Du parti à prendre envers l'Espagne :
La France est toujours ^ande. Elle a dépensé trois cents millions pour la cause du chef de la monarchie espagnole : elle est prête à en dépenser encore, et pour prix de ses sacrifices, elle ne demande que de la sagesse dans les conseils , de l’humanité dans les lois, de l’ordre enfin. Quelque chose manque à son bonheur aussi bien qu’à sa gloire, tant que ^ là où flottèrent ses drapeaux, là où régnent des Bourbons, il y a des peuples qui gémissent.
Charles X ne fait qu’im avec la France. A peine roi, sa main, prodigue de bienfaits, s’était déjà étendue au-delà des monts. Quelque chose aussi manquait à son grand cœur tant qu’il n’ayait pas assuré la félicité de deux empires.
, Mais les difficultés sont et sans nombre et sans mesure; on est tenté de croire que la main seule du temps pourra les surmonter, quand
on considère que le roi avec sa politique franche et ge'ne'reuse , le dauphin avec sa connaissance des lieux et des hommes, avec l’autorité de ses victoires, ont échoué depuis deux mois dans leurs efforts , et il est difficile de supposer que des conseils oii se rencontrent la loyauté de M. de Damas, l’expérience deM.de Chabrol , la modération de M. tle Doudeauville, aient manqué entièrement de droiture ou lie lumières pour seconder les plans arrêtés si haut. Faut-il donc désespérer d’un grand empire, et penser que c’en soit fait de ses destinées ? Non sans ' doute. Dieu ne permet pas ainsi que les nations périssent; il vient toujours un moment où un bras ferme et sage peut les an èter sur le penchant de leur mine.
Nous croyons que ce moment approche pour l’Espagne. On parle d’évacuation prochaine, d’occupation partielle, de nouveaux traités.
Ces graves questions occupent tous les esprits; elles feront naître dans l’Escurial des incidens auxquels le rétablissement de l’ordre peut être attaché. Jusqu’au dernier moment, rappelonsnous que la solution de ce problème touche aux plus chers intérêts de la politique française, la gloire du pays et l’honneur de la couronne.
Dans l’examen auquel nous osons nous livrer, nous cpûttbns avec joie les voies battues de*l’ opposition. Accuser les dépositaires du pouvoir est toujours chose facile , trop facile par le temps qui vient de s’écouler. L’Espagne sonfFre; qui pourrait le contester? Ses villes sont désertes; il n’y ad’habités que les faubourgs, les . cloîtres et les cachots. Les séditions meurtrières viennent de toutes parts au secours des jugés et des bourreaux fatigués. Une seule administration, celle de la police , est debout, et elle parle le langage des multitudes parvenues à la puissance, un langage de sang. La "^royauté est partout pour sévir, nulle part j!^ur tempérer, pour vouloir, pour pardonner; l’ordre social * • enfin est dissous. Voilà les faits. A quoi bon signaler les auteurs ourlés causes de tant dé maux? Il n’est plus qu’une tâche consolante et utile , celle de chercher un moyen de les guérir.
Aussi , disons-le à la louange des partiSgContraires, l’Espagne est un des points' sur lesquels ils se trouvent d’accord. C’est qu’après avoir également partagé les travaux et les frais de la guerre, ils en ont également rapporté des profits et des mécomptes. '
L’un l’a demandée celte guerre , et l’a obtenue: :i la voix tl’un fils de France, la victoire est revenue k nos drapeaux, rapide commetau temps des conquêtes de Louis XIV ou des campagnes tl’Italie. L’autre avait reprouve' l’enti eprise et il n’est pas paye' pour rétracter ses votes. La cainarilla s’est efforcée de lui donner gain de cause.
Le premier a retrouvé, dans cette expédition, des palmes guerrières , de la sécurité, de l’avenir; le second lui a du les protestations généreuses de l’héritier du trône , l’esprit de l’oldonnance d’Andujar, l’empressement des opinions les jifcs dissidentes à se serrer contre la Charte, c’est-à-dire, aussi de la sécurité j aussi de l’avenir. La France entière y a gagné l’éclat qui rejaillit sur elle des vertus du dauphin. ' ■
-Ceux-là seuls sortent en vaincus du théâtre de tant de triomphes, de tant de calamités, qui, placés à la tête des affaires, devaient voir et mesurer d’avance tous les obstacles, qui pourtant promirent de donner à la Pénüasule paix, sécurité, crédit et gloire, qui ne lui laissent que désolation et misère. Ces malheurs, ces attentats dont l’humanité gémit, aucun
parti ne les a voulus; aucun n’a pu les pie ve- «
nir; aucun n’en prend la défense. Le côté droit n’^t pas disposé à étendre son égide sur ces masses populaires qui régnent comme savent régner les niasses en tumulte, par l’assassinat et le pillage. Qui pourrait être assez entêté du despotisme pour s’applaudir d’un état de choses oü il n’y a d’absolu que l’anarchie !
Ceux-là seuls répondent de ces désastres qui auraient pu les arrêter ou déposer les rênes de l’Etat, qui n’ont su retirer d’événemens hnmen- . ses,, d’une guerre et d’une révolution oii, grâce à nos armées et à leur chef, tout a été succès , que la triste alternative de s’asvouer ou bien mal habiles ou bien coupables. Mai^ls disparaissent aujourd’hui, effacés si bien derrière la puissance souveraine qu’il semble que la pos- térité ait déjà commencé pour eux. Oublions leurs torts puisque nous n’enj souffrirons plus. Bénissons le roi qui veut tout réparer; ne porr tons nos regards que sur l’avenir ; et quant au l este, laissons faire l’histoire.