‹ Du PapeChapitre 45 sur 61 · DE CE LIVRE · texte numérisé non relu

DE CE LIVRE

La conscience éclairée et la bonne foi n*en sauraient plus douter : c^esc le christianisme qui a formé la monarchie européenne , merveille ti*op peu admirée. Mais sans le Pape » il n^y a point de véritable christianisme ; sans le Pape^ l'institution divine perd sa puissance, son caractère divin et sa force convertissante ; sans le Pape , ce n'est plus qu'un système , une croyance humaine » incapable d'entrer dans les cœurs et de les modifier pour rendre l'honune susceptible d'un plus haut degré de science, de morale et de civilisation. Toute souveraineté , dont le dojgt efficace du grand Pontife n'a pas touché le front , demeurera toujours inférieure aux autres, tant dans la durée de ses règnes que dans le caractère de sa dignité , et les formes de son gouvernement. Toute nation , même chrétienne , qui n'a pas assez senti l'action constituante , demeurera de même éternellement au-dessous des autres, routes choses égales d'ailleurs , et toute nation séparée après avoir reçu l'impression du sceau universel , sentira enfin qu'il lui manque quelque chose , et sera ramenée tôt ou tard par la raison ou par le malheur. Il y a pour chaque peuple une liaison mystérieuse , mais visible , entre la durée des règnes et la perfection du principe religieux. Il n'y a point de roi de far lepeupk, puisque les princes dirétiens ont plus de vie commune que les autres hommes malgré les accidents particuliers attachés à leur

état; cl ce phénomène deviendra plus frappant encore, à mesure qu'ils protégeront davantage le culte vivifiant; car il peut y avoir plus ou moins de souveraineté , précisément comme il peut y avoir plus on moins de noblesse ^

(1) La noblesse n'étant qu*nn prolongement de la toùwraiwti, MAGMDM JoYis iNCKEBiBNTCM , elle rëpète en diminntif tons les caracières de sa mère , et n'est surtout ni plus ni moins humaine qu'elle. Car , c'est une errenr de croire que , à proprement parler, les souyerains puissent anoblir ; ils peuvent seulement sanctionner les anoblissements naturels. La Tëritable noblesse est la gardienne naturelle de la Religion ; elle est parente du sacerdoce et ne cesse de le protéger. Appius Glandîos s'^riail dans le sénat romain : « La Religion appartient aux patridenS) AçsPieiA « scNT PATRUM. » Et Rourdalouo , quatorze siècles plps tard , dxuit dans une chaire chrétienne : « La sainteté , pour être éminente, ne tiovre point « de fonds qui lui soit plus propre que la grandeur. (Serm. sur laCoDcep. « p. il.)» C'est la même idée reTètue de part et d'antre descoulenrsda siède. Malheur au peuple chez qui les nobles abandonnent les dogmes nationaux I La France qui donna tous les grands exemples en bien et en mal, Tient de le prouver au monde ; car cette bacchante qu*on appelle rivol*tion française f et qai n'a fait encore que changer d'habit, est une fille née du commerce impie de la noblesse française ay^ le philosophinMéaiDih XYUIG siècle. Les dbciples de l'Alcoran disent « qu'un des signes de la fin « du monde sera l'avancement des personnes de basse condition aux di- « gnités éminentes.»(Pocok cité par Sale, Obs. hist. et crit. sur le mabom. sect. lY). C'est une exagération orientale qu'une femme de beaucoup d'esprit a réduite à la mesure européenne. (Lady Mary Yortley Montagne's Works , tom. lY , p. 223 et 224. ) Ce qui parait sûr , c'est que , ponr la noblesse comme pour la souveraineté » il y a une relation cachée entie la Religion et la durée des familles. L'auteur anonyme d'un roman animais , intitulé le Forester , dont je n'ai pu lire que des extraits, a fait sur la décadence des familles et les variations de la propriété çn Angleterre , de singulières observations que je rappelle sans avoir le droit de les juger. « U faut bien , dit-il , qu'il y ait quelque chose de radicalement et à*alar' a miquement mauvais dans un système qui , en un siècle , a plus détroit « la succession héréditaire et les noms connus , que toutes les dévastations « produites par les guerres civiles d'yorck et de Lancastre , et du règne «< de Charles l^r , ne l'avaient fait peul-ètre dans les trois siècles préc^

Les fautes des Papes , infiniment exagérées ou mal représentées , et qui ont tourné en général au profit des hommes , ne sont d'ailleurs que Falliage humain , inséparable de toute mixtion temporelle ; et quand on a tout bien examiné et pesé dans les balances de la plus froide et de la plus impartiale philosophie , il reste démontré qw les Papes furent les instituteurs , les tuteurs , les sauveurs et les véritables génies constituants de F Europe.

Au reste , comme tout gouvernement imaginable a ses défauts , je ne nie point que le régime sacerdotal n'ait les siens dans Tordre politique ; mais je propose sur ce point au bon sens européen deux réflexions qui m'ont toujours paru du plus grand poids.

La première est que ce gouvernement ne doit point être jugé en lui-même , mais dans son rapport avec le monde catholique. S'il est nécessaire^ comme il Test évidemment, poiu* maintenir Tensemble et l'unité, pour faire , s'il est permis de s'exprimer ainsi , circuler le même sang dans les dernières veines d'un corps immense, toutes les imi5erfections qui résulteraient de cette espèce de théocratie romaine dans l'ordre politique, ne doivent plus être considérées que comme l'humidité^ par exemple, produite par une machine à vapeur dans le bâtiment qui la renferme.

