‹ Du parti à prendre envers l'Espagne :Chapitre 6 sur 6 · IS · texte numérisé non relu

IS

lotani Mpieoi nomea fetat eqaoa Sniqnia

Ultra qttam aatia eit Tirtatem ai peUt ipsam.

Hoeacb.

Jb suis étranger , et conîme tel aucune passion, aucun esprit de parti ne dicte à ma plume. Éloigné du centre de l’action qui fait le sujet de mes remarques, je puis l’observer et la juger, sans être influencé ni par mes intérêts particuliers, ni par ceux de ma patrie.

Tout ce mouvement politique, qui depuis la Restauration en France, n’est qu’une suite

fie contrastes et d’oppositions, offre tous les jours des sujets très intéressants pour étudier la marche d’une action sociale qui se troure entravée par une résistance systématique produite par l’amour des extrêmes.

Je laisse les époques qui ont précédé et qui fournissent sans doute matière à l’examen de tout ce qui, dès le commencement de l’année i8i 4 jusqu’à nos jours, a pu produire celte divergence hostile , qui éloigne et paralyse en partie les effets salutaires ^ue s’était proposé la Restauration, effets qui pouvaient avoir une influence prodigieuse sur tout l’état social de l’Europé : mes idées se reportent à cette dernière période, qui frappant davantage mon imagination , m’a paru digne d’être attentivement analysée, pour porter un jugement sain et vrai sur le tableau qui s’offre à nos yeux.

Il me semble qu’en général on s’ est formé une fausse idée des progrès que peut et que

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doit faire une nation placée dans un ordre de ehoses où la volonté générale représentée exerce des droits, un pouvoir, une influence. Mais quand on a des droits, ce n’est pas pour s’en servir à tout instant et dans tous les cas où ils ne sont pas applicables, et même où ils ne sont pas utiles ; ce serait alors un joujou dans les mains d’un enfant , qui à force d’en jouer le casse, le brise et ne peut plus s’en servir. Quand on a un pouvoir il faut l’exercçr dans l’opportunité, de manière à ne pas le compromettre ; quand on peut avoir une influence il ne faut pas la prodiguer, pour ne pas lui oter son importance. Ces principes sont vrais ; leur application est plus qu’utile, elle est nécessaire; ils apparlienent à la géométrie politique, ils sont du ressort de l’expérience et de la raison.

Un grand nombre de personnes croient que nous vivons dans un tems où un appel général à la masse doit avoir infailliblement

le grand résultat d’en imposer à la partie du pouvoir que l’on veut attaquer toujours et en toute occasion, et d’obtenir ainsi une force réelle , appelée force nationale. Je crois que l’on se trompe. La masse, qui est un instrument dangereux dans les extrêmes, est très peu de chose dans la marche régulière des affaires; elle est nulle dans les questions de droit ; et eomme il ne s’agit que de questions de droit, au moins en apparence, un appel continuel à son appui ne répond pas à l’espoir ou au désir qu’on a conçu. Si l’on veut parler au gros bon sens du peuple, on le trouvera en opposition à son action ; chose remarquable, car son action est toujours extrême , absurde, violente, et son gros bon sens , calme , tranquille ; et souvent fort juste; quant à sa volonté elle est forte, lorsqu’il n’y a ni institutions, ni lois vigoureuses et lorsqu’il y a ou trop de misère, ou véritable tyrannie.

' Déclamer contre les abus , si c’est avec un pourquoi , avec un sujet évident, certes cela est très utile j-car on peut par ce moyen éclairer le pouvoir suprême, avertir ou corriger les auteurs des abus, c’est même un devoir d’un sujet fidèle, d’un honnête citoyen. Mais si l’on déclame à chaque instant, en tout et pour tout , pour aigrir la nation et l’exciter à fin de trouver un soutien dans sa volonté exagérée , c’est un moyen qui s’use aisément, et qui ne fait plus d’effet par cela seul qu’il est continuel et systématique ; en voulant porter l’opinion publique à un état de tension pour les petites comme pour les grandes choses , on la fatigue , on la lasse, et on lui ôte par ce moyen même, l’énergie qu’on voudrait lui donner. Mais voilà assez de maximes et d’axiomes , venons aux faits,

11 est, je dirai, fastidieux de revenir toujours à certaines théories avant d’aller

au fait; car ces théories sont si rebattues, si connues et devenues si communes qu’on ne devrait les reproduire que comme une légende d’enfant ; cependant il faut commencer par poser les principes.

Le résumé de la question qui s’est dernièrement agitée se renferme dans ces deuxaxiômes politiques : Le Roi a le droit cC élire ses Ministres; les Chambres ont le droit £ examiner et de juger leur conduite', mais par l’opposition manifestée depuis le 8 août et ensuite dans l’adresse, il paraît qu’on a voulu changer de principes et établir la doctrine suivante : « Le Iloi, avant de faire le choix de ses ministres , <loit consulter la sympathie d’une portion de la France, qui ne veut pas attendre les actes de leur administration pour les juger et leur accorder ou refuser la confiance , mais qui veut empêcher que tout individu qui n’est pas porté dans la liste d’affection de cette partie de la nation , ne soit revêtu d’au-

cun caractère ministériel. > On pourrait comprendre cela beaucoup mieux, si on disait sîmplemen t : le Roi doit demander la liste des candidats à ce parti, qui croit ayoir le droit préalable de diriger l’exercice du pouvoirexécutif et choisir ensuite ses ministres parmi ceux qui lui seraient présentés, sauf à avoir l’approbation des journaux.

Vous allez sourire de pitié àcettemanicrede comprendre et d’expliquervos droits, et vous déclarez que je n’entends rien à la partie de votre souveraineté et aux vœux de la nation.

Excusez mon peu de lumières ; mais ayez la complaisance de m’entendre raisonner ou déraisonner si vous le croyez ainsi. Qu’on me permette de m’adresser à un parti, et de lui faire des questions sur le dernier événement de l’adresse, événement plus important peut-être qu’on ne l’avait cru, et qui pourrait être regardé comme un point de départ pour la suite.

Quel est le champ de bataille où vous devez combattre vos adversaires? C’est là où vous exercez les fonctions de la portion de votre pouvoir législatif. — Quelle est l’arène où vous devez mésurer la force de votre droit avec Topposition qu’on voudrait vous faire?

La chambre. — Quel est le tribunal qui doit entendre et prononcer sur les actes des représentans du pouvoir exécutif? La chambre.

Quel est enfin le lieu où dépositaires du mandat de la nation, vous devez soutenir ses droits,' soutenir la couronne, accorder ou refuser ce que vous proposent les ministres, et les proclamer ou les dénoncer comme amis ou ennemis de rÉtat? La chambre. — Vous n’avez attendu ni le combat , ni l’opposition , ni les documens pour exercer légalement et avec succès votre autorité. Vous avez insisté sur le principe d'antipathie, car c’est ainsi ({ue je puis définir votre hostilité précoce et ' l’obsiinalion à vous déclarer les ennemis du

ministère auquel tous avez sacrifié tous tos droits réels par un acte précipité et même passionné. Agir ainsi dans les affaires publiques c’est les compromettre; car la passion est toujours aveugle n’importe quel soit son objet. Votre opposition n’a pas eu d’autre phrase justificative que celle-ci :

Nous ne voulons pas de ces ministres , parce que ces ministres ne nous plaisent pas ; et au lieu d’avoir le courage de les attaquer par leurs actes, vous avez eu la faiblesse de leur céder avant même qu’ils se soient présentés à votre tribunal! J’appéle céder ce que peut-être vous appelez triompher ; car une opposition violente sans être fondée sur une raison de fait, devient faible, et le droit et le gain de cause restent, là où il y a un pourquoi, parce que c’est là qu’on le conçoit.

