'ils nous sont parvenus. Cependant lorsqu'un tribunal condamne un homme à mort , c'est l'usage qu'il dise pourquoi. Si Honorius avait vécu à l'époque du VP concile, on l'aurait dté, il aurait comparu, il aurait exposé en sa faveur les raisons que nous employons aujourd'hui , et bien d'autres encore que la malice du temps et celle des hommes ont supprimées Mais , que dis-je P il serait venu lui-même présider le concile ; il eût dit aux Evéques si désireux de venger sur un Pontife romain les taches hideuses du siège patriarcal^ de Gonstantinople : « Mes frères , Dieu vous « abandonne sans doute , puisque vous osez juger le Chsi « de l'Eglise, qui est établi pour vous juger vous-mémes4 « Je n'ai pas besoin de votre assemblée pour condamner « le monothélisme. Que pourrez-vous dire que je n'aie « pas dit? Mes décisions suffisent à l'Eglise. Je dissous le « concile en me retirant. »
Honorius , comme on l'a vu , ne cessa , jusqu'à son dernier soupir , de professer, d'enseigner, de défendre la vérité; d'exhorter, de menacer , de reprendre ces mômes monothélites dont on voudrait nous faire croire qu'il avait embrassé les opinions : Honorius , dans sa seconde lettre même (prenons-la mot à mot pour authentique ) , exprime le dogme d'une manière qui a forcé l'approbation de Bossuet ^ Honorius mourut en possession de son siège
(1) Honora verha orthodoxa haximIe videri, (Bossuet , /t6« Vit, al. JIl, Defem. c. XXII.)
[ Les lignés qui suivent , ont ëtë sapprimëes par l'auteur » dans V4âition de 1821 : Jamais homme dans l'univers ne fut aussi mattre de sa plume. On croirait,. au premier coup d'oui» pouvoir traduire en français; Veapretêion d*Honoriui semble trèt^orthodoxe. Mais l'on se tromperait. Bossuet n'a fas dit maocimè orthodoxa videri, mais orthodoxa maxime
et de ssi dignité, sans avoir jamais, depuis sa malheurense correspondance avec Sergîus , écrit une ligne ni proféré une parole que Thistoire ait marquée comme suspecte. Sa cendre tranquille reposa avec honneur au Vatican; ses images continuèrent de briDer dans TEglise , et son nom dans les diptyques sacrés. Un saint martyr , qui est sur nos autels , Tappela peu de temps après sa mort homme divin. Dans le VÏIP concile général tenu à C. P. , les Pères , c*est-à-dire TOrient tout entier, présidé par fe Patriarche de C. P., professent solennellement quHl vHékit pas permis d*<yuhlier les promesses faites à Pierre por te Sauveur, et dont la vérité était confirmée par Vex* périmée, puisque la foi catholique avait toujours subsisté sans tache, et que la pure doctrine avait été intariablelEKT enseignée sur le Siège apostolique* ^
Depuis raffaire d*Honorius , et dans toutes les occasions possibles , dont celle que je viens de citer est une des plus .remarquables, jamais les Papes n^ont cessé de s'attribuer cette louange et de la recevoir des autres.
Âprfe cela, j^avoue ne plus rien comprendre à la condanmation d^Honorius. Si quelques Papes ses successeurs, Léonll, par exemple, ont paru ne pas s'élever contre les h^lénismes de Gonstantinople, il faut louer leur bonne
tideri. Le maxime frappe sur videri, et non sur orlhoâoxa. Qu'on essaie de rendre celte finesse en français. Il faudrait pouvoir dire : Vexprettion d^ttonoriut trèt semble orthodoxe. La yéritë entraine le grand homme qui Irèi temlfie loi résister on peu.]
(1) Hœc quœ dicta sunt rerum probanlur efîectibus, quia in sede apaitolicà est semper calholica seryata religio etsanclë celebrata doctrina. (Aol. ï, Syn.)
Yid. Nal. Alexandri disserUtio de Photiano schismate et VIII Syn. C.P..iaXhesauro théologien. Venetiis, 1762,iii-4, tom. II, S XIII P 657.
fol, leur modestie ^ leur prudence surtout; mais tout ci qu'ils ont pu dire dans ce sens n'a rien de dogmatique , et les faits demeurent ce qu'ils sont.
