‹ Du pape (volume 5)Chapitre 12 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

» société des missions ne peut faire aucun » bien , et peut faire beaucoup de mal.

» Nous croyons cependant que c'est un >> devoir de l'Kglise de prêcher l'évangile aux » infidèles (i). «

Ces aveux sont exprès et n'ont pas besoin de commentaires. Quant aux Eglises orientales, et à toutes celles qui en dépendent ou qui font cause commune avec elles, il seroit inutile de s'en occuper. Elles-mêmes se rendent justice. Pénétrées de leur impuissance, elles ont fini par se faire de leur apathie une espèce de devoir. Elles se croiroient ridicules , si elles se laissoient aborder par l'idée d'avancer les conquêtes de l'Evangile , et par elles la civilisation des peuples.

L'Eglise a donc seule l'honneur , la puis-

demment seule , elle est évidemment nulle. ( Vid M.onthly poUtical and lilterary Censor or anti-jacobin. March. 1800, vol. XIV, n." 9 , pag. 280 et 281.) Mais peut-être que ces mots d'une manière plus régulière cachent quelque mystère , comme j'en ai observé souvent dans les ouvrages des écrivains anglais.

(0 Ibid. Ceci est un grand mot. U Eglise seule a le droit et par conséquent le devoir de prêcher VEvangile aux infidèles. Si les rédacteurs avoient souligné le mot Eglise , ils auroient prêché une vérité très-profonde aui infidèles.

sauce et le droit des missions ; et sans le Souverain Pontife, il n'y a point d'Eglise. N'est-ce pas lui qui a civilisé l'Europe , et créé cet esprit général , ce génie fraternel qui nous distinguent ? A peine le Saint-Siège est affermi , que la sollicitude universelle transporte les Souverains Pontifes. Déjà dans le Y.^ siècle ils envoient S. Séverin dans la Norique , et d'autres ouvriers apostoliques parcourent les Espagnes , comme on le voit par la fameuse lettre d'Innocent I.^"^ à Décentius. Dans le même siècle , S. Pallade et S. Patrice paroissent en Irlande et dans le nord de l'Ecosse. Au YI.% S. Grégoire-le-Grand envoie S. Augustin en Angleterre. Au Yll.e ; S. Kilian prêche en Franconie , et S. Amand aux Flamands, aux Carinthiens, aux Esclavons, à tous les Barbares qui habitoient le long du Danube. ElutF de YVerden se transporte en Saxe dans le YlII.e siècle , S. YVillebrod et S. Swidbert dans, la Frise , et S. Boniface remplit l'Allemagne de ses travaux et de ses succès. Mais, le IX. ^ siècle semble se distinguer de tous les autres , comme si la Providence avoit voulu, par de grandes conquêtes , consoler l'Eglise des malheurs qui étoient sur le point de l'affliger. Durant ce siècle , S. Siffroi fut envoyé aux Suédois , Anchaire de Hambourg prêcha

C ii3 ) à ces mêmes Suédois , aux Vandales et aux Esclavoiis; Rembert de Brème, les frères Cyrille et Métfiodius , aux Bulgares , aux Cliazares ou Turcs du Danube, aux Moraves , aux Boliémiens , à l'immense famille des Slaves ; tous ces hommes apostoliques ensemble pouvoient dire à juste titre :

Hic tandem stetimus nobis ubi defuit orbis.

Mais lorsque l'univers s'agrandit par les mémorables entreprises des navigateurs modernes, les missionnaires du Pontife ne s'élancèrent-ils pas à la suite de ces hardis aventuriers ? N'allèrent-ils pas chercher le martyre, comme l'avarice cherchoit l'or et les diamans? Leurs mains secourables n'étoient-elles pas constamment étendues pour guérir les maux enfantés par nos vices , et pour rendre les brigands européens moins odieux à ces peuples lointains ? Que n'a pas fiiit S. Xavier (i) ?