Étiez-vous sûrs que ces ministres voulaient attenter aux libertés constitutionnelles, qu’ils étaient ou qu’ils sont les ennemis de vos ins~

titutions, les ennemis du bonheur de la France, les soutiens de l’ancien ordre de choses? Eh bien! quelle plus belle occasion pouviez^ vous avoir pour les faire connaître et pour montrer à la France et à l’Europe entière que vos soupçons et votre antipathie précoce/ étaient bien fondés ? Si vous eussiez attendu (ju’ils se fussent présentés à la tribune pour manifester et soutenir les projets que vous leur supposiez contre la presse , la loi d’élection , etc., en un mot contre la Charte , vous aviez la majorité dans la Chambre, il vous auraitété facile d’attaquer tout ce qu’ils auraient proposé tendant à détruire vos piivilèges ; vous les auriez démasqués, vaincus, et le Roi n’aurait pu les garder en place ; car alors ils n’auraient pu être ni l’expression , ni le soutien de son auguste volonté, dès qu’ils n’auraient pu obtenir le concours de la votre. Mais eu disant au Roi , avant que s. s ministres se fussent montrés par leurs

actes : Nous voulons que vous les chassiez , ou nous ne discuterons d'aucune manière sur les affaires publiques. C’était dire au Monarque: ou vaus ferez ce qui nous fait plaisir, ou nous serons des mutins qui préférerons faire un appel

à la Nation, en vous engageant à nous dissoudre plutôt que de répondi'e à tout ce qui nous sera dit en votre nom par la bouche de ces ministres.Dans ce cas au lieu de se croire dans une monarchie et dire qu’on obéit au monarque, chef du pouvoir exécutif, il vaudrait autant ne pas reconnaître son droit que d’en faire un être assujetti aux caprices d’une opposition jpassionnée. Vous me permettrez sans

rancune ce mot caprice; car franchement sur quoi fondiez-vous l’alternative dans laquelle vous avez placé le Trône en lui disant de vous dissoudre, ou de vous sacrifier les ministres ?

Vous imputez au ministère la derniers

phrase du discours du Roi ; mais en vous

montrant sî susceptibles, vous avez consenti à vous en approprier le sens ; vous l’avez personnifié, tandis que la chambre des pairs avec beaucoup de sagesse et d’intelligence l’avait rejeté sur une partie indéterminée de la nation, en lui donnant une expression vague, en même tems qu’elle vous appelait à concourir avec elle à la garantie et à la conservation de l’ordre et des droits constitutionnels.

Les ministres avaient des opinions difl férentes des vôtres ; mais vraiment est-ce que l’on pense encore de nos jours aux opinions qu’on a eues, qu’on a échangées , qu’on a reprises, qu’on conserve ou qu’on abjure selon les tems, les lieux, les circonstances , l’intérêt ou le plaisir?

Sous Napoléon vous professiez des o][»nions différentes de celles que vous chérissez maintenant; peut-être y"en a-t-il parmi vous, parmi nous, dans toute l’Europe qui, il y a trois

ans» ne pensaient pas comme ils pensaient il y a six ans , comme il y en a dix. L’histoire des changemens d’opinions, des changemens de principes, des changemens de conduite, des changemens de sympathie » des change- • mens de serment, de dévouement, d’enthousiasme est devenue si commune dans ces derniers tems que dans chaque parti on • peut y appliquer le mot de N. S. à la Samaritaine. Jamais la raison humaine ne s’est montrée si souple àplier selon les événemens, et l’apostasie des dogmes politiques est tellement à l’ordre du jour que cela paraît très naturel et très juste. Le prince qui règne en Portugal n’aurait qu’à donner adroitement une constitution ou à feindre de proclamer celle de sou frère pour obtenir dans l’instant vos bonnes grâces, s’il s’en souciait, et l’illégitimité de ses droits, son usurpation, et ses abus de pouvoir contre lesquels vous vous êtes déchaînés, disparaîtraient en faveur

de ses nouveaux principes: je vous dirai même que personne ne s’étonnerait de cette métamorphose dans vos affections et dans vos louanges.

Si vous croyez que parmi les ministres actuels il en est quelques uns qui ayent été long-tems fidèles à leurs principes • vous n’avez qu’à vous applaudir de cette rare constance ; car ce serait une garantie de plus pour soutenir les intérêts de la majorité qui leur devient indispensable , puisque vous leur supposez la ferme résolution et le bon plaisir de se tenir toujours en place. Ainsi , ayant la majorité de votre côté, vous n’aviez pas de plus belle occasion pour attirer à votre parti des ministres qui, selon vous , ne sauraient jamais se résoudre à quitter leur portefeuille. Mais étiez-vous de bonne foi en les croyant vos ennemis irréconciliables , ou le véritable mot de l’énigme était-il de

Touloir obliger le Roi à prendre ses ministres parmi les gens les plus exagérés de votre opinion , parmi ceux que vous affectionnez le plus, parce que vous leur connaissez l’amour des extrêmes et le projet d’augmenter l’influence du parti démocratique? Au nombre des ministres actuels, il y a desgens remplis d’honneur et de probité qui ont donné des preuves de leur attachement au monarque.

Pourquoi faut-il que vous voyiez toujours , dans les personnes dévouées à leur souverain des ennemis de l’État et des contre-révolutionnaires", si dans tous les gouvernemens représentatifs les intérêts de la nation et ceux du trône sont inséparables ! Qui aime son Roi ne veut pas l’exposer à ne pas être aimé par son peuple; mais vous croyez que soutenir les droits de la couronne est un attentat contre les droits de la nation, et voilà le principe faux et dangereux qui mène à la divergence politique.

Vous n’avez pas été content du ministère passé tandis qu’il était en place ; vous l’attaquiez ; vous le contrariez dans toutes ses démarches : Vous l’accusiez de faiblesse » vous ne le vantez que lorsqu’il n’est plus; et pourtant il y avait dans ce ministère des gens que tout le monde estimait, des hommes qui avaient de grands moyens, des hommes que tout le monde regardait comme indépendants dans leurs opinions. Il y en avait quelques uns qui dans les cours étrangères s’étaient acquis la réputation d’une grande probité, d’un esprit élevé et d’un caractère vraiment noble , et qui venaient la justifier en France; cela ne vous suffisait pas ; vous étiez presque toujours en opposition avec leurs projets, et ils avaient besoin de vos adversaires pour avoir la majorité. Extrêmes dans vos exigences vous vouliez obliger ce ministère qui avait beaucoup trop fait pour concilier les opinions à devenir

' extrCme

extrême dans sa conduite. Vous rcclamiex de lui l’obéissance à TOtre volonté et non l’indépendance * vous vouliez, qu’il fût le ministère d’un parti , et non le ministère du Roi.

Dans un gouvernement représentatif, il faut considérer le ministère comme le gardien de la royauté vis-à-vis la partie aristocratique et démocratique qui voudrait toujours étendre son influence et son pouvoir:

dans un gouvernement absolu où il n’y a point de représentation , on doit envisager le ministère comme l’organe de la nation auprès du monarque souverain , la nation n’ayant d’autres défenseurs ni d’autres interprètes auprès du trône. Dans le premier cas le ministère -est l’avocat de la couronne vis-à-vis le peuple représenté ; dans le second il est l’avocat du peuple vis-à-vis le Monarque.

Pour peu quele ministère deiSaScût duré encore, vous l’eussiez attaqué avec plus de

force et plus d’obstination, par la seule rai-* «on qu’il n’était pas 'composé des extrêmes; Vous en avez fait de même sous le ministère Richelieu. Quel homme méritait plus la con^fiance de la France que le duc de Richelieu, et pourtant que n’avez-vous pas fait pour concourir à le renverser! N’avez-vous pas, par le désir des extrêmes, sollicité vous même la loi du double vote? Les troupes étrangères N étaient encore en France et vos amis appelaient à la représentation un régicide! Quel pouvait être le but de ce choix, si ce n’était celui de faire voir à la maison régnante que vous étiez sans remords pour un ' at^' tentât qui déshonnorait une nation et uiï siècle tout entier, et que vous n’attendiez que d’être les plus forts pour suivre des principes qui devaient épouvanter votre pa-

trie et vos voisins. Ce n’était peut-être pas là votre intention , j’en suis sûr ; mais tout le fesait supposer. Sans cette manière

d’agir passionnée» sans l’amour des extrêmes la France et les étrangers ne se seraient pas alarmés, et la première loi d’élection que vous chérissez et qui néanmoins ne représentait pas assez ou nullement la propriété , condition indispensable pour l’objet et la mésurè d’un gouvernement constitutionnel, existerait peut-être encore, si elle n’avait enfanté de grands désordres.