Tout bien considéré , la justification d'Honorius m'embarrasse bien moins qu'une autre; mais je ne veux point soulever la poussière , et m'exposer au risque de cacher les chemins.
Si les Papes avaient souvent donné prise sur eux par des décisions seulement hasardées , je ne serais point étonné d'entendre traiter le pour et le contre de la question , et même j'approuverais beaucoup que dans le doute nous prissions parti pour la négative^ car les arguments douteux ne sont pas faits pour nous. Mais les Papes , au contraire , n'ayant cessé pendant dix-huit siècles de prononcer sur toutes sortes de questions avec une prudence et une justesse vraiment miraculeuses, en ce que leurs décisions se sont invariablement montrées indépendantes du caractère moral et des passions de l'oracle qui est un homme , un petit nombre de faits équivoques ne sauraient plus être admis contre les Papes , sans violer toutes les lois de la probabilité , qui sont cepenc(ant les reines du monde.
Lorsqu'une certaine puissance, de quelque ordre qu'elle soit, a toujours agi d'une manière donnée^ s'il se présente un très-petit nombre de cas où elle ait pai*u déroger à sa loi, on ne doit point admettre d'anomalies, avant d'avoir essayé de plier ces phénomènes à la règle générale : et quand il n'y aurait pas moyen d'éclairçir parfaitement le problème , il n'en faudrait jamais condure |que notre Ignorance.
\ C'est donc un rôle bien indigne d'un catholique , homme du monde même , que celui d'écrire contre ce magnifique et divin privilège de la chaire de saint Pierre-
Quant au prêtre qui se permet un tel abus de Tespril et de rérudîlion , il est aveugle , et même si je ne me trompe infiniment , il déroge à son caractère. Celui-là même, sans distinction d^état^ qui balancerait sur la théorie, devrait toujours reconnaître la vérité du fait, et convenir que le Souverain Pontife ne s'est jamais trompé ; il devrait au moins pencher de cœur vers cette croyance , au lieu de s'abaisser jusqu'aux ergoteries de collège pour l'ébranler. On dirait , en lisant certains écrivains de ce genre, qu'ils défendent im droit personnel contre un usurpateur étranger , tandis qu'il s'agit d'un privilège également plausible et favorable , inestimable don fait à la famille universelle autant qu'au père commun.
En traitant l'affaire d'Honorius, je n'ai pas touché du tout à la grande question de la falsification des actes du VI* concile , que des auteurs respectables ont cependant regardée comme prouvée. Après en avoir dît assez pour satisfaire tout esprit droit et équitable , je ne suis pomt obligé de dire tout ce qui peut être dit ; j'ajouterai seulement sur les écritures anciennes et modernes quelques réflexions que je ne crois pas absolument mutiles.
Parmi les mystères de la parole , si nombreux et si profonds, on peut distinguer celui d'une correspondance inexplicable entre chaque langue et les caractères destinés à les représenter par l'écriture. Cette analogie est telle, que le moindre changement dans le style d'une langue est tout de suite annoncé par un changement ians l'écriture , quoique la nécessité de ce changement !ie se fasse nullement sentir à la raison. Examinons notre langue en particulier : l'écriture d'Amyot diffère de ^elle de Fénelon autant que le style de ces deux écrivains. Chaque siècle est reconnaissable à son écriture.
pai'ce que les langues changeaieul ; mais quand elles deviennent stationnaires , récriture le devient ausssi : celle du XVII® siècle , par exemple, nous appartient encore ,sauf quelques petites variations , dont les causes du même genrené sont pas toujours perceptibles ; c'estainsi que la France, Vêtant laissé pâoiétrer , dans le dernier siècle, par Fesprit anglais , tout de suite on put reconnaître dâps l'écriture des Français plusieurs formes anglaises.
La correspondance mystérieuse entre les langues et les signes de récriture est telle , que si une langue balbutie, récriture balbutiera de même; que si la laogue est vague, embarrassée et d'une syntaxe difficile, récriture manquera de même, et joroportionneilement , d'élé^^nce et de clarté.