(i) A Paulo tertio Indice destinatus , multos passîm toto Oriente christianos ad meliorem f'rugam revocavit et innumf.ros propemodijni populos ignorantiœ tenebris involutos ad Christijîdem adduxit. Nam prœter Indos , hrachmanes et Malaburas ^ipse primiis Paravis, Malais, Ja'i's , Acenis ^ Mindanaïs ^ Molucensibus et Japonibus , TOM. II. 8

( ii4 ) Les jésniles seuls iiont-iJs pas guéri, une des plus grandes plaies de V humanité (i) ? Tout a élé dit sur les missions du Panigay , de la Chine , des Indes , et il seroit superflu de revenir sur des sujets aussi connus. Il suflit d'avertir que tout l'honneur doit en être accordé au Saint Siège. « Voilà , disoit le grand » Leibnitz, avec un noble sentiment d'envie » bien digne de lui ; voilà la Chine ouverte » aux jésuites ; le Pape y envoie nombre de » missionnaires. Notre peu d'union ne nous » permet pas d'entreprendre ces grandes con- 3» versions (2). Sous le règne du roi Guillaume,

tnultis editis miraculis et exantlatis loboribus Evongelii lucem intulit. Perlustratâ tandem Japonid , ad Sinas profecturus in insuld Sanciand obiit. ( V^oj. sou office daus le Bréviaire de Paris , 2. décembre. )

Les voyages de S. François Xavier sont détaillés à la fin de sa vie écrite par le père Bouhours , et méritent grande attention. Arrangés de suite , ils auroient fait trois fois le tour du globe. 11 mourut à 46 ans , et n'en employa que dix à Texécutioii de ses prodigieux travaux j c'e t le temps qu'employa César pour asservir et dévaster les Gaules.

(1) Montesquieu.

(2) Lettre de Leibnitz, citée dans le Journal historiq. politique et littéraire de l'abbé de Feller. Août 1774 -, pag. 209.

( --S) » il s'étoit formé une sorte de société en An- » gleterre , qui avoit pour objet la propaga- » tion de l'Evangile ; mais jusqu'à présent elle )^ n'a pas eu de grands succès (i). «

Jamais elle n'en aura et jamais elle n'en pourra avoir , sous quelque nom qu'elle agisse, hors de l'unité ; et non-seulement elle ne réussira pas , mais die ne fera que du mal; comme nous l'avouoit tout-à-i'heure une bouche protestante.

« Les rois, disoit Bacon, sont véritablement « inexcusables de ne point procurer à la fa- » veur de leurs armes et de leurs richesses , la )i propagation de la religion chrétienne (i). »

Sans doute ils le sont , et ils le sont d'autant plus ( je parle seulement des souverains catholiques ) , qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes , ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime , en sera infaiUiblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une

(i) Ijcibnitziifpist.adKortholtam^ dans ses œuvres in-4.° pag. à-2à. — Pensées de Leibnitz , in-8.° toni. I , pag. 270.

(2) Bacon, dans le dialogue c?e J5e//o jacro. Christianisme de Bacou , tora. II , pag. 374.

( ii6) immense réputation , ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a point, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, Louis XI V, etc., tous les grands prolecteurs ou propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance suivant ses forces , il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de mallieurs à la triste humanité ; mais il n'importe , son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront :

Illum aget pennâ metuente solyi Fania superstes.

Par îa raison contraire, tout prince qui, né dans la lumière , la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre , et qui surtout osera porter la main sur le Souverain Pontife ou l'affliger sans mesure , peut compter sur un châtiment temporel et visible. P\ègne court , désastres humilians , mort violente ou honteuse; mauvais renom pendant sa vie, et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou en moins. De Julien à Philippe-le-Bel,

( 117 ) les exemples anciens sont écrits partout ; et quant aux exemples récens , l'homme sage , avant de les exposer dans leur véritable jour, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire.

( ii8 ) CHAPITRE II.

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