‹ Du PapeChapitre 33 sur 61 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

APPLICATION HYPOTHETIQUE DBS PRINCIPES PRÉCÉDENTS.

Très-humbles et très-respectueuses remontrances des états-généraux du royaume de***, assemblés à***, à N.S. P. le Pape Pie VU.

« Très-saint Père ,

« Au sein de la plus amère aflUction et de la plus cnielle « anxiété que puissent éprouver de fidèles sujets, et for- « ces de choisir entre la perte absolue d'une nation et le$ « dernières mesures de rigueur contre une tête auguste, « les états-généraux n'Imaginent rien de mieux que de se « jeter dans les bras paternels de V. S. , et d'invoquer $a « justice suprême pour sauver , s'il en est temps , un em- « pire désolé.

« Le souverain qui nous gouverne, T. S. P. , ne rè^oe « que pour nous perdre. Nous ne coniestons point ses « vertus , mais elles nous sont inutiles , et ses erreurs sont « telles , que si V. S. ne nous tend la main , il n'y a plus « pour nous aucun espoir de salut.

« Par une exaltation d'esprit qui n'eut jamais d'égale, « ce prince s'est imaginé que nous vivions au XYP siècle, « et qu'il était , lui , Guskuve-Jdolphe. V. S. peut se faire « représenter les actes delà diète germanique; elle y verra « que notre souverain, en sa qualité de membre du corps K germanique , a fait remettre au directoire plusieurs K notesqui partent évidemment des deux suppositions que K nous venons d'indiquer, et dont les conséquences nous |t écrasent. Transporté par un malheureux enthousiasme

I militaire absolument séparé du talent, il veut faiiela « guerre; il ne veut pas qu'on la fasse pour lui, et il ne « sait pas la faire. Il compromet ses troupes, les humilie, « et punit ensuite ses officiers des revers dont il est Tau* V. leur. Contre les règles de la prudence la plus commune, « il s'obstine à soutenir la guerre , malgré sa nation , « contre deux puissances colossales , dont une seule suffirait pour nous anéantir dix fois. Livré aux fantômes de Villuminisme 9 c'est dans l'Apocalypse qu'il étudie la politique; et il en est venu à croire qu'il est désigné dans ce livre comme le personnage extraordinaire destiné à renverser le géant qui ébranle aujourd'hui tous les trônes de l'Europe ; le nom qui le dislingue parmi les rois, est moins flatteur pour son oreille , que celui qu'il accepta en s'affiliant aux sociétés secrètes; c'est ce dernier nom qui parait au bas de ses actes , et les armes de son auguste famille ont fait place au burlesque écusson des frères» Aussi peu raisonnable dans Tintérieur de sa maison que dans ses conseils , il rejette aujourd'hui une compagne irréprochable, par des raisons que nos députés ont ordre d'expliquer de vive voix à V. S. Et si elle n'arrête point ce projet par un décret salutaire , nous ne doutons point que bientôt quelque choix inégal et bizarre ne vienne encore justifier notre rec*ours. Enfin, T. S. P. , il ne tient qu'à V. S. de se convaincre , par les preuves les plus incontestables , que la nation étant irrévocablement aliénée de la dynastie qui nous gouverne, cette &milie, proscrite par l'opinion universelle, doit disparaître pour le salut public qui marche avant tout.

« Cependant , T. S. P. , à Dieu ne4>laise que nous voulions en appeler à notre propre jugement , et nous d(v terminer par nous-mêmes dans celte grande occasion! Nous

« savons que les rois n'ont point de juges temporels, smv « tout parmi leurs sujets , et que la majesté royale ne re- « lève que de Dieu. C'est donc à vous, T. S. P., c'est à « vous I comme représentant de son Fils sur la terre , que c nous adressons nos supplications , pour que vous daigniez « nous délier du serment de fidélité qui nous attadiait à « cette famille royale qui nous gouverne, et transférera « une autre famille des droits dont le possesseur actuel « ne saurait plus jouir que pour son malheur et pour le « nôtre.»

Quelles seraient les suites de ce grand recours? Le Pape promettrait, avant tout, de prendre la chose en profonde considération, et de peser les grieb de la nation dans la balance de la plus scrupuleuse justice, ce qui eût suffi d'abord pour calmer les esprits; car l'homme est fait sônsi : c'est le déni de justice qui l'irrite ; c'est rimpossibilitéde l'obtenir qui le désespère. Du moment où il est sûr d'éire entendu par un tribunal légitime, il est tranquille.

Le Pape enverrait ensuite sur les lieux un homme de sa confiance la plus intime, et fait pour traiter d'aussi grands intérêts. Cet envoyé s'interposerait entre la nation et son souverain. H montrerait à l'une la fausseté ou Texagération visible de ses plaintes , le mérite incontestable do souverain, et les moyens d'éviter un immense scandale politique; à l'autre les dangers de l'inflexibilité, lanécesâté de traiter certains préjugés avec respect , l'inutilité surtout des appels au droit et à la justice, lorsqu'une fois l'aveu^e force est déchaînée : il n'oublierait rien enfin pour éiâtfir les dernières extrémités.

Mettons cependant la chose an pire , et supposons que le Souverain P<mti|s ait oru devoir délier les sujets du serment de fidélité; il empêchera du moins toutes les mesures violentes. En sacrifiant le roi , il sauvera la majesté;

il ne négligera aucun des adoucissements personnels que les circonstances permettent , mais surtout , et ceci mérite peut-étre quelque légère attention , il tonnerait contre le projet de déposer une dynastie entière , même pour les crimes, et à plus forte raison pour les fautes d'une seule tête, n enseignerait aux peuples « que c'est la famille qui m régne; que le cas qui vient de se présenter est tout sem^ t llable à celui (Tune succession ordinaire , ouverte par la « mort ou la maladie; et il finirait par lancer Tanathème « sur tout homme assez hardi pour mettre en question les « droits de la maison régnante. »

Voilà ce que le Pape aurait fait , en supposant les lumières de notre siècle réunies au droit public du XIl^.

Croit-on qu'il ne fût pas possible de faire plus mal?

Que nous sommes aveugles en général I et, s'il est permis de le dire , que les princes en particulier sont trompés par les apparences ! On leur parle vaguement des excès de Grégoire VII et de la supériorité de nos temps modernes; mais comment le siècle des révoltes a-t-il le droit de se moquer de ceux des dispenses I Le Pape ne délie plus du serment de fidélité , mais les peuples se délient eux-mêmes ; ils se révoltent ; ils déplacent les princes ; ils les poignardent ; ils les font monter sur l'échafaud. Ils font pire encore. — Oui ! ils font pire ; je ne me rétracte point, ils leur disent : Fous ne nous convenez plus, allezvous-en! Ils proclament hautement la souveraineté origindle des peuples et le droit qu'ils ont de se Êdre justice- Une fièvre constitutionnelle, on peut je crois s'exprimer ainsi , s'est emparée de toutes les tètes , et l'on ne sait encore ce qu'elle produira. Les esprits privés de tout centre commun^ et divergeant de la manière la plus alarmante, ne s'accordent que dans un point , celui de limiter les souverainetés. Qu'est-ce donc que les souverains ont gagné

i ces lumières tam vantées et toutes dirigées contre eux? J'aime mieux le Pape.

Il nous reste à voir s'il est vrai que la prétention à la puissance que nous examinons ait inondé V Europe de sanj ei de fanatisme.

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