Ce que je dis ici ne doit cependant s^^tendreqoede récriture cursive, celle des inscriptions ayant toujours été soustraite à l'arbitraire et au changement; mais celleci , par cette raison même , n'a point de caractère relatif à la personne qui l'employa. Ce sont des figures de géométrie qu'on ne saurait contrefaire, puisqu'elles sont le» mêmes pour tout le monde.
Les auteurs de la traduction du Nouveau Testament, appelé de Mons, remarquent dans leur avertissement préliminaire : Que les langues modernes sont infiniment plus claires et plus déterminées que les langues antiques^ m Rien n'est plus incontestable. Je ne parle pasdeslangnes orien« taies, qui sont de véritables énigmes; mais le grec et le latin même justifient la vérité de cette observation.
Or , par une conséquence nécessaire , VécrilMrt modeme est plus claire et plus déterminée que f ancienne. Je
(1) Mons, chez Migeot ; (Rouen , chei Tiret.) 1673, iii-8. ÂTcrK p. iij.
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ne dis pas que chaque homme n'eAt scn écritm*e ou sè main particulière * , mais elle était beaucoup moins caractérisée et moins exclusive que de nos jours. Elle se rapprochait davantage des formes lapidaires qui ne changent point; en s(»*te que ce que nous appelons si à propos caractère , ce je ne sais quoi qui distingue une écriture de Vautre y était bien moins frappant pour les anciens qu^il ne l'est dev^u pour les yeux modernes. Un ancien qui reœvait une lettre de son meilleur ami , pouvait n'être pas hien sûr à l'inspection seule de cette écriture » si la lettre était de cet ami. De là l'importance du sceau qui surpassait de beaucoup celle du chirographe ou celle de l'apposition du nom^, que les anciens au reste ne plaçaient jamais à la fin de leurs lettres.
Le Latin qui disait, J*ai signé cette lettre » voulait dire qn'il y avait apposé son sceau : la même expression, parmi nous , signifie que nous y avons apposé notre nom , d'où résulte l'authenticité ^.
De cette supériorité du signe ou du sceau sur le chi-' rographe naquit l'usage qui nous paraît aujourd'hui si extraordinaire, d'écrire des lettres au nom d'ime personne absente qui l'ignorait. Il suffisait d'avoir le sceau de
(i) Signum requirent aui manum : dices ils me propter custodias «a Titasse. Cic. ad Att., XI, 2.
(2) Noiee tignum. Plaul. Baooh. IV 19 ; IV, 9, 62. Le penon-^ ■âge théâtral ne dit point : « Reconnaissez la signature, mab reconnaislet le signe ou le teeau, »
(3} La langue française, si remarquable par Tëtonnante propriété des expressions, emploie I» mot cachet, ëmané de cacher, parce que le sceau (larmi nons est destiné à cacher le contenu d'une lettre, et non à l'aulA^ntiquer ; et lorsque nous le oignons à la signature ou au chirographe, pour perfectionner Tauthenticitë (ce qui n*a jamais lien dans les simples lettres), il ne s'appelle plus sachet, et jamais il ne snfBt seul à l'autben* licite.
Cette personne , que Tamitié confiait sans dîfficitfté : Gcéron fournit une foule d'exemples de ce genre ^ Souvent aussi il ajoute dans ses lettres : Ceci est de ma main^; comme si son meillem* ami avait pu en douter. Ailleurs il dit à ce même ami : « J'ai cm reconnaître dans votre let- « tre la main d'Alexis'; » et Brutus écrivant de son camp de Verceil à ce même Cicéron , lui dit : « Lisez « d'abord la dépêche ci-jointe que j'adresse au sénat, et « faites-y les changements que vous jugerez convena- « blés*. » Ainsi un général qui &it la guerre , chaîne son ami d'altérer ou de refaire une dépêche offidelle qu'il adresse à son souverain ! Ceci est plaisant dans nos idées 1 mais ne voyons ici que la possibilité matérielle de la chose.
