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Saint-Siège , contre les lois les plus sacrées de la justice , et même contre ses engagements les plus solennels , il est excommunié. Le roi de France et toute l'Allemagne prennent paoti contre lui : il est déposé en 1211 par les élec* teuvs qui nomment à sa place Frédéric II.
Et ce même Frédéric II ayant été déposé en 1338 , saint Louis £iit représenter au Pape , que si Temperewt avait réeUemerU mérité d^être déposé, il riaiarait dû Tétre que dans un concile général , c'est-à*dire au fond, parle Pape mieux informé*.
En 1246 , Frédéric II est excommunié et déposé au concile général de Lyon.
En 1336, l'empereur Louis de Bavière, excommunié par le Pape, envoie des ambassadeurs à Avignon, pour sdlidter aoa absolution. Ils y retournèrent pour le même (d>jet en 1338, accompagnés par ceux du roi de France.
En 1346 , le Pape excommunie de nouveau Louis de Bavière , etde concertaœc le rai de France, il £dt nommer Charles de Moravie, etc. \
Voltaire a fait un l<mg chapitre pour établir que les Pa-
(1) Si meritis exigenttbus eatsmiêui ewÉ, ntm nUi per eoaMttm g$nerale cauanduê ettei, (Matthiea Paris, Hist. angl. ad ami. 1239, pag. 464, édit. Lond. 1686.) On toit déjà, dans la reprëienUtkm de ce çfaad prinee , le germe de Fesprit d'opposition qni s'est dëfelopp^ <n France plus (6t ^'aiUenn. Philippe le Bel appela de même dn déovi de Boniface YIII an concile nnirersel; mais dans ces appels mène» ces princes confessaient que VBglise utêtterselle, comme dit Leibnits (nbî sop.), ifMit reçu quelque autorité tur leurs pertonnei, mUeriié dont ou ehir tuit âiors à leur égard.
(2) Tons ces faits sont inÎTerselIeraent connus. On peut les r^fier sons les années qni lenr appartiennent dans Tonvrage de Ifaimbonrg, qui est bien (ait. Histoire de lu déeudeuee de Vempire, etc.; dans les Annale» d'Italie, de Moratori ; et géadralemenl dans tous les lÎTres historitpies biifs à cette époqoe.
24S pes ont donné tous les lo^umes d'Europe avec le con^ii« tement des rois et des peuples* II Qite lu^ roi de Danemark disant au Pape , en 1329 ; J^e raymme de Banmarck, cmme vou9 le savez ^ trit^aini Kxe, m dépend que de V Eglise romaine à îa/juMe ilgenifi w^kHM, ei wm de
Voltaire continue ees mêmes détails dans le diapitre suivant, puis il écrit à la marge avec une profondeur étourdissante : Grande preuve que les Papes dormaient tes royaumes.
Pour cette fols , je suis parfaitement de son avis. Les Papes donnaient tous les royaumes, donc ils donnaienl tous ks royaumes» C'est un des plus beanx raisonnements de Voltaire.^
Lui-méipe encore a cité ailleurs le puissant Charles* Quint demandant au Pape une dispense pour joindre le titre de roi de IfapUs à celui d'empereur'.
L'origine divine de la souveraineté y et ki léj^timité individuelle conférée et déclarée par le vicaire de Jésus- Christ , ét^Ment des idées si enracinées dans tous les esprits , que Livon , roi de la petite Arménie , envoya Êiire hommage à l'empereur et au Pape en 1242 ; et il Ait couronné à Mayence par l'Archevêque de cette viUe\
Au commencement de ce même siècle, Joannice, roi des Bulgares, se soumet à l'EgHse romaine, envoie des ambassadeurs à Innocent III, pour lui prêter obéissance filiale et hd demander la couronne royale, comme ses prédécesseurs VmaieiU autrefois reçue du Saint^ége^é
(1) Toit. Esiai sur lef mœari, etc. tom. III, eh. LXIIL
(2) Volt. ibid. ch. LXIV.
