‹ Du pape (volume 5)Chapitre 4 sur 41 · APPLICATION HYPOTHÉTIQUE DES PRINCIPES PRÉCEDENS · texte numérisé non relu

APPLICATION HYPOTHÉTIQUE DES PRINCIPES PRÉCEDENS

X RÈs-humbles et très-respectueuses remontrances des états-généraux du royaume de***, assemblés à***, à N. S. P. le Pape Pie VII.

« Très-saint Père ,

» Au sein de la plus amère affliction et de » la plus cruelle anxiété que puissent éprou- » ver de fidèles sujets , et forcés de choisir » entre la perte absolue d'une nation et les » dernières mesures de rigueur contre une » tête auguste, les états-généraux n'imaginent » rien de mieux que de se jeter dans les bras » paternels de V. S., et d'invoquer sa justice » suprême pour sauver, s'il en est temps, » un empire désolé.

» Le souverain qui nous gouverne , T. S. P. , » ne règne que pour nous perdre. Nous ne » contestons point ses vertus , mais elles » nous sont inutiles , et ses erreurs sont

» toiles , que si V. S. ne nous tend la main ,

» il n'y a j'ius pour nous aucun espoir de salut. )i Par une exaltation d'esprit qui n'eut ja-

» mais d'égale , ce prince s'est imaginé que

» nous vivions au XVI.^ siècle, et qu'il éloit ,

» lui , Gustwe- Adolphe. V. S. peut se faire

^) représenter les actes de la diète germa-

» nique ; elle y verra que notre souverain ,

» en sa qualité de membre du corps germa-

» nique , a fait remettre au directoire plu-

» sieurs notes qui partent évidemment des

•>•> deux suppositions que nous venons d'in-

» diquer , et dont les conséquences nous

» écrasent. Transporté par un malheureux

» enthousiasme militaire absolument séparé

r> du talent, il veut faire la guerre ; il ne veut

v> pas qu'on la fasse pour lui , et il ne sait pas

» la faire. Il compromet ses troupes, les hu-

» mille , et punit ensuite sur ses officiers des

» revers dont il est l'auteur. Contre les règles

» de la prudence la plus commune , il s'obstine

)) à soutenir la guerre , malgré sa nation ,

» contre deux puissances colossales, dont une

» seule suffiroit pour nous anéantir dix fois.

» Livré aux fantômes de l'illuminisme , c'est

j> dans l'Apocalypse qu'il étudie la politique ;

» et il en est venu à croire qu'il est désigné

» dans ce livre comme le personnage extraor-

( 4i ) » dinaire destiné à renverser le géant qui » ébranle aujourd'hui tous les trônes de l'Eu- » rope 5 le nom qui le distingue parmi les » rois , est moins flatteur pour son oreille , » que celui qu'il accepta en s'affiliant aux » sociétés secrètes ; c'est ce dernier nom qui » paroît au bas de ses actes , et les armes de » son auguste famille ont fait place au bur- » lesque écusson des frères* x\ussi peu raisonw nable dans l'intérieur de sa maison que » dans ses conseils, il rejette aujourd'hui une » compagne irréprochable , par des raisons » que nos députés ont ordre d'expliquer de » vive voix à V. S. Et si elle n'arrête » point ce projet par un décret salutaire, » nous ne doutons point que bientôt quelque » choix inégal et bizarre ne vienne encore « justifier notre recours. Enfin, T. S. P., il » ne tient qu'à Y. S. de se convaincre , par » les preuves les plus incontestables , que la » nation étant irrévocablement aliénée de la » dynastie qui nous gouverne , cette famille, » proscrite par l'opinion universelle , doit » disparoître pour le salut public qui marche » avant tout.