Cicéron ayant ouvert hon/nétement une lettre de Quintus son frère , on il croyait trouver d'affireux secrets , la bit tenir à son ami , et lui dit : «Envoye&-Ia à son adresse , si « vous le jugez à propos. Elle est ouverte , mais il n'y « a pas de mal : Pomponia votre sœur (femme de « Quintus ) a bien sans doute le cachet de son mari'. *
Je n'ai rien à dire sur la morale de cette aimable fa-
(1) Ta ToKm, et Basilo, et quibiu prsterei Tidebitar, etiam Senrilio oonsGribas, ut tibî TÎdebitor, meo nomine. Ad Att. XI, 5. XII, 19. Qood litteras qnibns putas opiis esse caras dandas, facis commode. Ibid. XI, 7. Item. XI, 8, 12, etc., etc.
(3) Hoc mana meft. XIH, 28, etc.
(3) In tuis quoque epistolis Alexin TÎdeor co^oscere. XYI, 15* Aleiis ^tait raffrancbi et le secrétaire de confiaDce d*Atticus ; et Cicéron ne connaissait pas moins cette écriture que celle de son aift.
(4) Ad senatum qnas Htteras mis! yelim priùs perlegas, et si qua lîbi TÎdëbnntar commutes. Bratas Ciceroni fiim. XI, 19.
(5) Qnas (litteras) si pntabis illi ipsi utile esse reddi, reddes ; nil me Isedet : nam quod résignât» sont, habet, opiner, ejus sîgnara Pomponia. Ad Alt. XI. 9.
miDe : tenons-nous-eù au Êiit. H ne s'agissait , comme im voit, ni de caractère^ ni de signature; dans noire sens ce brigandage révoltant , qui ne faisait poinâ de mal , s'exécutait sans difficulté^ au moyen d'une simple empreinte.
Cette empreinte au reste, ou ce sceau, était d'une telle importance que le fabricateur d'un cachet faux était puni par la loi Gornélia sur le faux testamentaire , comme s'il avait contrefait une signature^ ; et rien n'était plus juste ^ puisque du sceau seul résultait Pautbeoticité.
Saint Paul qui employait la main d'un secrétaire pour écrire ses Epîtres canoniques , ajoutait cependant quelques lignes de sa main, et jamais il ùe manquait d'en avertir , en écrivant comme Cicérûn : Ceci est de ma main, quoiqu'il écrivit à des personnes dont il était parfaitement connu et avec qui il avait vécu. 11 emploie cette formule même en adressant à son ami Philémon la plus tendre, la plus touchante, la plus parfaite de toutes les recommandations qui aient jamais été écrites^ ; et certes l'on ne peut douter que Philémon ne connût •récriture de son saint ami autant qu'elle pouvait être connue.
La deuxième Epltre aux Thessaloniciens présente une de ces attestations plus curieuses que les autres. Nos tra-
(1) leg. 30, dig, de lege Corn, de fali. On Toit que par ce nom de cachet faux (ugnum adultebindu) il faut entendre tout cachet ^raté pour celui gui n'avait pat le droit de t'en tervir, et dant Id vue de commettre un faux; de mtfnièfc que le graveur antique ëCaît tenu k peu près aux mêmes précautions imposées au serrurier nioderâe auqael un inconnu commande une clef. Si Ton ne reut pas l'entendre ainsi, je ne comprends pas trop ce que e*est qu'un eeeau contrefait, Peut«oB le fa^e sans le eon* ite faire?
(*2) Ego Paulut tcripti meâ manu, (Philera. 19.)
ducteurs français la rendent ainsi : Je vous salue ici de ma propre main , moi Paul; c'est là mon seing dans toutes mes lettres. C'est ainsi que je souscris^. Rien n'est moins exact que cette traduction. Le mot de seing surtout n'est pas tolérable, puisqu'il fait croire au lecteur français, que saint Paul sotiscfrivaii k notre manière; c'est-à-dire qu'il écrivait son nom au bas de ses lettres, ce qui n'est pas vrai du tout. Sans m'appesantir sur les minuties grammaticales , voici la pensée de saint Paul :
La salutation qui suit est écrite de ma main, de la main de moi , Paul , et c'est à quoi vous reconnaîtrez mes lettres; car c'est ainsi que j'écris toujours.
