‹ Du parti à prendre envers l'Espagne :Chapitre 5 sur 6 · ENVERS I/ESPAGNE · texte numérisé non relu

ENVERS I/ESPAGNE

mêle (le la part de la France , tout peut être repare. Les influences, qui nous ont combattus pied à pied , peuvent être prises au dépourvu , et une fois quelque grand acte de la volonté royale placé sous la garantie de nos armes , personne en Europe ne songerait à attaquer ouvertement notre ouvrage. Il serait trop tard pour l’ébranler même par des efforts couverts, La Camarilla n’oflrirait qu’un inutile réfuge aux prétentions ennemies, et on se garderait de les poursuivre dans cet asile. Nous pensons qu’on n’aurait même pas ce péril à craindre ; il dépendrait du cabinet des Tuileries de désarmer les rivalités les plus actives , les plus fumistes oppositions. Le ministère aurait pu y mettre depuis long-temps un ferme.

Ici notre cadre s’agrandit encore , il va embrasser le Nord et l’Occident. Au temps où nous sommes tout se tient dans le monde politique ; on ne peut discuter les intérêts d’un village sans atteindre bientôt aux deux bouts de l’univers.

L’Angleterre et la Russie se disputent depuis dix ans la conquête du cabinet espagnol : toutes deux y ont exercé de l’empire , un empire inégal , mais , disons-le, toujours désastreux. Dans ces derniers temps , l’une et l’autre se sont élancées sur le théâtre de nos victoires, pour s’emparer d’un champ de bataille où elles avaient eu le soin de ne pas descendre durant le combat. Au lieu de nous engager dans ces lices nouvelles , pourquoi n’avons-

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DU PARTf A. PHENORE

. nous pas li'ansportiHe litige loin de Madrid où il n’était pas, à Saint-Pc'tersbourg et à Londres où il était tout entier ? Si la lutte se prolonge , il est temps encore de la déplacer , et nous la verrons bientôt conclue.

Autant qu’il est permis de le juger dans une sphère qui n’est pas celle du pouvoir, qui n’a point toutes ses données, nous aurons meilleur marché delà Russie que de l’Angleterre, l’Angleterre qui potirtant ne devrait avoir d’autres intérêts, d’autres alliances, d’autres vœux que les nôtres. Elle est aujourd’hui sur la défensive dans le inonde entier, et la politique que nous avons embrassée ne lui a que trop permis de nous redouter comme des assaillans de plus. Elle défend dans la Péninsule contre les sou-' venirs du pacte de famille le dernier pied qu’elle ait en Europe. Elle y défend surtout cette Amérique • dont elle se sent l’avant-garde , sur laquelle vont se placer toutes celles de ses espérances que le continent a trahies. Les deux républiques anglaises, pour parler comme M. Canning , sc sont rencontrées au milieu de l'Atlantique dans ce mouvement de progrès qui pousse les Etats-Unis v-ers nous, et de 1*0 traite qui entraîne la Grande-Bretagne loin ' de' nos riv ages. Toutes deux combattent' pour l’indépendance des colonies américaines, l’une parce que là sont ses affections et ses alliances, l’autre , parce que là seront ses débouchés et ses comptoirs. L’Angleterre craint que l’Espagne ne se re—

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lève et nVtemle im bras, rctloulable encore tout allaibli qu’il puisse être, sur les provinces d’outremer. Elle tremble surtout de nous voir séparer notre cause de la sienne une seconde fois , et tra verser l’Occan pour aller donnei un autie lie— misplière ce règne de Ferdinand que nos armes ont rendu :i la Péninsule. Les obstacles qu’elle ojjpose n l’accomplissement de tous les desseins utiles ne sont autre chose que des mesures de défense. Elle couvre le sol castillan de ruines , ainsi qu’eu fuyant des barbares sèment la terre de débris pour arrêter la marche des forces ennemies.