Si on avait médité sur la marche tracée par. le trône dans' les intermittances des ministres qui ont présenté une pbisionomie alternative , on aurait dû se convaincre que toutes les fois qu’on a fait des efforts pour contrarier un ministère qui n’appartenait à aucun- parti déterminé dans l’espoir d’en obtenir im tenant au parti prononcé de l’opposition libérale, on aurait dû dis-je se convaincre que la nuance n’a jamais été renforcée dans la couleur qu’on désirait ; mais elle a été tellement changée contre

Tcspoir que l’on avait conçu; qu'on s’est va

forcé de regretter ce qu’on avait détruit et de louer ce qu’on avait blâmé ; ce qui a j)i'ouvé évidemment que la conduite que l'on avait tenue, n’était que l’effet d’une passion pour cet amour des extrêmes ennemi de l’ulilc ; car lorsqu’on désire d’avoir de nouveau ce qu’on a voulu perdre , ce sentiment de regret est la mesure du peu de jugement avec lequel on a agi.

Quels sont les gouvernemens qui peuvent maintenant marcher avec les extrêmes? U j»’en existe pas; les monarchies mêmes les plus absolues ne sauraient le faire. H y a une répugnance pour les abusqui naît de la concien- < e de ne pouvoir plus agir- comme on agissait, et c’est cette répugnance qu’on éprouve sans s’en donner une raison’, qui est la véritable physionomie du siècle. , Ceux qui sont à la tête des gouvernemens , aussi bien que ceux qui les administrent , se font tou-

(ai)

jours à eux-mêmes , sans Te v\>uîoir , une question avant d’ordonner ou d’exécuter. Pouvons-nous faire cela ? Cetîe idée n’existait pas dans d’autres teras , et cette idée est tout l’état actuel de la civilisation. Qr , si les extrêmes ne peuvent pas exister dans les monarchies absolues, jugez s’ils le peuvent dans les gouvernemens où il y a une partie démocratique qui , si elle devenait la plus forte , impliquerait dans sa prépondérance le pouvoir exécutif, qui doit avoir une force isolée pour garantir l’ordie* et la marche sociale.

L’opposition au ministère Villèle a été plus régulière ; au moins elle était dans les formes et dans la nature du gouvernement.

Vous avez attaqué les actes des ministres »

et vous avez eu le courage de rester à votre place , quoiqu’on très petit nombre ; il n’y a pas eu une aveugle antipathie sans raison de fait ; votre opposition avait un

pourquoi selon vos principes , et votre rè* sistance est devenue plus forte au moment où vous paraissiez les plus faibles ; mais dans les circonstances actuelles vous étiez les plus forts , et vous avez paralysé l’exercice de votre force , avant même de l’esrsayer : alors vous aviez eu le courage de lutter contre une immense majorité , maintenant vous vous êtes formé vous-mêmes un grand fantôme d’opposition , et en préconisant de grandes hostilités de la part de»

ministres , vous y avez cédé avant de les voir réalisées. Serait-ce de crainte de ne pa? trouver les ministres aussi hostiles que vous les aviez dénoncés? Car ils devaient avoir,, puisque vous ne voulez pas leur accorder ni principes ni sentimens généreux, l’amourpropre de ne pas être battus par votre opposition ; ainsi ou ils auraient évité de vous combattre, ou ils auraient été vaincus, et puisque vous aviez avancé tant de choses

contre le ministère actuel dès qu’il a été composé, il fallait prouver è la nation que tons les titrés, les sarcasmes, les accusations dont vous les chargiez étaient fondés, et que votre langage n’était pas celui de la passion; vous les avez appelés ennemis de la France, ennemis de la Charte, ennemis des libertés publiques ; vous leur avez supposé. des projets de coups d’État; mais comment justifiez-vous jusqu’à présent toutes vos aversions ? Vous aviez improvisé votre antipathie et vous avez touché les extrêmes avant même d’y parvenir par degré, ainsi jusqu’à présent il faut l’avouer, ils ont raison. C’était lorsque vous avez été forcés d’êtru modérés que vous avez triomphé, 'et pour-* tant l’expérience ne vous a servi de rien.

> Vous criez de ce qu’un nouveau ministère change quelques personnes en place ; mais n’avez-vous pas crié de même sous le ministèro passé dé ce qu’il ne s'empressait pas

de desiiïuer , de reuiplaccr et de disgracier? Ne reprochiez-vous pas au ministère passé sa partialité à garder quelques préfets, quelques chefs de bureau , quelques administrateurs, et inaintenaul vous vous refusez à faire l’appliealioa des mêmes principes que vous condamnez TOUS même par ‘vos déclamations?

lüst-ce ainsi que vous voulez convaincre, que vous voulez inspirer de la confiance, faire croire que vos principes sont des dogmes politiques dont on ne peut et on ne doit pas s’écarter, parce qu’ils sont fondés sur la justice; tandis que vous les désavoués par de continuelles contraditions! Après tout, vous qui connaissez si bien la nature du gouvernement représentatif, vous qui exigez la responsabilité des ministres, vous devez vous convaincre que le changement de quelques employés sous un ministère nouveau est une chbse fort naturelle qui a lieu tous les jours en An-' glelerre dans ce pays, tantôt vanté, tantôt

calomnié» tantôt admiré, quelquefois regardé comme le premier des gouvernemen», le plus libre , celui qui oiTre le plus de garanties ; quelquefois dénoncé comme l’appui du pou- Toir absolu» Tennemi de l’indépendance des autres nations» le gouTernement le plus aristocratique et le plus égoïste. Mais dans ce gouvernement que vous prenez si souvent pour modèle, on change parfois les chefs des dÜTérentes branches de l’administration et quelquefois même les membres du corps di « plomatique dès qu’un ministère Whig remplace un Tory et vice veraâ. La chose, comme vous le savez très bien va même plus loin ; les gens qui occupent les premiers emplois donnent eux-mêmes leur démission, parce que leurs principes auxquels ils tiennent beaucoup, ne cadrent pas avec ceux du nouveau ministère. En France on n’éprouve pas encore de tels scrupules , et la délicatesse politique n’est pas affectée par la diver-

gcnce dç prhictpe» ; «1 en Angleterre on en fait une affaire de conscience, en France on appelé le changement de quelque» em«*

■ ployés coup d’État du ministère.

Que dirait-on si la représentation en France et toute l’organisation du gouvernement représentatif présentaient les mêmés abus qu'en Angleterre! En Angleterre, dans la chambre des communes, sanctuaire des libertés publiques, n’y a-t-il pas la moitié des

• membres qui la composent , élus exclusive-

• meut par l’influence de l’aristocratie? Point d’appel aux petits rentiers ; point de suffrage public, point de simple ou de double vote; un Baronnet, un grand propriétaire, un comte , un marquis , un duc envoient chacun à la chambre, un deux trois ou quatre membres pour représenter la nation,

' de sorte que la couronne n’a besoin d’autre chose que de s’assurer le dévouement d’une

• partie de l’aristocratie pour être «ûredela

majorité dans la chambre basse. Quel sujet de déclamations, d’attaques , de diatribes •erait pour le parti libéral en France l’existence de pareib abus! On crierait au pouvoir absolu» au despotisme, k la prépondérance aristocratique, et pourtant c’est cette prépondérance de la propriété qui assure en Angleterre les grands avantages du gouvernement représentatif» qui a porté la nation à un si haut degré de puissance, qui a fait la conquête du inonde commercial, qui s’est établie partout comme le comptoir de toute la terre, quia formé toutes les coalitions qui ont fait tomber l’homme extraordinaire du siècle ; c’est cette prépondérance de propriété qui soutient si bien la couronne contre les orages populaires qui donne la force aux ministres contre les caprices d’une opposition extrême, en même tems qu’elle garantit la nation do tous les abus de tes mêmes ministres. Cette pré*

potîdérance , cette force dans un corps, intermédiaire si nécessaire à l’existence êt à l’ordre d’un gouvernement représentatif, ne peut pas se trouver en France où la partie démocratique est beaucoup plus forte que les autres branches du pouyoir; et pourtant l’amour des extrêmes crie 'oujours pour étendre et agrandir cette partie qui par sa nature même est en opposition à la> marche conservatrice » soutenue par raulorilé suprême ! Qu’on me permette de croire quetant qu’en France il n’y aura pas l’influence de la grande propriété , il y aura toujours un levain de discorde , parce que l’on regardera comme les véritables amis de l’état et de l’humanité ceux qui ne possèdent ^ rien, ou qui ne sont rien! C’est faire do la république dans une monarchie.