Ensuite saint Paid trace de sa main cette formule qui termine toutes ses lettres : Qm la grâ^e de Notre-Seignewr Jéms^hnsî soit avec vous tùus, comme après avoir employé une main étrangère pour écrire une lettre , nous tohoDS de notre main la f<»*mule [de courtokie : foi T honneur d'être j etc.
Ainsi donc nous voyons clairement l'audienticSté attadiée au signe eu au sceau , beaucoup plus qu'au caract^e distinctif de l'écriture , cpii était fort équivoque chez les anciens; il l'était au point que la loi romaine refusait d'accepter un écrit autographe, comme pièce de comparaison , à moiiia que l'authenticité n'en fiât atteMéc par des témoins présents à sa rédacti(m ^ •
fl) Solutaiio meâ manm PauH, quod êii êignum 4m mmut epiiUié. ( n. Tkess. m, 17.) Gomment a-t-on pa prendre êignum (Si|/Mloy)lMNir l'appoôfioik d*DO nom, tandis i|n'0 se rappM'te ëyidemAent à tonlc la salnlalion qui «t èotaéù eU«-inème ponr le êigm, la wutrquê «a h fitnmU9 canclériatique?
(2) Comparationet Rtleranim ex dûrographîs fier! et alHs inslrnnientif (|ttff non guDt pablîcè confecta «atis abandèque occasionem crimÎDis falsi- Ulis dare, et in judiciîs et m contracUbua manifeitam est. Ideoque sancie-
De ee .vague qui régnait dans les signes curais, sûmi ^e dn dé&at de morale et de délicatesse sur le respect d& aux écritures , naissait une immense facilité et par conséquent une immense tentation de falsifier les écri^ tores.
Et cette facilité était portée au comble par le matériel nèoie de récriture* Car si l'on écrivait sur des tablettes endoîtes de cire, il ne fallait que tourner le poinçon ^ , pour ^cer, changer, substituer impunément. Que si Ton écrivait sur la peau (m membranis) c'était pire encore, tant il était aisé tie ratisser ou d'effacer. Qu'y a*-t*-il de plus connu des antiquaires que ces malheureux /)aZtmpe5- ^ qui nous attristent encore aujourd'hui^ en nous laissant apercevoir des diefs-d'œuvre de l'antiquité effacés et détruits , pour faire place à des légendes ou à des comptes de famille?
L'imprimerie a rendu absolument impossible de nos jours la falsification de ces actes importants qui intéressent les souverainetés et les nations ; et quant aux actes particaliei*s même, le chef-d'œuvre d'un faussaire se réduit à une ligne et quelquefois à un mot altéré, supprimé, interposé, etc* La main à la fois la plus coupable et la plus habile se voit paralysée par le g^re de notre écriture et surtout encore par notre admirable papier , don remar^ quable de la Providence , qui réunit par une alliance extraordinaire la durée à la fragilité , qui simbibe de la pensée bnmaine, ne permet point qu'on l'altère sans en laisser des fireiives , et ne la laisse échapper qu'en périssant.
mus, etc. (tef • 20 , Coi. JusUn» de /Ma iMtrumemiorumJ) 0b [»€■! consulter encore la Noyelle XLIX®, chap. II.
(1) Sspè slylum Tcrtas. (îlor.)
Un testament, un codicile, un contrat quelconque forgé dans son entier , est aujourd'hui un phénomène qu'un vieux magistrat peut n^avoir jamais vu ; chez les anciens c'était un crime vulgaire , comme on peut le voir en parcourant seulement le code Justinien au titre du faux^.
De ces causes réunies, il résulte que toutes les fois qu'un soupçon de faux charge quelque monument de rantiquité, en tout ou en partie , il ne faut jamais négliger cette présomption ; mais que si quelque passion violente de vengeance , de haine, d'orgueil national, etc., se trouve dûment atteinte et convaincue d'avoir eu intérêt à la falsification , le soupçon se change en certitude.
Si quelque lecteur était curieux de peser les doutes élevés par quelques écrivains sur l'altération des actes du YV concile général, et des lettres d'Honorius, il ne ferait pas mal, je pense, d'avoir toujours présentes les réflexions que je viens de mettre sous ses yeux. Quant à moi , je n'ai pas le temps de me livrer à l'examen de cette question superflue.
CDBL\PITRE XVI.