‹ Du pape (volume 5)Chapitre 33 sur 41 · SUR UN TRAIT PARTICULIER DU CARACTÈRE GREC. ESPRIT DE DIVISION · texte numérisé non relu

SUR UN TRAIT PARTICULIER DU CARACTÈRE GREC. ESPRIT DE DIVISION

Un caractère particulier de la Grèce , et qui la distingue , je crois , de toutes les nations du monde , c'est l'inaptitude à toute grande association politique ou morale. Les Grecs n'eurent jamais l'honneur d'être un peuple. L'histoire ne nous montre chez eux que des bourgades souveraines qui s'égorgent et que rien ne put jamais amalgamer. Ils brillèrent sous cette forme, parce qu'elle leur étoit naturelle , et que jamais les nations ne se rendent célèbres que sous la forme de gouvernement qui leur est propre. La différence des dialectes annonçoit celle des caractères ainsi que l'opposition des souverainetés ; et ce même esprit de division , ils le portèrent dans la philosophie qui se divisa en sectes ^ comme la souveraineté s'étoit divisée en petites républiques indépendantes et ennemies. Ce mot de secte étant représenté dans la langue grecque par

( ^93 ) celui à'hérésîe , les Grecs transportèrent ce nom duns la religion. Ils dirent Vhértsie des ariens , comme ils avoient dit jadis Vhérésie des stoïciens. C'est ainsi qu'ils corrompirent ce mot innocent de sa nature. Ils furent hérétiques , c'est-à-dire diifisionnaires dans la religion , comme ils l'avoient été dans la politique et dans la philosophie. Il seroit superflu de rappeler à quel point ils fatiguèrent l'Eglise dans les premiers siècles. Possédés du démon de l'orgueil et de celui de la dispute , ils ne laissent pas respirer le bon sens ; chaque jour voit naître de nouvelles subtilités : ils mêlent à tous nos dogmes je ne sais quelle métaphysique téméraire qui étouffe la simplicité évangélique. Voulant être à la fois philosophes et chrétiens , ils ne sont ni l'un ni l'autre : ils mêlent à l'évangile le spiritualisme des platoniciens et les rêves de l'Orient. Armés d'une dialectique insensée , ils veulent diviser l'indivisible , pénétrer l'impénétrable ; ils ne savent pas supposer le vague divin de certaines expressions qu'une docte humiUté prend comme elles sont , et qu'elle évite même de circonscrire, de peur de faire naître l'idée du dedans et du dehors. Au lieu de croire on dispute , au lieu de prier on argumente ; les grandes routes se couvrent d'évêques qui courent au

( 294 ) concile ; les relais de l'empire y suffisent à j)cine , la Grèce entière est une espèce de lVlo|)onèse théologique où des atomes se battent [)()ur des atomes. L'histoire ecclésiastique devient, grâce à ces inconcevables sophistes, un livre dangereux. A la vue de tant de folie, de ridicule et de fureur, la foi chancelle, le lecleur s'écrie plein de dégoût et d'indignation : Penè moti sunt pedes mei !

Pourcomblede malheur, Constantin transfère l'empire à Byzance. Il y trouve la langue grecque , admirable sans doute et la plus belle peut-être que les hommes ait jamais parlée , mais par malheur extrêmement favorable aux sophistes ; arme pénétrante qui n'auroit du jamais être maniée que par la sagesse , et qui , par une déplorable fatalité , se trouva presque toujours sous la main des insensés.

Byzance feroit croire au système des climats , ou à quelques exhalaisons particulières à certaines terres , qui influent d'une manière invariable sur le caractère des habitans. La souveraineté romaine en s'asseyant sur ce trône , saisie tout-à-coup par je ne sais quelle influence magique , j>erdit la raison pour ne plus la recouvrer. Qu'on feuillette l'histoire universelle , on ne trouvera pas une dynastie plus misérable. Ou foibles ou furieux, ou l'un

( ==95) et l'autre à la fois , ces insupportables princes tournèrent surtout leur démence du côté de la théologie dont leur despotisme s'empara pour la bouleverser. Les résultats sont connus. On diroit que la langue française a voulu faire justice de cet empire en le nommant Bas. Il périt comme il avoit vécu , en disputant. Mahomet brisoit les portes delà capitale pendant que les sophistes argumentoient sur la gloire

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