(3) VoU. ibid. ch. CXXm.
(4) Maimbourg, Histoire de la d^cad., etc. A. 1242.
(5) Id, Hîst. do ScbUme des Grecs, tom. II, lir. lY, A. 1201;
En 1275, Démétrius, chassé du trône de Russie, ei appela au Pape, comme au juge de tous les chrétiens ^
Et pour terminer par quelque chose de plus frappant peut-être , rappelons que dans le XVI® siècle encore, Henri YII, roi d'Angleterre, prince passablement instrnil de ses droits, demandait cependant la confirmation de son titre au Pape Innocent Vil, qui la lui accordait par use bulle que Bacon a citée ^.
II n'y a rien de si piquant que de voir les Papes jusli* fiés par leurs accusateurs qui ne s'en doutent pas. Ecoutons encore Voltaire : « Tout prince, dit-il, qui voulait « usurper ou recouvrer un domaine , s*adressait au Pape ,
« comme à son maître Aucun nouveau prince n'osait
« se dire souverain , et ne pouvait être reconnu des autres « princes sans la permission du Pape; et le fondement « de toute l'histoire du moyen âge est toujours que les « Papes se croient seigneurs suzerains de tous les états , t sans en excepter aucun ^. »
Je n'en veux pas davantage , la légitimité du pouvoir est démontrée. L'auteur des Lettres sur Vhistoire, plus animé peut-être contre les Papes que Voltaire même, dont toute la haine était pour ainsi dire superficielle, s'est vu conduit au même résultat , c'est-à-dire à justifier complètement les Papes , en croyant les accuser.
« Malheureusement , dit-il , presque tous les souvc- « rains, par un aveuglement inconcevable , travaillaieat « eux-mêmes à accréditer dans l'opinion publique une « arme qui n'avait et qui ne pouvait avoir de force que « par cette opinion. Quand elle attaquait un de leurs ri*
(1) TolUnre, Ano. de Temp. tom. I. p. 178.
(2) Bacon, Hist. de Henri VU, p. 29 de k trad. franc.
(3) YolUîre. Eiiai sur les mœurs, tom. III, ch. LXIT.
« vaux et de leurs enoemlsi non-seulement^ ils Pap* « prouvaient , mais ils provoquaient quelquefois Ve\- « communication ; et en se chargeant eux-mêmes d'exé^ « cuter la sentence «{ui dépouillait un souverain de ses a états, ils soumettaient les leurs à cette juridiction « usurpée^. »
11 cite ailleurs un grand exemple de ce droit public , et enVattaquant, il achève de le justifier. « Il semblait réser- « vé, dit-il , à ce funeste traité (la ligue de Cambrai) « de renfermer tous les vices. Le droit d'exoommunica- « tien y en matière temporelle , y fut reconnu par deux « souverains; et il fîit stipulé que Jules fulminerait un in- « terdit sur Venise , si dans quarante jours elle ne rendait « pas ses usurpations^. »
a Voilà , dirait Montesquieu , TépoNGB qu'il faut passer « sur toutes les objections faites contre les anciennes ex- « communications. » Combien le préjugé est aveugle , même chez les hommes les plus clairvoyants I C'est la première fois peut-être qu'on argumente de l'universalité d'un usage contre sa légitimité. Et qu'y a-t-il donc de sûr parmi les hommes, si la coutume, non contredite surtout, n'est pas la mèi^e de la légitimité? le plus grand de tous les sophismes , c'est celui de transporter un système moderne dans les temps passés , et de juger sur cette règle les choses et les hommes de ces époques plus ou moins reculées. Avec ce principe , on bouleverserait l'univers ; car il n'y a pas d'institution établie qu'on ne pût renverser par le même moyen, en la jugeant sur une théorie abstraite. Dès que les peuples et les rois étaient d'accord sur l'autorité des Papes, tous les raisonnements modernes tom*
(1) Lettres sur Thisloire, tom. Il, Iclt. XLT, p. 413, in-ft,
(2) Ikid. lom. m, lettre LXIÎ, p. 233.
bent , d'auta&t fins que la théorie la plus certaine vient i l'appui des usages ancieiis*
En portant un œil philosophique sur le pouvoir jadis exercé pai' les Papes , on peut se demander pourcpoi il s'est d^loyé si tard dans le monde? Il y a deux réponses à cette question.