» Cependant , T. S. P. , a Dieu ne plaise » que nous voulions en appeler à notre propre )i jugement , et nous déterminer par nous-

(4:^ ) »' mêmes dans cette grande occasion ! Nous » savons que les rois n'ont point de juges » temporels , surtout parmi leurs sujets , et » que la majesté royale ne relève que de Dieu. » C'est donc à vous , T. S. P., c'est à vous, )> comme représentant de son fils sur la terre , » que nous adressons nos supplications, pour y que vous daigniez nous délier du serment » de fidélité qui nous attachoit à cette famille » royale qui nous gouverne , et transférer à )» une autre famille , des droits dont le pos- » sesseur actuel ne sauroit plus jouir que pour » son mallieur et pour le nôtre. .>

Quelles seroient les suites de ce grand recours ? Le Pape promettroit avant tout , de prendre la chose en profonde considération , et de peser les griefs de la nation dans la balance de la plus scrupuleuse justice , ce qui eût suffi d'abord pour calmer les esprits; car l'homme est fait ainsi: c'est le déni de justice qui l'irrite ; c'est l'impossibilité de l'obtenir qui le désespère. Du moment où il est sûr d'être entendu par un tribunal légitime , il est tranquille.

Le Pape enverroit ensuite sur les lieux un homme de sa confiance la plus intime , et fait pour traiter d'aussi grands intérêts. Cet envoyé s'interposeroit entre la nation et son

(43) souverain. Il montreroit à l'une la fausseté ou l'exagération visible de ses plaintes , le mérite incontestable du souverain , et les moyens d'éviter un immense scandale politique ; à l'autre les dangers de l'inflexibilité , la nécessité de traiter certains préjugés avec respect , l'inutilité surtout des appels au droit et à la justice , lorsqu'une fois l'aveugle force est déchaînée : il n'oublieroit rien enfin pour éviter les dernières extrémités.

Mettons cependant la chose au pire , et supposons que le Souverain Pontife ait cru devoir délier les sujets du serment de fidélité; il empêcliera du moins toutes les mesures violentes. En sacrifiant le roi , il sauvera la majesté ; il ne négligera aucun des adoucissemens personnels que les circonstances permettent , mais surtout , et ceci mérite peutêtre quelque légère attention , il tonneroit contre le projet de déposer une dynastie entière , même pour les crimes , et à plus forte raison pour les fautes d'une seule tête. Il enseigneroit aux peuples « çue ctst la famille « qui règne ; que le cas qui i^ient de se pré- » senter est tout semblable à celui dune » succession ordinaire , ouverte par la mort » ou la maladie ; et iljiniroit par lancer Vana- 3^ thème sur tout homme assez hardi pour

» tnttlre en question les droits de la maison » régnante, »

Voilà ce que le Pape auroit fait en supposant les lumières de notre siècle réunies au droit public du XII.^

Croit-on qu'il ne fût pas possible de faire plus mal ?

Que nous sommes aveugles en général ! Et, s'il est permis de le dire , que les princes en particulier sont trompés par les apparences ! On leur parle vaguement des excès de Grégoire VII et de la supériorité de nos temps modernes ; mais comment le siècle des révoltes a-t-il le droit de se moquer de ceux des dispenses ? Le Pape ne délie plus du serment de fidélité , mais les peuples se délient euxmêmes ; ils se révoltent ; ils déplacent les princes ; ils les poignardent; ils les font monter sur l'échafaud. Ils font pire encore. — Oui ! ils font pire ; je ne me rétracte point, ils leur disent : Vous ne nous contenez plus , allezvous-en / Ils proclament hautement la souveraineté originelle des peuples et le droit qu'ils ont de se faire justice. Une fièvre constitutionnelle , on peut je crois s'exprimer ainsi , s'est emparée de toutes les têtes, et l'on ne sait encore ce qu'elle produira. Les esprits privés de tout centre commun et divergeant de la

(45) manière la plus alarmante ne s'accordent que dans un point , celui de limiter les souverainetés. Qu'est-ce donc que les souverains ont gagné à ces lumières tant vantées et toutes dirigées contre eux ? J'aime mieux le Pape.

Il nous reste à voir s'il est vrai que la prétention à la puissance que nous examinons ait inondé l'Europe de sang et de fanatisme.

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