' Je passerai maintenant à d’autres remarques générales sur les opinions et la conduite d’un certain parti , pour examiner si c’est

aveo raison qu’on «’aüarme et de ses principes et de son action.

Quoi est le but principal d’une société bien organisée? La tranquillité et le bonheur public. Quel? sont , ou doivent être les avantages réels de cette liberté que vous proclames et que vous aimez à défendre? Ceux d’assurer une marche régulière è l’ordre social, de proscrire tout ce qui peut compro<* mctre la sûreté personnelle et celle de la puropriété, de garantir en un mot la personne et le bien des citoyens ainsi que le respect dû au trône. Est-ce là le résultat qu’on se propose d’obtenir lorsqu’on défend et qu’on loue tçmtes les insurections , lorsqu’on fait l’apologie de tous les troubles , de toutes les résistances aux autorités établies, lorsqu’on se montre à chaque instant les avocals et les protecteurs de tous ceux qui tâchent de faire des prosélitcs pour lever l’étendard dç la tévolte» ou pour prêcher le méconteu- '

4ement, les idées d’indépendance el le mépH»

pour les opinions religieuses !

Examinons quelle a été la mission du par* ti des extrêmes depuis une quinzaine d’années. 11 a fait l’apologie de la révolution d’Espagne; il a applaudi à celle de Naples; il a encouragé celle du Piémont ; à l’entendre tous ceux qui se révoltaient contre leurs souverains étaient des héros ; il prétendait qu’on devait les seconder > les admirer et les respecter ; il a trouvé injuste toute opposition qu’on fesait à leurs entreprises, et plus injuste encore la sévéïité des lois qui

les a déclaré coupables, é "

21 contrjle tous les actes des gouver»

nemens étrangers comme s’il était chargé d’examiner leur conduite et de les juger. . . il ’ aime à les décrier aux yeux de leurs peuples et à exciter tous ceux qui sont reconnus coupables par les autorités locales à eroiro qu’ils ont eii lui uù àouticft puis-

(Si)

sant pour les soustraire à leur punition par ses déclamations et ses discours, ce quf veut dire : faites comme vous avez fait car vous avez bien fait. Il n’y a sortes d’événe- . ments publics ou particuliers , réligieux ou .civils, qui pourvu que l’autorité s’en mêle , ne doivent être assujetis au contrôle , à la censure , et le dirai-je , quelquefois même aux calomnies d’une opposition systématique.

, La policé, la justice, la politique étrangère, tout doit être passé en revue et assujetti un jury qui se charge de ne pas laisser en repos l’esprit social , auquel il demande tous les jours une espèce de compte à rendre ,

• sous le nom spécieux d’intérêt pour l’humanité; et après cela on prétend à la confiance du pouvoir monarchique, on espère et on exige même que l’autorité puisse confier à leurs mains les différentes branches du gouvernement ; cette autorité qu’on veut attaquer et forcer à être la plus faible ; cette

auionté dont on voudrait se débarrasser, celte autorité enfin qu’on voudrait faire mépriser, en la forçant à abdiquer ses droits en faveur des exigences extrêmes!

Le parti qui vous est opposé et qu’on appelé royaliste ne dit pas aux nations étrangères ; nous conseillons par ' nos principes quon vous ôte et que vous possédez ; il dit tout au plus : nous voulons que tous restiez tels que vous êtes , et qu’on ne fasse aucun changement à l’ordre actuel des choses ; ainsi ce parti n’alarme ni l’autorité ni les classes propriétaires et on peut l’appeler conservateur mais vous effrayez le pouvoir parce que vous voulez lui ôter un droit qu’il exerce ; vous effrayez les classses propriétaires parce ' que vous' voulez enlever ce que l’on possède et détruire ce qui est fondé; or il est plus naturel de se faire pour ennemis ceux que vous voulez dépouiller que ceux que l’on veut laisser tels qu’ils sont. Et bn 'effot

comment ?om placez-yous vis-à-vis l’Europe?

Nécessairement vous devez avoir contre vous par vos principes les chefs des monarchies , Ites hautes aristocraties propriétaires , les ministres et chefs des différentes branches du pouvoir exécutif , le clergé, etc. etc., et par vos excès , par l’amour des extrêmes tous les citoyens paisibles , tous ceux qui aiment l’ordre et la paix , toutes les classes qui vivent avee les anciennes habitudes , ceux qui sont accoutumés à respecter ce qui xiste et qui peuvent craindre de compromettre leurs biens et leur tranquillité. Qui avez-vous pour amis? Tous les mécoiitens , tous ceux qui ne possèdent rien , tous les ambitieux , un très petit nombre de fanatiques qui croyent se faire un grand nom en se déclarant les paladints des intérêts populaires. Examinons la force réelle de ces deux oppositions. La première

a le pouvoir existant ; pouvoir de droit ,

pouvoir de propriété, pouvoir d’ordre , pouvoirs qui n’ont pas besoin d’une nouvelle impulsion et qui ont pour soutien l’attitude

et la marche actuelle des sociétés. La se-

coude a pour elle l’opinion et le principe (ju il faut changer , pour se trouver mieux qu'on ne l'est ,* et quon ne l'a été ; mais cette force doit s’essayer , détruire et remplacer avant de marcher avec sûreté , et en s’essayant elle trouve sans doute la résistance de ce qui est ; résistance de fait qui si’oppose à ce qui pourrait être. Or, en supposant même qu’on dejt changer pour se trouver mieux , est-il sûr que le changement doit être tel qu’on le désire? Dans cette collision , le doute et la résistance rendent votre parti beaucoup plus faible que l’autre , et tout ce que vous obtenez de positif, est l’alarme dans laquelle vous jetez le pouvoir existant ; mais continuons nos remarques.

Si tout ce qu’on avance était vrai , si tout

ce qu’on a vonlu soutenir, défendre et protéger était digne d’être défendu et protégé; si la véritable cause de l’humanité et de la justice brillait dans les énergiques déclamations d’un parti , on pourrait y voir les avantages de la liberté de la presse qui ferait connaître les abus en révélant la vérité ; mais si la plupart des faits avancés n’étaient que faux ; si sans jamais se donner la peine de savoir avec exactitude les circonstances qui ont accompagné l’événement qu’on veut défendre , ou attaquer , ni la cause qui l'a produit , on se livre à des diatribes , à des accusations injustes , fondées sur des assertious fausses et erronées, quelle force morale peut-on obtenir par de pareils moyens, et comment espérer un résultat utile et avantageux pour le parti populaire qu’on veut tromper ? Je sais que l’on compte beaucoup sur une première impression , je sais que l’on calcule l’cfifet

d’une prévciUîon , et d’un premier mouvement pour détruire celui de la vérité ; je sais que le principal objet du système de l’opposition extrême est de produire un sentiment d’indignation dans la masse qui ne se donne jamais la peine de découvrir la véritable cause; de celte masse que l’on suppose toujours disposée à trouver quelque chose de mauvais dans les actes du pouvoir suprême ; mais je sais aussi que pour frapper l’imagination du public , on n’a qu’à lui présenter les faits contraires à tout ce qu’on a voulu lui faire croire; car la réalité persuade I)caucoup mieux la multitude que le raisonnement.

N 'a-t-on pas assuré dans ces derniers tems qu’un misérable voleur , un homme couvert de crimes , qui avait été amnistié deux fois et arrêté ensuite comme coupable de délits communs, avait été pendu , pendant qu’il vivait et qu’il vit encore ! N’a-t-on pas dé-«

signé le jour de sa mort ét forgé une condamnation pour faire croire à toute l’Europe que Vexcellent Gallotti était une victime du pouvoir napolitain, qu’il avait été mené au supplice sans procès et seulement pour affaire d’opinion ( car c’était ainsi qu’on appelait sa complicité à une conjuration qui était au moment d’avoir son effet ) ; et tout cela pour avoir un prétexte de crier contre

le ministère français , qui avait permis Y extradition de cet honnête homme qui après avoir volé, assassiné, conjuré, s’était réfugié en Corse , et pour cri er contre le ministère napolitain qui avait attenté aux jours de M.

