UR LE NOM DE PHOTIENNES APPLIQUÉ AUX ÉGLISES SCUISMATIQUES
i^iJELQUES lecteurs remarqueront peut-être , avec une certaine surprise , l'épilhète de photiennes dont je me suis constamment servi pour désigner les Eglises séparées de l'unité chrétienne par le schisme de Photlus, S'ils y voyoient la plus légère envie d'offenser , ou le plus léger signe de mépris , ils se tromperoient fort sur mes intentions. Il ne s'agit pour moi que de donner aux choses un nom vrai , ce qui est un point de la plus haute importance. J'ai dit plus haut , et rien n'est plus évident , que toute Eglise séparée de Piome est protestante. En effet, qu^elIe proteste aujourd'hui ou qu'elle ait protesté hier, qu'elle proteste sui un dogme , sur deux ou sur dix , toujours est-il vrai qu'elle proteste contre l'unité et l'aulorité universelle. Photius étoit né dans cette unité : il reconnoissoit si bien l'autorité du Pape , que c'est au Pape qu'il
( ^49) demanda avec tant d'instance le titre de PatriarcJie œcuménique , absurde dès qu'il n'est pas unique. Il ne rompit même avec le Souverain Pontife , que parce qu'il ne put en obtenir ce grand titre qu'il ambitionnoit. Car, il est bien essentiel de l'observer, jamais il ne fut question de dogmes entre nous au commencement de la grande et funeste scission. C'est après qu'elle fut opérée, que, pour lui donner une base plausible , on en vint aux disputes de dogmes. L'addition du Filioque, faite au symbole , ne nous avoit nullement brouillés avec les Grecs. Les Eglises latines, établies en grand nombre à Constanlinople , chantoieiït le symbole sans exciter le moindre scandale. Que veut-on de plus ? Deux conciles œcuméniques furent tenus à Constanlinople depuis l'addition du FLlioque , sans aucune plainte de la part des Orientaux (i). Ces faits
(i) Puisqu'il s'agit du Filioque ^on accordera peutêtre quelque atteution à l'observation suivante. On connoît le rôle que joua le platonisme daus les premiers siècles du christianisme. Or, l'école de Platon souteuoit que la seconde personne de sa fameuse trinité, procédoit de la première , et la troisième de la seconde. Pour être bref, je supprime les autorités qui sont incontestables. Arius qui avoit beaucoup hanté les
ne doivent point être répétés pour les théologiens qui ne peuvent les ignorer, mais pour
platoniciens, quoique dans le fond il fût sur la Divinité inoins orthodoie qu'eux ; Arius, dls-je, s'accommodoit fort de cette idée; car son intérêt étoit d'accorder tout au Fils, excepté la consnbstanti alité. Les ariens dévoient donc soutenir volontiers avec les platoniciens (quoique partant de principes différens), que le Saint-Esprit procédait du Fils. Macédonius, dont l'hérésie n'étoit qu'une conséquence nécessaire de celle d'Arius, vint ensuite, et se trouvoit porté par son système , à la même croyance. Abusant du célèbre passage : Tout a été fait par lui ^ et sans lui rien ne fut Jait^ il en concluoit que le Saint-Esprit étoit une production du Fils qui avoit tout fait. Cette opinion étant donc commune aux ariens de toutes les classes , aux macédoniens €t à tous les amateurs du platonisme ; c'est-à-dire en réunissant ces différentes classes, à une portion formidable des hommes instruits alors existans, le premier concile de C. P. devoit la condamner solennellement ,• et c'est ce qu'il fit en déclarant la proces>ion ex Faire. Quant à la procession ex Filio^ il n'en parla pas, parce qu'il n'en étoit pas question, parce que personne ne la nioit, et parce qu'on ne la croyait que trop , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Tel est le point de vue sous lequel il faut , ce me semble , envisager la décision du concile ; ce qui n'exclut aucun autre argument employé dans cette question , décidée d'ailleurs avant toute discussion théologique par les argumens tirés de la plus solide ontologie.
les gens du monde qui s'en doutent peu dans les pays même où il seroil si important de le savoir.
Pholius protesta donc , comme l'ont fait depuis les Eglises du XVI. « siècle , de manière qu'il n'y a entre toutes les Eglises dissidentes d'autres différences que celles qui résultent du nombre des dogmes en litige. Quant au principe , il est le même. C'est une insurrection contre l'Eglise-mère qu'on accuse d'erreur ou d'usurpation. Or , le principe étant le même , les conséquences ne peuvent différer que par les dates. Il faut que tous les dogmes disparoissent l'un après l'autre , et que toutes ces Eglises se trouvent à lafmsociniennes; l'apostasie commençant toujours et s'accomplissant d'abord dans le clergé, ce que je recommande à l'attention des observateurs.
Quant à l'invariabilité des dogmes écrits, des formules nationales, des vêtemens, des mitres , des crosses , des génuflexions , des inclinations, des signes de croix, etc., etc., je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit plus haut. César et Cicéron, s'ils avoient pu vivre jusqu'à nos jours , seroient vêtus comme nous : leurs statues porteront éternellement la toge et le laticlave.
Toute Eglise séparée étant donc proies-
tante ^ il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomination. De plus, comme les Eglises protestantes se distinguent entre elles par le nom de leurs fondateurs , par celui des nations qui reçurent la prétendue réforme , en plus ou en moins, ou par quelque symptôme particulier de la maladie générale, de manière que nous disons : // est calviniste^ il est luthérien , il est anglican , il est métho' diste , il est baptiste , etc. Il faut aussi qu'une dénomination particulière distinguées Eglises qui ont protesté dans le XI.« siècle, et certes on ne trouvera pas de nom plus juste que celui qui se tire de l'auteur même du schisme. Il est de toute justice que ce funeste personnage donne son nom aux Eglises qu'il a égarées. Elles sont donc photiennes comme celle de Genève est calviniste^ comme celle de Wittemberg est luthérienne. Je sais que ces dénominations particulières leur déplaisent (i), parce que la conscience leur dit
(i) Quant au terme de calviniste, je sais quil en est parmi eux qui s'offensent quand on les appelle de ce nom. (Perpétuité de la foi , XI, 2. ) Les évangéljques, que Tolland appelle luthériens, quoique plusieurs d'entre eux rejettent cette dénomination. ( Leibuitz , (Euvres, tom. V, p. 142.) On nomme préférablement
(^53) que toute religion qui porte le nom dun homme ou d'un peuple est nécessairement fausse. Or, que chaque Eglise séparée se donne chez elle les plus beaux noms possibles , c'est le privilège de l'orgueil national ou particulier : qui pourroit le lui disputer ?
Orbis me sibilat , at mihi plaudo
ipsa domi
Mais toutes ces délicatesses de l'orgueil en souffrance nous sont étrangères , et ne doivent point être respectées par nous ; c'est un devoir au contraire de tous les écrivains catholiques de ne jamais donner dans leurs écrits aux Eglises séparées par Photius , d'autre nom que celui de photiennes ; non par un esprit de haine et de ressentiment (Dieu nous préserve de pareilles bassesses ! ) , mais au contraire par un esprit de justice, d'amour, de bienv^eillance universelle; afin que ces Eglises, continuellement rappelées à leur origine, y lisent constamment leur nullité.
évangéliques en Allemagne ceux que plusieurs apptl^ lent luthériens mal-a-propos. ( Le même, nouv. Essais sur l'entendement humain ^ pag. ^61.) Lisez très-a-