En pr^ooier lieu, le pouvoir pontifical , à raison de son caractère et de son importance , était sujet plus qu'un autre à la loi universelle du dévelc^pement : or , si Ton réfléchit qu'il devait durer autant que la Religion mâoie, on ne trouvera pas que sa maturité ait été retardée. La plante est une image naturelle des pouvoirs légitimes. Considérez l'arbre : la dm^ée de sa croissance est toujours proportionnelle à sa force et à sa durée totale. Tout pouvoir constitué immédiatement dans toute la plémtude de ses forces et de ses attributs , est , par cela même , faux , éphémère et ridicule. Autant vaudrait imaginer un homme adulte-né.
En second lieu , il fallait que l'ei^osion de la puissance pontificale, s'il est permis de s'exprimer ainsi , coïncidât avec la j^messe des souverainetés européennes qu'elle devait diristianiseri
Je me résume. Nulle souveraineté n'est illimitée dans toute la fonce du terme , et même nulle souveraôneté ne peut l'être : toujours et partout elle a été restreinte de quelque iflMttière^ La plus naturelle et la moins dange-
(1) Ce qai doit s'entendre flniyant rexplication que j*ai donnée f^w haut (liv. II, ch. III, p. 221) ; c*e8t-À-dire qu'il n'y a point de souvcrtinétë qui, pour le bonheur des honunes» et pour le sien surtout, ne son bornée de quelque manière , mais que, dans l'intérieur de ees bornes, placées comme il plaft à Diea, elle est toujours et partout absolue, et tenue pour infaillible. Et quand je parle de Texercice ié|[itiiiie de Usonverainelé,
reuse , chez des nations surtout neuves et féroces , c'était sans doute une intervention quelconque de la puissance spirituelle. L'hypothèse de toutes les souverainetés chrétiennes réunies par la fraternité religieuse en une sorte de république universelle , sous la suprématie mesurée du pouvoir spirituel suprême ; cette hypothèse , disrje , n'avait rien de choquant , et pouvait même se présenter à la raison , comme supérieure à l'institution des Amphictyons* Je ne vois pas que les temps modernes aient imaginé rien de meilleur ^ ni même d'aussi bon. Qui sait ce qui serait arrivé si la théocratie , la politique et la science avaient pu se mettre tranquillement en équilibre , connue il arrive toujours lorsque les éléments sont abandonnés à eux-mêmes, et qu'on laisse faire le temps? Les plus affreuses calaiaités , les guesres de religion , la révolution française , etc. n'eussent pas été possibles dans cet ordre de choses; et telle encore que la puissance pontificale a pu se déployer, et malgré l'épouvantable alliage des erreurs, des vices et des passions qui ont désolé l'humanité à des épo- ([aes déplorables , elle n'en a pas moins rendu les services les plus signalés à l'humanité.
Les écrivains sans nombre , qui n'ont pas aperçu ces vérités dans l'histoire , savaient écrire sans doute , ils ne l'ont que trop prouvé; mais certainement aussi, jamais ils n'ont su lire.
je n*enteiid« point oa je ne dis point rexercloe/tifitf, ce qoi prodairait une amphibologie dangereuse , à moins que par ce dernier mot on ne yeuille dire ^e tout ce qu'elle opère dans son cercle est juste ou tenu pour tel : ce qniestia rëritë. C'est ainsi qu'un tribunal suprême , tant qu'il ne sort pas de ses attributions , est toujours juste; car c'est la même choie dam la pratique d'être infaillible , m de se tromper tans appel.