Gallotti , sans jamais se donner la peine de connaître ni la vérité des faits , ni ce qui regardait les individus que l’on voulait défendre ! Il suffit que quelques misérables sans honneur ni probité ayent obtenu la palme de l’insurrection , ou celle d’une opposition quelconque au pouvoir, pour qu’ils

soit i)rls sous le patronage d’un parti extrême. Est-ce là le moyen d’obtenir la con- .sidcralion et la confiance de la partie sain^ et éclairée de l’Europe ? non certainement, et pourtant c’est par de pareils moyens que l’on \eut faire des prosélites î

iS’est-ee pas dans cette occasion qu’on voulut attaquer , par d’absurdes personnalités le représentant d’une tête couronnée , une j)ersonne revêtue d’un caractère public qui remj)Iissait les devoirs de sa charge en exécutant les ordres de s«n gouvernement? Cette attaque faite à un ambassadeur ne dut-elle JUS alarmer les cabinets étrangers qui doivent s’attendre à voir leurs représentans en France exposés aux hostilités d’une classe de gens qui ne respectant ni la dignité , ni le caractère diplomatique se permettent toutes sortes d’injures pour se venger de ceux qui , attachés aux Rois légitimes, montrent un vrai zèle pour leur service et celui

de l’Etat î Ah si l’on voulait payer de la même monnaie , et se servir de la loi de représailles , quel tableau effrayant ne pourrait-on représenter , où on y reconnaîtrait tous ces individus à grandes phrases ( qui prononcent toujours les mots de juslice et de liberté ) , tantôt comme l'épublicains acharnés , persécuteurs intolérans , réclamant de l’étranger les victimes qui leur ont échappé ; tantôt séides du despotisme qui savait les faire taire » et qui maintenant les met dans Ü incertitude de le louer ou de le blâmer!! Leur langage prouve quelque fois qu’ils n’ont pas encore perdu les habitudes contractées par une éducation peu monarchique.

Qu’on fasse bien’ attention ; toutes les fois qu’on dénonce quelqu’un pour insubordination , pour délit contre la religion, ou contre les autorités civiles , toutes les fois qu’on arrête le cours des intrigues pour quelques sourdes insurections, on s’écrie : Qui 'sait si

cela est vrai ; qui sait si ce ne sont pas des calomnies forgées par les îuinisfres? Le doute en pareil cas est eti faveur du criminel ; très bien ; mais si cYtait un prêtre , un employé , un gentilhomme qui se montrant sensible à quelque bienfait du Roi > se prononçât pour défendre les droits de la couronne; oh ! alors celui qui prendrait la défense du prêtre , du gentilhomme , de l’employé serait un homme suspect , un homme dévoué au pouvoir, un ennemi de la nation !

Cette passion de décrier tout ce qui n’est pas libéral, très libéral à la manière que le parti l’entend, s’étend aussi aux gens de lettres ; ils sont -jugés sévèrement , ils sont attaqués , maltraités s’ils ne sont pas les apologistes d’un parti de la révolution, s’ils ne sont pas enthousiastes de la licence de la presse , et s’ils ne se montrent dans leurs écrits les ennemis du pouvoir; en

un mot il faut faire ses preuves d& libéralisme outré pour mériter les éloges du parti des extrêmes. Le génie doit avoir la couleur démocratique pour être reconnu , et ceux qui proclament l’indépendance, ne la veulent accorder pas même au talent, qui cesse d’être sublime, lorsqu’il cesse d’être libre. On dit toujours qu’on respecte la personne du Roi ; mais la personne du Roi , comme Roi ne consiste que dans son pouvoir ; si on veut le contraindre et l’affaiblir , alors au lieu de respecter le Roi on ne songe qu’à le forcer à être le complaisant d’un parti. La distinction que l’on fait souvent entre les ministres et le Roi, très essentielle dans l’exercice des différentes branches du pouvoir, n’existe pas dans le principe que l’on veut attaquer à chaque instant , protestant toujours qu’on n’attaque que les ministres.

Parlons clairement : à quoi mène l’exageration , à quoi mène l’amour des extrêmes?

J1 ne mène certainement pas à l’objet que you» vous proposez, et voilà quel est ma manière de voir. Vous désirez qu’il y eut dans l’Europe une masse de résistance contre le pouvoir monarchique. Vous croyez que les principaux obstacles qui vous empêchent de réussir sont la réligion , et surtout la catholique, la polipe , et l'éducation publique si elle n’est dirigée vers le but que vous vouiez atteindre. Delà vos attaques contre les prêtres, contre tout ce qui est réligieux, prêchant pour de la réligion une mqrale politique et civile qui ne doit avoir d’autre concience que celle de l’indépendance et de l’humanité envers les êtres qui nourrissent vos mêmes principes ; delà votre inimitié permanente contre tout ce qui tend à réprimer le désordre , à conserver la tranquilité publique , en un mot contre cette tutèle de. surveillance à laquelle le pouvoir assujetit les individus des différentes classes de la société -

dès qu’ils deviennent suspects; de là enfin cet amour passionné de donner un libie cours à l’éducation publique, et l’arracher à toute “influence des autorités ou civiles ou ecclésiastiques ; car c’est par le moyen de l’éducatîoh libérale qu’on espère obtenir cet ensemble de force nationale, qui doit contrôler et diriger le pouvoir monarchique au lieu de le respecter et de lui obéir ; cette force qui doit innover, changer, servir de digue ou abattre l’unité du pouvoir , et occuper par droit de conquête la place de tout ce qui a existé en droit, et en exercice jusqu’à ce moment. Pour parvenir à ce but , on est toujours en sentinelle pour prendre une note exacte de tout ce qui peut donner sujet à des déclamations et à des accusations ; et certes rien n’est plus facile que de relever par fois des abus; car tout ce qui est administré et exercé par les hommes est sujet aux erreurs , aux fautes , quelquefois

au travers des passions! Le tout est de voir de quel coté il y en a plus ou moins, et de quel côté il y a plus de garanties pour l’ordre et le bonheur de la société.

Disons le franchement ; depuis quelques tems on s’est placé dans un état de guerre permanente contre la réligion et le pouvoir.

Des choses on passe aux personnes, et on peut dire que l’amour des extrêmes met l’Europe dans un état d’accusation et de jugement porté par le parti qui n’aime pas les sociétés telles quelles sont , et qui croit que dans ce bas monde on ne peut faire rien de mieux que de choisir ce parti qui se croit l’organe du siècle éclairé pour lui conlier le sceptre des affaires.

Analysons maintenant si l’on peut espérer de tout cela un résultat probable qui réponde au but qu’on se propose.

Supposons qu’on ait réussi à inspirer une indifférence parfaite pour la réligion , qu’on

ait réussi à faire mépriser les prêtres et haïr les réligieux ; qu’on ait obtenu la réaction aux mésures de la police; qu’on ait donné aux masses des principes d’indépendance ; qu’on ait formé enfin une force d’opposition extrême. Eh bien! peut-on alors diriger avec prudenceet en faveur des apôtres qui l’ont organisée cette réaction tumultueuse qui saurai» abattre sans rien U. a blir, qui saurait s’opposer, mais non conduire, qui ne sa\irait échanger une théorie contre une sage araiiquej, nin; marche incertaine contre une iua relie régulière ; qui ne saurait donner des garanlic'j ni in.'pirer la confiance; qui voudr.i su placer partout sans attendre qu’on l’y place ; qui abjurerait les principes qui l’onc fait agir en faveur de son intérêt particulier ; <|ui changerait en un mot un pouvoir sans bor^ nés et illégal , contre un autre borne et légal. Ici on me dira que j’exagère moi-meme; moi qui accuse le? autres d’exagération ; on me

