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OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA RUSSIE

Un beau phénomène est celui de la Russie. Placée enlre TEurope et l'Asie, elle tient de l'une et de l'autre. L'élément asiatique qu'elle possède et qui saute aux yeux , ne doit point l'humilier. On pourrait y voir plutôt un litre de supériorité; mais sous le rapport de la Religion^ elle a de très-grands désavantages , tels même que je ne sais pas trop si^ aux yeux d'un véritable juge , elle est plus près de fa vérité que les nations protestantes.

Le déplorable schisme des Grecs et l'invasion des {artares empêchèrent les Russes de participer au grand mouvement de la civilisation européenne et légitime , qui partait de Rome. Cyi*ille et Méthode, apôtres des Slaves, avaient reçu leurs pouvoirs du Saint-Siège , et même ils étaient allésà Rome pour y rendre compte de leur mission*. Mais la chaîne , à peine établie , fut coupée par les mains de ce Photius de funeste et odieuse mémoire , à qui l'hu-

(1) Cyrille el Mëlhode traduisirent la liturgie en slaTon, et firent cél^ brer la messe dans la langue que parlaient les peuples quils aTwenl convertis. Il y eut à cet ëgard , de la part des Papes , de grandes résisUnces et de grandes restrictions qui maUieureusement n'eurent point d^effet à regard des Russes. Nous avons une lettre du Pape Jean YIII ( c'est la CXCIVe) , adressée au duc de Moravie , Sfentopulk , en l'annëe 859. U dit à ce prince : « Nous approuvons les lettrea slavonnes inventëes par 1« « philosophe Constantin ( c'est ce mémo Cyrille ) ; et nous ordonnons qae « l'on chante les louanges de Dieu en langue slavonne. jd

( Voyelles Vies des Saints, trad. de langl.; Vies de saint Cyrille et saint Méthode, 14 lévrier, in-8, tom. II. pag. 265. J Ce livre ^n- Mcux est une e-^cellcnte miniature des Bollandistei*

manité en général n'a pas moins de reproches à faire qua la Religion envers laquelle il fut cependant si coupable. La Russie ne reçut donc point Tinfluence générale, et ne put être pénétrée par l'esprit universel^ puisqu'elle eut à peine le temps de sentir la main des Souverains Pontifes. De là vient que sa Religion est toute en dehors, et ne s'enfonce point dans les cœurs. Il faut bien prendre garde de confondre la puissance de la Religion sur Thomme avec taUachement de Vhomme à la Religion, deux choses qui n'ont rien de commun» Tel qui volera toute sa vie, sans concevoir seulement l'idée de la restitution, ou qui vivra dans l'union la plus coupable en faisant régulièrement ses dévotions, pourra fort bien défendre une image au jpàril de sa vie , et mourir même plutôt que de manger de la viande un jour prohibé. J'appelle puissance de la Religion, ceUe qui change et exalte Vhomme* , en le rendant suscq[)tible d'un plus haut degré de vertu , de civilisation et de science. Ces trois choses sont inséiiarables ; et toujours l'action intérieure du pouvoir légitime est manifestée extérieurement par la prolongation des règnes.

(1) Lez Domini immiculata oomtbatbks ▲mimas. ( Ps. XVIII • 8. ) C'est une expression r«nian{iiable. Un rabbin de Mantoue disait à un prêtre catholique de ma connaissance, dans rintimit^ d'un tète4-tète : « Il faut « TaTouer, il y a réellement dans Totre Religion um roncB contirtih-

■ SAHTB* »

Voltaire a dit an contraire :

vinta le inond«| et ne !'• pat dunstf.

( Dé9astr9 de Liibonmê. )

Le génie condamné à déraisonner pour crime d'infidâité à sa mîsdon , a toujours été pour moi un spectacle délicieux. Je suis sans pitié pour lui. Pouniuoi trahissaii-il son maître? pourquoi yiolai^U ws instruetionêf £tait-il envoyé pour mentir î

nu PiiPE. 2&

Peu de voyageurs Hk»*ivaiiia ont parlé dts Russes avf^. amour. Presque tous ont saisi les ckés faiUes pour amu* ser la malice des lecteurs. Quelques-uns même, ta que le docteur Glarke , en ont parlé avec une sévérité qui fait peur ; et Gibbon ne s^eat pas £siit di£Bculté de les appeler les pim ignorants et les plus superstitieux seetabret de la communion grecque^*

Cepefidont , ce peuple est éininemment brave , bienveillant, spirituel, hospitalier « entreprenant, heureux imitateur , parleur élégant , et po^sesseiar d^une langue magnifique sans mélange d'aucun patois, même dans les dernières classes.

