‹ Du PapeChapitre 51 sur 61 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

FAUX RAISOr(NBiaENTS DES ÉGLISES SÉPARëES , ET ftÉFLEXIONS SUR LES PRÉJUGES RELIGIEUX ET NATIONAUX.

Les Eglises séparées sentent bien que l'unité leur manque, qu'elles n'ont plus de gouvernement , de conseil , ni de lien commun. Une objection surtout se présente en première ligne et frappe tous les esprits. S'il s'élevait des difficultés dans l'Eglise , si quelque dogme était attaqué, où serait le tribunal qui déciderait la question , n'y ayant plus de chef commun pour ces Eglises, ni de concile œcuménique possible, puisqu'il ne peut ôU'e convoqué, que je sache , ni par le sultan, ni par aucun évéque particulier? On a pris, dans les pays soumis au schisme, le parti le plus extraordinaire qu'il soit possible d'imaginer , c'est de nier qu^il puisse y avoir plus de sept conciles dans V Eglise; de soutenir que tout fut décidé par celles de ces assemblées générales qui précéder &ixt la scission, et qu'oui ne doit plies en convoquer de nouvelles^*

Si on leur objecte les maximes les plus évidentes de tout gouvernement imaginable , si on leur demande quelle idée ils se forment d'une société humaine , d'une agrégation quelconque, sans chef, sans puissance législative commune , et sans assemblée nationale , ils divaguent pour en revenir ensuite, après quelques détours»

(1) II ya sans dire que le VIIIc concile est nnl , parce qu'il condamna Pholius; s'il y en ayail eu dix dans l'Eglise avant cette ëpoque, il serait démontre que TEglise ne peut se passer de dix conciles. En gënëral , PEglise est infaîlliblc pour tout noralcur , jusqu'au moment où elle i« condamu».

à 4îre (je l'ai entendu mille fois) qu'il ne foui plus de concile, et que tout est décidé.

Ils citent même très-sérieusement les conciles qui ont décidé que toiU était décidé. Et parce que ces assemblées avaient sagement défendu de revenir sur des questions terminées , ils en concluent qu'on n'en peut plus traiter ni décider d'autres , quand même le christianisme serait attaqué par de nouvelles hérésies.

D'où il suit qu^on eut tort dans FEglise de s'assembler pour condamner Macédonius , parce qu'on s^était assemblé auparavant pour condamner JriuSy et qu'on eut tort encore de s'assembler à Trente pour condamner Luther et Calvin , parce que tout était décidé par les premiers concilesm

Ceci pourrait fort bien avoir l'air ^ Auprès de plusieurs lecteurs, d'une relation faite à plaisir ; mais rien n'est plus rigoureusement vrai. Dans toutes les discussions qui intéressent l'orgueil , mais surtout l'orgueil national , s'il se trouve poussé à bout par les plus invincibles raisonnements, il dévorera les plus épouvantables absui"dités , plutôt que de reculer.

On vous dira très-sérieusement que le concile de Trente est nul et ne prouve rien , parce que les évéques grecs n*y assistèrent pas* *

Beau raisonnement , comme «m voit! d'où il suit que tout concile grec étant par la même raison nul pour nous, parce que nous n'y serions pas appelés, et les décisions d'un chef commun n'étant pas d'ailleurs reconnues en Grèce f ou dans les pays qu'on appelle de ce nom, TE-

(1) Pourquoi donc les grecs? Il faudrait dire tout M éviqvM p^ tiem, autrement on ne sait plus de qui on parle. Il est bon d'ailleurs d'obsenrer en passant qu'il D*a tenu <|u*à cet évéques d'assister au coccitc de Treolt^

glise n'a plus de gouvernement , plus d'assemblées générales, même possibles, plus de moyens de traiter en corps de ses propres intérêts , en on mot , plus d'unité morale. Le principe étant une fois adopté par Torgueil, les conséquences les plus monstrueuses ne Feffiraient point ^ je viens de le dire , rien ne Tarrête.

Ce mot d'orgueil me rappelle deux vérités d'un genre bien différent : l'une est bien triste, et l'autre est consolante.

L'un des plus habiles médecins d'Europe dans l'art de traiter la plus humiliante de nos maladies, M. le docteur Wlllis, a dit (ce que je ne répète cependant que sur la foi de l'homme respectable de qui je le tiens) « qu'il avait a trouvé deux genres de folie constamment rebelles à « tous les efforts de son art , la folie d'orgueil et celle « de religion. »

Hélas ! les préjugés qui sont bien aussi une espèce de démence, présentent précisément le même phénomène. Ceux qui tiennent à la Religion sont terribles ; et tout observateur qui les a étudiés en est justement effrayé. Un théologien anglais a posé, comme une vérité générale, qiie jamais homme n'avait été chassé de sa religion far des arguments*. Il y a certainement des exceptioi^ià cette règle fatale ; mais elles ne sont qu'en faveur de la simplicité , du bon sens , de la pureté , de la prière sur* tout. Dieu ne £iit rien pour l'orgueil , ni même pour la science qui est aussi l'orgueil quand elle marche seule. Mais si la folie de l'orgueil vient se joindre encore à celle

(1) Never a mao was reasoned out of his religion. Ce texte dgatement remarquable par sa yaleur intrinsèqae et par un très- heureux idioUsme de la langue anglaise , repose depuis longtemps dans ma mémoire. Il opparlieat , je crois , à Shcjrlock.

de la religiôQ , si Terreur théologique se greffe sur un orgueil furieux, antique, national, immense et toujours humilié ; les deux anathèmes signalés par le médecin anglais venant alors à se réunir , toute puissance humaine est nulle pour ramener le malade. Que dis-je? on tel changement serait le plus grand des miracles ; car celai qu'on appelle conversion les surpasse tous , quand il s'agit des nations. Dieu l'opéra solennellement il y a dis-huit siècles , et quelquefois encore il Fa opéré depuis en laveur des nations qui n'avaient jamais connu la vérité ; mais en faveur de celles qui l'avaient abjurée, il n'a rien fait encore. Qui sait ce qu'il a décrété?— « Créer a ce n'est que le jeu , convertir c'est Veffort de sa puis- « sance** » Car le mal lui résiste plus que le néant.

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