(4til - ,

dira que c'ost un langage d’a/^rd ^ que «ârsont là les phrases du limalisine et de ' l’absolutisme, et que l’opposition ne veiît*^' ([UC dévoiler les abus du pouvoir , relèvei*’'' l’incapacilé des ministres, assurer ainsi libertés publiques, et protéger, lorsque Toc- ' casion s'en présente , les malheureuses vi<r--‘l limes de l’arbitraire. Mais quand est-ce que l’opposition extrême s’est bornée à signaler les véritables abus! Quand est-ce qu'eüte at - ’ été ( ontenlc d’un ministère quelconque r (juand a-t-elle été l’amie des mesures sages et modérées , et dans quelle circonslance a-t-elle songé que dans les nation»' comme dans la natui’e tout doit marcher par ordre et par degré , et que la sagesse est l’amie du te nas , puisque sa mission a été celle de crier sur tout et contre tout ce qur n’est pas 1res populaire, et d’exciter les autres nations à se joindre à sa manière de penser el d’agir!

l’Alliôrnagnü, le Porlugal , la Grèce, lesJrtdes, toute la terre est soumise à la censure libérale. La plupart des nations étrangères -sont appelées malheureuses parce qu’elles pe vivent pas sous un gouvernement représentatif. Les ministres des autres pays sont dénoncés ou comme incapables de gouverner, ou comme des agens du despolis-' me, parcequ’ils ne prêchent pas la liberté de la presse et les autres dogmes; tous les rois et les princes sont qui plus qui moins ennemis de leurs sujets, parce qu’ib sont absolus; les prêtres sont les colporteurs dçs conciences de leurs concitoyens ; la cour de Rome l’ennemie des libertés publiques (sans lui tenir même compte de ce qu’elle est l’asile de tous les irrdividus persécutés et de toutes les notabilités révolutionnaires ; j les évêques sont dangereux et coupables parce qu’ils ^ veulent se mêler de l’instruction publique; enfin il n’y a d’honnêtes gens que ceux qui

font (le l’opposition au gouvernement, et qui sont en hostilit(3 permanente avec les monar» chies absolues.

Examinons sans préventions et sans l’amour (les extrêmes, examinons si les peuples dans quelques pays étrangers sont réellement aussi à plaindre qu’on veut nous le faire croire. Jettons un regard sur l’Italie ; car il est (le la plus grande importance de rectifier les idées tju’on veut donner de ce pays, comme de tant d’autres.

Personne ne peut certainement nier que le royaume de Naples, après la restauration de la famille des Bourbons, ne jouissait d’une ' tranquillité , d’une aisance, d’une prospérité ({ui pouvaient servir de modèle à tous les autres états. Crédit public, confiance dans le gouvernement, liberté individuelle, respect des propriétés, fusion complète de tous les partis, et générosité extrême dans les principes du gouvernement pour tout ce qu’il rc-

gardait avec sagesse, comme 1 effet de la transition des deux différentes époques. On avait payé en moins de cinq ans les obligations contractées au congrès de Vienne ; on avait encouragé et multiplié tous les moyens d’instruction publique ; enfin dès l’année mil* huit cent quinze jusqu’en mil huit cent vingt, le royaume de Naples touchait au pivot du bonheur social. La liberté d’agir était si grande dans ce tems là, que l’on conjurait , l’on peut dire, publiquement et dans tous les lieux par un langage qui encourageait l’insubordination , sans que jamais le gouvernement, quoique averti, eût voulu user des mesures de rigueur ; mais alors quelle fut la récompense de cette liberté qu’on laissait à la nation?... Qui troubla ie bonheur dont on jouissait ? Qui attira une armée étrangère dans le royaume ? Qui fit disparaître l’aisance et la prospérité publique, et réduisit le royaume à la nécessité

(le contracter une dette énorme, qui san»^ les lumières d’un ministre habile, aurait coi»promis pour long-tems la marche et le bienêtre de ce pays , si ce n’est la révolution de de l’année 1 8 a o , improvisée sans cause ni pourquoi , et sans autre résultat que celui de détruire le bien qui existait, sans pouvoir ni savoir le remplacer? Mais les journaux et le parti des extrêmes prêchaient toujours le mécontentement là où il n’y avait aucun motif de l’exciter ; il fallait toujours faire la guerre aux restaurations , et voilà le principal but des factieux devenus passionnés pour l’extrême liberté!

' Pourtant quoique ce pays ait souffert des conséquences malheureuses de cette triste époque, quel est l’étranger de bonne foi qui pourrait dire qu’on ne jouit pas dans le royaume de Naples et de Sicile de toutes les garanties sociales qu’on doit espérer dans un gouvernenement sage? Celte police qu’on veut repré-

senter comme une fantasmagorie effrayaijitç dans toute ritalie, trouble-t-cllç un instant à Naples la liberté d’un individu paisible dç quelque parti qu’il soit? Cherche-t-on |amai$ . à s’informer des opinions particulières dç chacun ? Est-on moins hospitalier pour un homme de l’opposition que pour un autre ? Quel est le voyageur qui pourrait dire qu’à la frontière du royaume de Naples on lui a pris les livres qu’il portait , ou visité ses papiers ? Et cependant on veut faire croire à l’Europe tout le contraire de ce qui est.

Depuis dix ans les journaux et le parti des extrêmes n’ont loué et n’ont protégé que ceux qui sous les auspices des mécontens # des factieux , des voleurs ont tâché d’organiser une insurrection : et Les correspondant ces particulières n’ont fourni d’autre matière pour exercer l’éloquence passionnée du libéralisme extrême, que la défense d’un par- ' ti qui doit nécessairemeat alarmer les gou-

Verncmens et faire craindre pour l’ordre et le repos publics. Après cela on prétend persuader que c’est exclusivement dans ce parti que se trouvent les véritables organes du

siècle. Dans toutes ces correspondarjces particulières qui servent d'autorilè officielle à certains journaux, a-t-on jamais entendu faire l’éloge des mesures j)rises par le gouverne- 'ment napolitain pour réhausser le crédit publie, pour garantir la sûreté et la tranquillité de la nation au point de n’avoir plus besoin de troupes étrangères ? Les a-t-on jamais ‘VU rendre justice aux encouragemens donnés à l’instruction publique , au commerce , aux arts , et louer les princes, les individus les plus remarquables et le Monarque ? Et cependant le Roi de Naples est un des souverains les plus distingués par ses connaissances

■ étendues, par son esprit et ses vertus,

■ ' Que diraient les libéraux s’ils savaient

- que le roi de Naples dans son conseil privé

lâche toujours de prendre la défense descout pables dans l’espoir de les trouver moins criminels ; que c’est lui le premier qui s’oppose à tout ce qui peut être regardé comme uu acte arbitraire, qu’il n’émane jamais un décret qui regarde les intérêts de ses sujets s’il n’est entièrement persuadé qu’il peut par là contribuer au bonheur public ou à celui des particuliers. Le feu chevalier de Médici que j’ai eu l’bonneür de connaître parlant du conseil du Roi de Naples disait ; Nos conseils sont longs parce quon peut les regarder comme des séances judiciaires où le Roi est l'avocat général de ses sujets » Les vertus privées de ce prince sont connues de tout le monde; il est le plus tendre des pères; le meilleur des époux; son cœur est toujours sensible à la voix de l’indigence; et son bonheur est de faire celui de ses sujets. Les étrangars qui ont eu l’honneur de le connaître ont apprécié son esprit et ses connaissances; il n’y a pas de branche

Digilized by Cooglc

<le science pliysique ou morale dana laqueller il ne soit versé! Et cependant le parti des ex l ré mes ignore tout cela , et s’il le savait il se garderait bien d’en faire part au public.

L’Etat Romain, asile de toutes les grandes infortunes, centre de toutes les tolérancesreligieuses et politiques, est toujours la pierre de touche des attaques libérales , et pourtant je doute qu’il existe nulle part autant de liberté de fait que dans la ville de Rome, iians disconvenir de quelques abus et de certains inconvéniens que l’on remarque dans quelques villes du Saint-Siège » si on y réfléchit attentivement, ces abus et ces inconvéniens sont produits par le peu d’énergie et de force de l’administration locale Là où l’action est faible et incertaine , là où elle laisse une indépendance de fait qu’on peut appeler une anarchie organisée, on éprouvera toujours les eflets de l’insubordination sociale qui » ne pouvant être vaincue par la nature

de certains gouyernemens, est par fois comprimée par la force qui est un remède momentané et inefficace. Mais cela prouverait

aux libéraux qu’un état où il y a à craindre

l’influence de l’action populaire ne peut jamais garaqtir ni la prospérité, ni la tranquillité publique et tout ce qu’on observe dans quelque partie de l’État romain , vient à l’appui de cette vérité.