Les taches qui déparent ce caractère ti^neot ou à son ancien gouvernement ou à sa çivilisatioB qui est fous^ ; et non-seulement elle est fausse parce qu'eUe est humaine , mais parce que , pour comble de malheur^ elle a coïncidé avec Tépoque de la plus grande corrupdoa de Tcsprit humain , et que les circonstances ont vois ea contact , et pour ainsi dire amalgamé la nation russe ^vec celle qui a été tout à la fois et le plus terrible mstruneat et la plus déplorable victime de cette corruption.

Toute civilisation commence par les prêtres , par les cérémonies religieuses , par les miracles même , vrais ou faux, n'importe. Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception à cette règle. Et les Busses aussi avaient commencé comme tous les autres ; uiais l'ouvrage , malheureusement brisé par les causes que j'ai indiquées , fîit repris au commencement du XVIU^ siède, sous les plus tristes auspices.

C'est dans les boues de la régence que les germes re^ froidis de la civilisation russe commencèrent à se réchauf*

(IJ Uisl. de la dt^cad. , etc. , lom. XIII, ch. LXVll . p. 10.

fer , et les premières leçons que ce grand peuple entendit (lans la nouvelle langue qui devint la sienne , furent des blasph^es*

On peut remarquer aujourd'hui^ je le sais^ un mouvement contraire capable de consoler jusqu'à un certain point Tœil d'un observateur ami ; mais comment effacer l'anathème primitif? Quel dommage que la plus puissante des familles slaves se soit soustraite^ dans son ignorance, au grand sceptre constituant pour se jeter dans les bras de ces misérables Grecs du Bas-Empire ; détestables sophistes, prodiges d'oi^eil et de nullité, dont l'histoire ne peut être lue que par un homme exercé à vaincre les plus grands dégoûts , et qui a présenté enfin pendant mille ans le spectacle hideux d'une monarchie chrétienne avilie jusqu'à des règnes de onze ans 1

Il ne faut pas avoir vécu longtemps en Russie pour s'apercevoir de ce qui manque à ses habitants. C'est quelque chose de profond qu'on sent profondément, et que le Russe peut contempler lui-même dans le règne conunun de ses maîtres ^ qui n'excède pas treize ans ; tandis que le règne chrétien touche au double de ce nombre, et l'atteindra bientôt ou le surpassera même partout où l'on sera sage. En vain le sang étranger , porté sur le tràne de Russie, pourrait se croire en droit de concevoir des espérances plus élevées ; ea vain tes plus douces venus viendraient contracter sur ce tràne avec l'âpre antique , les règnes ne tout point aecôufcis par les fouies des soUterains , ce qtii serait visiblemeilt injuste, mais par celles du peuple** En vain les souverains feront les plus nobles efE^rts , secondés par ceux d'un peuple généreux qui ne compte jamais avec ses maîtres ;

(i) Sùp.p. 381.

tous ces prodiges de Torgueil national lé plus légitimé seront nuls , s'ils ne sont pas funestes. Les siècles passés ne sont plus au pouvoir du Russe. Le sceptre créateur, le sceptre divin n'a pas assez reposé sur sa tète, et dans son profond aveuglement, ce grand peuple s'en glorifie! Cependant la loi qui le rabaisse vient de trop haut pour qu'il soit possible de la détourner autrement qu'en lui rendant hommage. Pour s'élever au niveau de la civilisation et de la science européenne , il n'y a qu'une voie pour lui , celle dont il est sorti.

Souvent le Russe entendit la voix de la calomnie, et trop souvent encore celle de l'ingratitude. 11 eut droit sans doute de se révolter contre des écrivains sans délicatesse, qui payaient par des insultes la plus généreuse hospitalité ; mais qu'il ne refuse point sa confiance à (les sentiments directement opposés. Le respect, l'attachement , la reconnaissance^ n'ont sûrement pas envie de le tromper.

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