‹ Du pape (volume 5)Chapitre 26 sur 41 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AUTRES CONSIDÉRATIONS TIRÉES DE LA POSITION DE CES ÉGLISES. REMARQUE PARTICULIÈRE SUR LES SECTES D'ANGLETERRE ET DE RUSSIE.

Voici encore une autre loi de la nature. Rien ne s'altère que par mixtion , et jamais il n'y a mixtion sans affinité. Les Eglises photieniies sont conservées au milieu du mahométisme comme un insecte est conservé dans l'ambre. Comment seroient-elles altérées, puisqu'elles ne sont touchées par rien de ce qui peut s'unir avec elles ? Ei'itre le mahométisme et le christianisme, il ne peut y avoir de mélange. Mais si l'on exposoit ces Eglises à l'action du protestantisme ou du catholicisme avec \\\\ feu de scienc<j suffisant, elles disparoîtroient presî^ye sabilement.

Oi.' , comme les'nations peuvent aujourd'hui, au moyen des langues, se toucher à distance, bientôt nous serons témoins de la grande expérience déjà fort avancée en Russie. Nos langues atteindront ces nations qui nous vantent leur foi reliée en parchemin , et dans un

(243 ) clin-d'œil nous les verrons boire à longs traits toutes les erreurs de l'Europe. — Mais alors nous en serons dégoûtés , ce qui rendra probablement leur délire plus court.

Lorsque l'on considère les épreuves qu'a subies l'Eglise romaine par les attaques de l'bérésie et par le mélange des nations barbares qui s'est opéré dans son sein , on demeure frappé d'admiration en voyant qu'au milieu de ces épouvantables révolutions , tous ses titres sont intacts et remontent aux apùtres. Si elle a changé certaines choses dans les formes extérieures, c'est une preuve qu'elle vit; car tout ce qui vit dans l'univers change, suivant les circonstances , en tout ce (|ui ne tient point aux essences. Dieu qui se les est réservées, a livré les formes au temps pour en disposer suivant de certaines règles. Cette variation dont je parle est même le signe indispensable de la vie , l'immobilité absolue n'appartenant qu'à la mort.

Soumettez un de ces peuples séparés à une révolution semblable à celle qui a désolé la France durant vingt-cinq ans; supposez qu'un pouvoir tyrannique s'acharne sur l'Eglise , égorge, dépouille, disperse les prêtres; qu'il tolère surtout et favorise tous les cultes , excepté le culte national , celui-ci disparoîtra comme une fumée.

La France , après l'horrible révolution qu'elle a souft'erle, est demeurée catholique ; c'est-à-dire que tout ce qui n'est pas demeuré catholique n'est rien. Telle est la force de la vérité soumise à une épreuve terrible. L'hotnme sans doute a pu en être altéré ; mais la doctrine nullement , parce qu'elle est inaltérable de sa nature.

Le contraire arrive à toutes les religions fausses. Dès que l'ignorance cesse de maintenir leurs formes , et qu'elles sont attaquées par les doctrines philosophiques, elles entrent dans un état de véritable dissolution , et marchent vers l'anéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré.

Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient, produisent de même une foule à'ùisectes religieux qui traînent sur le même sol les restes d'une vie divisée , imparfaite et dégoûtante.

C'est ce qu'on peut observer de tous côtés ; et c'est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le nombre et l'inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissent de la })utréfaction d'un grand corps: c'est lordre de la nature.

( 245 ) L'Eglise russe , en particulier , porte dans son sein plus d'ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolnisme (i), qu'on pourroit appeler Villu-

(i) On pourroit écrire un mémoire intéressant sur ces rascolnics. Renfermé dans \es bornes étroites d'une note , je n'en dirai que ce qui est absolument indispensable pour me faire entendre.

Le mot de rascolnic , dans la langue russe , signiBe , au pied de la \elire, schismatique. La scission désignée par cette expression générique , a pris naissance dans une ancienne traduction de la Bible , à laquelle les rascolnics tiennent infiniment , et qui contient des textes , altérés suivant eux dans la version dont l'Eglise russe fait usage. C'est sur ce fondement qu'ils se nomment eux-mêmes (et qui pourroit les en empêcher?) hommes de Cantique foi ^ ou i,>ieux croyons (staroversi). Partout où le peuple , possédant pour son malheur l'Ecriture sainte en langue vulgaire , s'avise de la lire et de l'interpréter , aucune abei'ration de l'esprit particulier ne doit étonner. Il seroit trop long de détailler les nombreuses superstitions qui sont venues se joindre aux griefs primitifs de ces hommes égarés. Bientôt la secte originelle s'est divisée et subdivisée , comme il an ive toujours , au point que dans ce moment ii y a peut-être en Russie quarante sectes de rascolnics. Toutes sont extravagantes , et quelques-unes abominables. Au surplus , les rascolnics en masse protestent contre l'Eglise russe, comme eelle-ci proteste contre l'Eglise lomaine. De part et d'autre c'est le même

( 246 ) minisme des campagnes , se renforce chaque jour : déjà ses enlans se compleul par uullions, el les lois n'oseroient plus se couipromellre avec lui. Villuminisme, qui est le rascolnisme des salons , s'attache aux chairs délicates que la main grossière du rascolnic ne sauroit atteindre. D'autres puissances encore jdus dangereuses agissent de leur côté , et

motif, le mêiTie raisonnement et le mêoae droit; de manière que toute pbiiute de la part de l'autoi'ité dominante seroit ridicule. Le rascolnisme n'alarme ni ne choque le nation en corps , pas plus que toute autre religion fausse j les hautes classes ne s'en occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce , il n'entrepreud rien sur les dissidens , parce qu'il sent son impuissance , et que d'ailleurs l'esprit de prosélytisme doit lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peuple ; mais le peuple est bien quelque chose, ne fût-il même que de trente millions' Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre de ces sectaires au septième de ce nombre , à peu près, ce que je n'afiirme poiut. Le gouvernement qui seul sait à quoi s'en tenir , n'en dit rien et fait bien. 11 use , au reste , h l'égard des rascolnics ^ d'une prudence, d'une modération, d'une bouté sans égales; et quand même il en résulteroit des conséquences malhcurru-es , ce qu'à Dieu ne plaise! il pouix'oit toujours se consoler en pensant que la sévérité n'auroit pas mieux réussi.

( 247 ) toutes se multiplient aux dépens de la masse qu'elles dévorent. Il y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes ; mais le principe est le même. C'est la religion nationale qui laisse échapper la vie , et les insectes s'en emparent.

Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se former en France, par exemple, en Italie, etc.? Parce que la religion y vit tout entière , et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle l'incrédulité absolue , comme on peut voir un cadavre à côté d'un homme vivant ; mais jamais elle ne produira rien d'impur hors d'elle-même , puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra, au contraire, se propager et se multiplier en d'autres hommes chez qui elle sera encore elle-même, sansaffoiblissement ni diminution, comme la lumière d'un flambeau passe à mille autres.

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