Cependant pour seconder les vœux des apologistes des lumières du siècle, il est bien de savoir que les journaux étrangers , les institutions , les collèges sont très communs dans les petites comme dans les grandes villes de l’État du St. Père, sans parier de tout ce qu’encourage le génie , et développe les talens.

La Toscane est certainement le pays qui quoique absolu force le parti des extrêmes à une neutralité d’attaques et même quelquefois aux éloges qu’on accorde au gouver-

l’indépendance. 11 est très peu de pays, j’ose dire en Europe , où l’on puisse exprimer sa pensée avec autant de liberté que dans les Etats Lombarde Vénitiens ; chacun y mène une vie de fantaisie,' sans craindre d’aucune manière l’action du pouvoir. Que diraient ceux qui aiment à faire croire aux abus de l’autorité dans tous les états mentionnés , s’ils apprenaient que la moindre faute d’un fonctionnaire public , qui regarde l’honneur et la délicatesse dans l’exercice de ses fonctions est punie sévèrement par l’autorité suprême , qui tâche toujours d’éviter tout arbitraire dans ses actes! Et cependant ce sont des faits positifs , que personne ne peut nier , pour peu qu’on sait resté quelque tems dans ce pays. Les gens qu’on croit les plus mécontens , ceux qui ont le plus à se plaindre des actes du gouvernement , avoüent sans hésiter que jamais il n’y a eu d’exemple

<l*une mesure arbitraire prise par les ageosr du pouFoir , j>ar ordre du chef de T£tat. , 11 D y a pas de résolution ou de jugement qui regarde les particuliers ou les intérêts publics qui ne soyent discutés dans les difféf rentes chancelleries et par les dilFérens membres des conseils , indépendans de toute in** fluence de l’autorité suprême.

Qu’on jette après cela un coup d’œil sur la vie politique des dilFérents peuples assujettis à ce gouvernement absolu autrichien que le parti des extrêmes nous présente comme la tête de Méduse , et on se convaincra aisément que la tranquillité, l’aisance et le bonheur social sont leur partage. Pourquoi donc mettre toujours un esprit de prévention qui dénature la véritable physionomie de ce qui est ? Croit-on persuader ainsi aux masses que pour être heureux il faut changer l’état actuel où l’on se trouve bien, pour un système qu’on voudrait rendre uniforme dans toute

l’Europe, sai.s iouger que pour y parvenir il faudrait une réaction qui sera toujours assez forte pour conserver sa place.

Une révolution totale n’est plus compatible arec l’état actuel de l’Europe; celle de France fut le réveil du siècle et ou peut l’appeler la métempsycose de l'ancien ordre social; ainsi c’est justement parce qu’on a fait des révolutious, parce qu’on en a essayé , qu’elles sont devenues des moyens usés et sans effet. On les connaît , on les devine, on s’en effraye, on sait les conjurer , et les peuples vieillis dans cette carrière orageuse trouvent de tels moyens très chanceux et très incertains pour y placer la confiance de leur état social, et risquer leur bien-être civil et politique. Ajoutez qu’il n’y a plus en Europe, si on excepte les Russes, une nation entière qui puisse devenir fanatique; le fanatisme s’est énervé avec la réalité, avec la multiplicité des besoins, ou si vous voulez avec la civilisa lion , etsansfana-

tismeil n’y a point de succès dans les moyens violens. L’intérêt personnel est le catéchisme des peuples actuels; la nouvelle organisation des sociétés, le partage des propriétés , l’induslrieet le travail, les lettres et les sciences assurent aux peuples une aisance générale, leur montrent par le fait qu’ils ont beaucoup à perdre et peu à gagner par un chanr gement quelconque , tandis qu’auparavant les classes paralisces de la. société trouvaient dans le désordre beaucoup à gagner et peu à perdre. Voilà le mot de l’énigme.

Que ceux qui disent qu’on ne comprend pas le siècle , me permettent de croire que ce sont eux-mêmes qui ne le comprennent pas ; car ce libéralisme ( pour me servir de l’expression qui leur est chère! ) qui s’accorde avec le culte et la monarchie légitime est maintenant dans l’esprit de tout le monde^en commençant par les princes jusqu aux derniers bourgeois : de l’esprit il passe dans les

mœurs, et des mœurs dans les babitudes;mais Teut-on saToir pourquoi il ne se montre pas Vrai, pur et universel? parce que l’opposition, parce que l’amour des extrêmes voudrait le forcer à devenir extrême ; parce que l’opposition voudrait qu’il agît contre tout ce qu’il doit respecter ; parce que l’opposition voudrait qu’il fût en révolte contre l'ancien, tandis qu’il n’en est qu’une modification ; parce que l’amour des extrêmes voudrait qu’il fût la terreur de tous les pouvoirs, tandis qu’il doit les seconder, les appuyer et les respecter ; on voudrait qu’il détruisît au lieu de consolider, qu’il fut un instrument pour servir les passions , tandis qu’il n’est que l’expression des progrès graduels de l’esprit humain, la physionomie de notre siècle; comme la féodalité l’était du douzième et treizième , la chevalerie du quatorzième et quinzième , la réforme et les guerres de religion du seizième , les conquêtes du dix-

septième et du dix-huitième » les lettres et la philosophie bonne et mauvaise du dixhuitième

Cette dernière période où nous vivons a été préparée insensiblement par la réforme, l’imprimerie, le commerce, les voya- , ges, l’industrie, les lettres, elle a éclaté avec une secousse violente, et maintenant que tous ces symptômes se sont calmés , il faut laisser agir cette force morale qui dans les monarchies absolues comme dans les gouvernemens ^ représentatifs a son influence, sa marche, et son but.

La grande faute est de croire que cette physionomie du siècle actuel n’est que l’expression de la partie démocratique delà société, pendant quelle est aussi monarchique que celle de tout autre époque,mais les ressorts des monarchies actuelles ne sont pas ceux des tems passés, et voilà la seule différence. J ’appelerai donc mauvais traducteurs et faux interprètes duvérita-

bleesprit du siècle ceux qui donnent à celle civilisalion l’expression el le sens d'un parti pour combattre ce pouvoir légitime et nécéssaire où elle exercerait l’influence la plus bienfaisante , si on ne s’eflorçait de la lui opposer comme ennemie. Or qui dans ce cas là veut opérer la contre révolution, si ce n’est le parti des extrêmes, car c’est lui qui veut entraver la marche lente mais sage et tran^ quille de l’attitude morale des tems où nous vivons ; c’est lui qui veut faire déborder et répandre cette marche sans direction ni bornes, la rendant ainsi dévastatrice au lieu delà rendre utile et conservatrice, etla faisant vieillir et radoter ds sa naissance et sa jeunesse. A commencer par les rois absolus ; ne sont-ils déjà accoutumés à vivre au milieu d’un mouvement social qui ressemble à celui d’un gouvernement représentatif soit par les habitudes , soit par la manière d’envisager et d’évaluer les hommes et les choses, soit par

les dépenses énormes nécéssaires à Torga-* uisation des états actuels, soit enlin par une espèce de besoin de consulter l’opinion publique et delà seconder; tendance morale qui certainement n’était pas celle des siècles passés?

Les princes aiment les lettres mais ils ne peuvent pas protéger cette littérature qui se révolté contre leurs droits. Ils aiment è reconnaître le mérite dans toutes les classes de la société mais ils ne peuvent pas avoir de prédilection pour les personnes qui croyent se rendre indispensables et abuser des nouvelles garanties que le gouvernement leur accorde. Les princes et le" gouvernement aiment à encourager Tinstruction publique, l’in dustrie, le commerce, mais ce n’est pas pour en obtenir comme résultat un esprit d’insurrection ennemi de l’état. On est certainement persuadé des avantages de la tolérance mais on ne peut pas se persuader qu’ils sont fondés sur le mépris de la religion catholique,’

et sur radmiratîon derincrcduUté. En unmot la véritable devise du siècle présent , c’est modération et mesure en tout ; modération et mesure qui s’oppose au désir des extrêmes si nuisible à ce médium , expression caractéristique de l'époque où nous vivons.

