L’ESPAGNE
Des considérations graves nous pressent d’évacuer l’Espagne. La balance de l’Europe , notre indépendance , notre prospérité , tous les grands intérêts enfin de la patrie française s’accordent à exiger que la Péninsule 'cesse au plutôt de trouver de ce côté des monts, une ‘Amérique pour lui fournir de l’or, et d’en être une pour nous en nous enlevant nos 'soldats. , ' '* *
Ce n’est, pas seulement au-delà des Pyrénées que des rois peuvent implorer l’appui du roi dé France. Ce ne sonfpas seulement des agressions intérieures qui peuvent mettre en péril les trônes.
La confédération allemande prépare, elle offre déjà ‘
■ d’étranges spectales. Il faut que partout où il y a des souverainetés méconnues, elles comptent sur l’assistance d’un grand 'roi. et d’un grand peuple prêts à embrasser leur querelle. Depuis le traité de Westphalie, ce glorieux et utile patronage est dévolu à nos armes ; le’ moment serait mal choisi pour l’abdiquer. •
La France est désormais la gardienne de tout ce qu'ilyade droits et de frontières sur le continent. Le droit des gens tout eètier repose sous son égide. Les restes de l’équilibre politique des grands États et de l’indépendance de tous les autres sont confiés à sa défense: car une grande révolution se consomme. L’Allemagne a fléchi sous le poids de la Russie. Cette Russie qui comptait , il y a peu d’années encore , parmi les puissances asiatiqües, est toute en Europe; elle ^t l’Europe' entière., hormis nous. Et le Pas-de^-Calais s’ést bien agrandi dans ces derniers temps. L’Angleterre n’est . plus' -qu’une puissance d’Amérique:
La France manque à/ la mission qui lui est assignée, toutes les fois ^ue aes armées campent ailleurs qu’aux bords du Rhin ou sur les sommets • des‘ Alpes. Elle-même peut avoir à défendi*e son territoire, ses ehfans, son roi. Ce tribunal mystérieux, qui siège dans des murs français na— guères, çe tribunal de Mayence, pour lequel ü n’y a. ni frontières, ni code; peut ne voir que d’une manière confuse les limites de son -ressort, et oublier, > quand' il est en traie de livrer dés rois à ses commissaires , que nulle puissance dans le monde .m’a pour justiciables des rois dç France. Nous savons que Charles X» réprimera ces empiétemens. 11 le fera sans tirer l’épée ; car la paix , cette source féconde de richesses pour les peuples industrieux et libres, lui est chère; mais nous sa-'
ENVERS; l'eSPAGNE. . 9
VOUS que pour bien vouloir la paix , il faut pouvoir la guerre. Ce principe est vieux comme les sociétés humaines; et quelle est noire puissance',, quand l'Europe voit nos soldats enchaînés à cinq cents lieues du théâtre des affaires du monde ? L'Espagne est une plaie saignante qui nous épuise. Napoléon, alors qu’il tenait tous les empires sous sa main, se lit un jeu de la longue occupation de la Péninsule ; il périt par ce cancer dévorant.,
Ces considérations sont'graves. Il n’est pas d’esprit. si étranger aux affaires qu’il ne les saisisse. Elles< n’ont pas arrêté notre marche, quand nous avons -franchi les Pyrénées. • Doivent-elles maintenant précipiter notre retour? '. > • • - f--
Oui, s’il nous faut rester les spectateurs impuissans de scènes dont l'humanité s’épouvante , si des ' fureurs effrénées continuent à baigner de sang les pieds du trône que nous avons reconstruit, si notre voix ne parvient pas à se faire écouter dans les conseils, si l’histoire doit avoir le droit de direo La ‘ terreur régnait sur les Espagnes, et l’armée' française était lài '' v .
Mais Uous ne pouvons oublier du sein de quels événemens ces calamités sont sorties. La France -a contracté une responsabilité terrible " envers le monde et envers des siècles. Cet^e responsabilité, il ne fallait point l’accepter ; il faut la subir. Ne nous impose>t-ellc pas le devoir de tout essayer
ou PARTI A PRETiOKE
poHi- obtenir, s’il sc peut, grâce de la vie à celle malheureuse nation que l'on semble vouloir exler* miner? Qü’on Ue -s’y trompe pas : ce n’est point ' en definitive la nation qui court le plus de hasards. Les réactions s’enchainent. Vainqueur à son tour, le parti que nous avons foudraye sera. - 1 - il plus -ge'néreux et pKis sage que celui dont nous avons adopté la cause? Ne devons-nous pas sauver à tout prix l'autorité royale de ses propres égaremens ? Un nom auguste sanctionnerait-41 tous ces malheurs, si nous n'avions remis eu des mains, ^ enchaînées alors,' le sceptre «t l'épée? On nou$ faisait compter, il y a vingt mois , les pleurs qu'une reine infortunée . versait sur la captivité de son époux. Comptons ceux, que d'autres douleurs, qu'un autre éft’roi lui font verser aujourd'hui. Contemplons toute cette royale famille, ces jeunes |>rincesses que de si belles destinées semblaient attendre, et dont la vie s’écoule entre Jes écliafauds à voir et à redouter. Voudrons-nous que la postérité ait à se demander si notre intervention retarda des catastrophes effroyables ou les a provoquées ? Non, mille fois. Les considérations, prises dans nos intérêts de puissance et de richesses , se taisent devant une voix plus forte. C’est le cri de l'huuvanitéj c'est le cri de l'honnçur. L'un et l’autre nous disent que s’il est une Chauce d’améliorer les destins de la Péninsule, il faut rester.-' .■ ,
' Mais les hautes questions d'Etat que nous
EMVEHS L ESPAGNE.
•»vqa& posées d'abord, denieurefil meulières pour noüs avertir de ne pas rester un jour de trop, et de ne pas rester en Irain. Point d’intrigues, de manœuvres savantes, point de projets débattus, de médiations discutées ÿ^de politique enfin expectante ot dilatoke ! Si des négociations -^iennent à s'ouvrir , qu'elles commencent par un ultimatum inflexible; qu'une heure «voie tout 'conclure -ou tout finir. ' . ' ’ .
Il faudrait ne pas connaître et l'Espagne, et Fer-, dtnand, pour douter que des négociations ne soient ouvertes, le. jour où nos bataillons reprendront le chedlin de Bayonne. 'Au bruit des tambours, 'ounant le signal du départ /toutes les illusioi>s de' la présômptioii et de l'imprévoyance tomberont comme de funestes bandeaux. Les inspirations domestiques, les ^influences étrangères surtout, dont on a'' laissé; s'étjiiblir Tascendant par. des fautes que nous ne relèverons pas', perdront tout-à-«coop leur désastreux empire. -Ce malheureux monarque qui 'n'ose marcher qu'en chassant à quarante lieues de lui tout ce que l'on compte, dans les" lieux qu'il traverse, de commerçans , de prêtres, de titres de Castille, de noms illustres, ne verra plus rien autour de sou trône qu'une populace sanglante et des moines mena^ans. Il s'épouvantera . de sa solitude ; il demandera que nos troupes lui soient laissées , à* tout prix , quelque temps encore. Ce moment sera rapide , "sans doute , et