« dents pris ensemble , etc. » (Anti-Jacobin reriew and magazine , nov. 1803 , n. LVIII , p. 249.)

Si les anciennes races anglaises avaient repliement përi depuis un siècle environ , en nombre alarmiquement considérable ( ce que je n'ose point affirmer sur un témoignage unique) , ce se serait que l'effet accéléré , et par conséquent plus visible , d'un jugement dont l'exécution aurait néanmoins commencé d'abord après la faute. Pourquoi la noblesse ne seraitelle pas moins eonêervée^ après avoir renoncé à la Religion conservatrice ? Pourquoi seraii-eile traitée mieux que ses mattres dont les règnes ont été abn^gés?

La seconde réflexion , c'est que le gouvernement des Papes est une monarchie semblable à toutes les autres, si on ne la considère simplement que comme ^(Mwrmment étun seuh Or, quels maux ne résultent pas de h monarchie la mieux constituée? Tous les livres de morale regorgent de sarcasmes contre la cour et les com^ tisans. On ne tarit pas sur la duplicité , sur la perfidie, sur la corruption des gens de cour; et Voltaire ne pensait sûrement pas aux Papes, lorsqu'il s'écriait avec tântd« décence :

O sagesse dti ciel I je te crois très-profonde ; Mais à quels plats tyrans as-tu livré le inonde^ I

Cependant lorsqu'on a épuisé tous les genres de critique , et qu'on a jeté , comme il est juste y dans l'autre bassin de la balance , tous les avantages de la monardiie, quel est enfin le dernier résultai? C€9î h fneiUeurykphts durable des gouvernements, et le plus naturd à rkomm» Jugeons de même la cour romaine. Cest une monarchie, la seule forme de gcmvernement possible pour régir TEglise catholique ; et quelle que soit la supériorité de cette monarchie sur les autres^ , il est impossible que k»

(1) Il a dit, au contraire , en parlant Je Rome modcnie :

Les citoyens en paix sagement gooTernés

Ne sont plus conquérante ^ et scmi plus fortunés.

(2) Le gouvernement du Pape est le seul dans runÎTersqni n'aUj^imais eu de modèle , comme \l ne doit jamais ayenr d'imîtaCîoB. C'est uno monarchie ëlectÎTe dont le titulaire , UMijotrrs vieux el toujours eâibataii« est ëla par un petit nombre d'électeurs éhs par ses pr^ëcesseors , ions célibataires comme lui , cl choisis sans aucun égard nécessaire à la Bai»sance , aux richesses , ni même à ta patrie.

Si Ton examine attentivement celle forme de gouvernement , on Iroii' vera qu'elle exclut les ineonTénients de la monarchie élective , sans pcrlre les avantages de la monarchie héréditaire.

passions humaines ne s'agitent pas autour d'un foyer quelconque de puissance, et n'y laissent pas despreuvt^a de leur action , qui n'empêchent point le gouvernement du Pape d'être la plus douce , la plus pacifique et la plus morale de toutes les monarchies, comme les maux bien plus grands, enfantés par la monarchie séculière, ne Tempêchent pas d'être le meilleur des gouvernements.

Ep terminant cette discussion , je déclare protester paiement contre toute espèce d'exagéraUon. Que la puissance pontificale soit retenue dans ses justes bornes; mais que ces bornes ne soient pas arrachées et déplacées au gré de la passion et de l'ignorance ; qu'on ne vienne pas surtout alarmer l'opinion par de vaines terreurs : loin qu'il faille craindre dans ce moment les excès de la puissance spirituelle , c'est tout le contraire qu'il faut craindre, c'est-à-dire que les Papes manquent de la force nécessaire pour soulever le fardeau immense qui leur est imposé, et qu'à force de plier, ils ne perdent enfin la puissance comme l'habitude de résister. Qu'on leur accorde, de bonne foi , ce qui leur est dû : de son côlé , le Souverain Pontife sait ce qu'il doit à l'autorité temporelle qui n'aura jamais de défenseur plus intrépide et plus puissant que lui. Mais il faut aussi qu'il sache Refendre ses droits ; et si quelque prince^ par un trait de sagesse égale à celle de ce fils de famille qui menaçait son père de se faire pendre pour le déshonorer , osait menacer le sien d'un schisme , pou/ extorquer de lui quelque &iblesse , le successeur de saint Pierre pourrait fort bien lui répondre ce qui est écrit déjà depuis longtemps :

« Voulez-vous m'abandonner? Eh bien, partez I Suivez c la passion qui vous entraîne : n'attendez pas que, « pour vous retenir auprès de moi, je descende jusqu'aux « supplications. Partez! Pour me rendre l'honneur qui

« in^est du , d'autres hommes me resteront. Hais sga* « TOUT, Dieu me restera^ »

Le prince y penserait !

(1) 4c&yc /fcoA*, et TOC ^/£0$ itclawtac wH o'iyuyi AUoo/uti civcx' i/itto /tcvetv* vdp' I/tecyc xal â/jloc , ÙinifÊtrtftA^witt' MAAirrA AE METIETA ZETS.

{HoBna.Ifiad. 1.173-175.)

PIN WJ TROlSliHB LlTfte.

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