Deux attaques que le parti des extrêmes fait encore au njinistère sont, la condescendance pour le choix du nouveau roi de la Grèce » et la guerre d’Alger,

Les principales raisons contre le choix de S,‘ A, le prince de Cobourg sont : » primo parce P qu’on devait consulter les Grecs, et même » les appellera se choisir un roi; seconda parce » que le choix est tombé sur un prince dévoué » à l’Angleterre , de sorte qu’il n’y aura que » l’Angleterre qui dictera des lois à la nouveL le Grèce.»

Pour répondre au premier raisonnement OH n’a qu’à consulter les faits, et se demander si les Grecs à eux seuls auraieul:

pu se rendre indépendans , et s’ils ont ub véritable droit à s’organiser eux , qui par leurs propres forces n’auraient jamais réussi à se soustraire à la domination de la Porte, et par leurs dissentions n’auraient jamais pu parvenir à se donner un gouvernement.

Ils ont montré un courage héroïque ; la nation a fait de grands sacrifices, des actions éclatantes ; mais sans la Russie la France et l’Angleterre , huit ans de guerre n’auraient produit d’autre résultat que celui de donner . des sujets aux poètes pour quelque belle tragédie , et à ajouter quelques pages à l’his-' toire. La Morée aussi aurait été plus turque que jamais, et le dernier acte de ce grand drame touchait déjà i sa fin après l’arrivée d’Ibrahim-Pacha dans le Péloponèse. Ainsi les troupes françaises à Napoli et à Patras, et le général Dièbitch à Andrinople , ont donné auxGrccs leur nouvelle condition sociale, à laquelle a consenti l’Angleterre , qui malgré

ou bon gré s* est vue forcée de soutenir le nouvel état. D’après cela je crois qu’on doit accorv der aux puissances signataires du traité du 6 juillet le droit de donner aux Grecs qu’ils ont délivrés, le prince qui pourrait leur convenir.

Mais lorsqu’on parle de l’influence que peut avoir l’Angleterre pour le choix du prince de Cobourg , croit-on que pour établir et étendre son pouvoir et son influence maritime dans une partie qnêlconque de la terre elle a besoin d’un prince dévoué à ses intérêts? ^’a-t-elle pas pour elle le droit du plus fort dans le cas où elle voudrait et pourrait l’exercer sans le consentement des autres puissances ? Quels sont les avantages que l’Angleterre tirerait exclusivement de ^'installation du prince de Cobourg sur le trône de la Grèce? Un traité de commerce plus favorable qu’aucun de ceux que pourrait faire une autre puissance ; mais par son influence maritime et par son voisinage

des îles lonnicnaes ne pourrait-ell6 obte»

nir les mômes avantages ayec tout autre pria ce ou magistrat qai gouvernerait la Çrtèce ?' Y avait-il en Portugal des souverains qui dépendaient du gouvernement Britannique, lorsque le cabinet de St-James a stipulé avec ce pays les traités les plus avantageux poutf son commerce et son influence? Croira-t-ou (car il y a de ces gens qui croyent deviner des projets gigantesques, et quine voyent que de grandes manœuvres politiques , là où il n*y a que la marche simple et régulière des affaires) que l’Angleterre voudra un jour s’emparer de la Grèce pour empêcher, comme le pensent les politiques soupçonneux , Ou les soi-disants prévoyans, l’agrandissement et l’influence de la Russie , se rendant tout-à-fait maîtresse de cette partie du Levant afin de paralyser les progrès de la puissance des Oiars?

Elle a pris Malte, dit^on, eteomment? Elle a pris les îles Ioniennes, après que les Frau*

çtiîs s'y étaient établis ; mais cju'on pense ïju’alors l’Angleterre était l’ennemie déclarée de la France , et que maintenant si elle l’était par principe, elle ne pourrait pas l’être par le fait, puisque l’Europe se trouve dans Un état de solidarité politique qui prescrit à chaque grande puissance les bornes de ses prétentions.

Des événemens tels qu’on les suppose si l’on réfléchit bien, ne peuvent plus appartenir à notre siècle. Les conquêtes détruiraient la marche qu’on s’est prescrite , et qu’on est forcé de suivre à cause de l’attitude morale des

masses , et de l’unité de l’action des gouvei> nemens. 11 faut attendre que d’autres combinaisons poli tiquc'S puissent présenter de nouvelles transitions pour pouvoir, sans brusquer les événemens , placer les puissances dans l’état de profiter des gran-ds avantages amenés naturellement par la force des choses.

C’est par la meme raison que la France

n’aurait pu ni s’établir en Grèce, ni en tirer pour le moment d’autre profit de sa bienfaisante protection que la gloire d’avoir brisé les fers d’un ancien peuple.

Toute autre considération qui pourrait regarder la Grèce n’étant pas de mon sujet , je me bornerai à ce que je viens de dire. Mais je suis persuadé que si le prince de Cobourg renonce au trône de la Grèce , comme il paraît probable » le parti des extrêmes s’en prendra aussi aux ministres , et les accusera de la même manière comme lorsque le prince avait accepté.

Son choix et son refus seront également sujet de plainte , et S. A. S. qui n’était pas agréé par ce parti , comme souverain des .

Ilellenes , sera probablement regretté , dès qu^il aura cessé de l’être.

Quant à la guerre d’Alger , tant que- le ministère ne songeait à la faire , l’opposition criait qu’on laissait insulter la

nation française sans en tirer vengeance ; et maintenant que tout est prêt pour punir le Dey de sa folle obstination et de son insolence, elle crie qu’on n’a pas le droit de faire la guerre , disant pour toute raison que ce prince très poli , un instant après son petit mouvement passionc a été bien fâché (tavoir donné un coup (Tévantail. Ce n’est pas la seule inconsé'quence de la manière de raisonner du parti extème pour décrier les actes d’un ministère quelconque. On parle del’avenir, on met en avant des projets , on soulève des questions bien délicates, et l’on s’efforce ainsi de créer des obstacles et d’exciter des soupçons dans les cabinets étrangers, au lieu de braver tout ce qui pourrait paraliser les suites d’un beu-? reux résultat. 11 y aurait de l’orgueil national à faire connaître dans cette occasion qu’une puissance comme la France doit à sa dignité de ne pas se prescrire d’avance les doutes , les craintes et les restrictions c|u’on

veut faire naître , en conséquence des événe* mens politiques.

Pour l’affaire d’Alger, je trouve que toute la question se résume dans celte idée: » le succès »ne peut être douteux, les nouvelles tran-.

üsactions, fruits de ces succès , doivent né* » cessairement, dans l’état actuel de l’Europe, » être extrêmement avantageux à l’humanité »et aux intérêts des cabinets;» ajoutez à cela que tout événement qui donne occasion d’exercer et d’agrandir la marine française , est d’un avantage incalculable pour sa force, sa considération et ses intérêts.

Il n’est pour la France que la marine an* glaise , qui par sa supériorité numérique l’oblige à avoir des considérations pour son commerce et pour les intérêts de toutes ses villes maritimes. Une fois qu’on pourrait ‘établir l’équilibre entre ces deux forces maritimes , la politique française serait moins entravée. Improviser maintenant sur ce qui

pourrait avoir lieu avec le lems, c’est contrarier plutôt que seconder le but qu’on drait atteindre , et l’objet qu’on se propose.

Un des grands ineonvéniens du bavardage politique de nos tems, c’est qu’à force de tout dire , de tout soupçonner , de tout dévoiler on met les cabinets dans l’impossibilité d’agir avec prudence, pour assurer un heureux résultat à leuis combinaisons.

C’est un grand malheur de ne pouvoir ni garder un secret , ni être à l’abri de toutes les dénonciations possibles , pour des projets supposés ou des fautes souvent imaginaires. ‘ Si cette liberté de tout dire et de tout annoncer donne parfois quelques avantages , il faut avouer que dans bien de circonstances elle contrarie , arrête le cours des affaires et détruit même l’issue des plus sages combinaîsoiis.

Se bâter est la dévise des passions, attendre est celle de la sagesse. Celui qui veut un

. ;■ - ■ \ Xj8:)’ •... .

heureux résultat doit s’en téuîr à la seconde rexpérîence le conseille , la raison le veut , le véritable intérêt des peuples et des gou> rernements l’exige et le prescrit.

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