Il serait plus malaisé de dire quel intérêt pourrait avoir la Russie à entretenir la désolation dans le royaume catholique. Si on la considéré comme placée à la tête d’un système d’intérêts et de doctrines qui demande l’envahissement de l’ Amérique, on trouvera bien que les développemens d’une restauration iuHexible ont pu lui sourke comme les symptômes d’une réaction destinée .à peser siales Deux-Mondes. Mais maintenant le but est dépassé. 11 est trop manifeste que l’Espagne n’est pas sur la route d’enfanlei? ni des Colomb , ni des Cortex. Elle aura tout au plus des Almagre ou îles Pixarre , et les gardera pour elle-mêinc. Ce spectacle ne peut qu’affliger le cabinet de Petersbonrg dans ses prédilections pour les systèmes autocratiques. L’Espagne n’a jamais si bien servi la cause de la monarchie constitutiojinelle que depuis

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qu’ello a laissé briser ses tribunes. Qui peut dire si la caniarilla n’a point sauvé les libertés du monde?

L’unique intérêt qu’on pourrait supposer à la Russie pour prolonger les désastres de la monarchie de Philippe V, serait tout au plus, si on lui croyait des arrière-pensées ambitieuses , et qu’on lui attribuât le dessein d’enchaincr nos bras dans les Castilles. Mais cette supposition que toutes les paroles d’Alexandre repoussent , est sullisamment démentie par les cris inutiles et le long abandon des Hellènes. Ajoutons que nos projets d’évacuation une fois arrêtés, on n’aurait pas l’espoir de nous attacher par des malheurs de plus à une scène dont ces malheurs même nous éloignent. Reste donc la question des ilcs Baléares , ou toute autre tentative pour obtenir un établissement militaire et maritime \ ers les colonnes d’Hercule , afin d’embrasser l’Europe entière et de l’étouffer au besoin. Mais comment admettre qu’un prince qui attache du prix aux louanges des peuples, cherchât un accroissement de puissance dans la ruine de tout un empire ? Ce déplorable moyen de succès serait peu assuré. Nous aimons mieux croire que la France verra ses plans de pacification secondés par une puissante assistance , ou s’il n’en était pas ainsi , elle prendrait sur la question de Mayorque le même parti que sur la question de l’Amérique. Ce parti consiste simplement à résoudre l’une et l’autre , et les voies seraient aplanies.

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La France, place'e entre ces deux grandes puissances, la Russie et l'Angleterre, la suprématie contii^ntale et la suprématie maritime , l' Ancien- Monde et le Nouveau , la France ne peut pas fuir devant la plus menaçante des deux ; car elle est adossée à l’Océan. Il faut qu’elle reste au poste où > Dieu l’a placée. Ce poste , quel est-il ? Les conseils étroits et timides ont répondu : Celui d’un auxiliaire réduit à s’atteler tour à tour au char des deux rivales, et à combattre pour leur cause. L’honneur s’écrie : Celui d’un juge-du-camp chargé de prononcer sur le débat. La politique de notre patrie est l’arbitrage. Ayant des intérêts communs de tous côtés, assez forte pour faire respecter ses arrêts, elle a un ministère de justice, de paix à remplir. Elle y trouvera prospérité , puissance et gloire. En renonçant à régner par des conquêtes , elle régnera par sa médiation, par ses bienfaits. Le repos et la stabilité des Etats, les progrès paisibles de la race humaine seront son ouvrage.Qu’il s’élève un différend; * que des prétentions contraires soient débattues, le roi de France jettera dans l’un des bassins sa main de justice et son épée. Le monde se rangera du côté vers lequel il aura fait pencher la balance.

La politique française , à la fois loyale et vigoureuse comme nos chefs, sera digne du rôle que nous assigne le dieu de Saint -Louis. Jamais roi ne tint dans sa main de plus vastes destinées que Charles X. Charlemagne, avec sa triple couronne,

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ne pouvait pas faire sentir aussi loin sa puissance.

CTest au roi qu’il appartient de prononcer siiT l’avenir tout entier de l’Atncrique , sur les^iniites que l’empire moscovite doit enfin reconnaître, sur le prix dvi aux souffrances , aux travaux de là Grèce. Qu’il dise un mot , il entraîne l’Europe en avant , ou il l’arrête. Cette parole sera prononcée ; pour premiers fruits , elle écartera de la terre désolée de saint Ferdinand les influences qui ont en partie corrompu nos victoires, et la nation espagnole, meurtrie par tant de coups, retrouvera enfin de la vie, du repos, de l’espoir, à l’ombre d’un trône qui aura cessé d’exciter nos repentirs.

Nous nous arrêtons , tout surpris de la longue course que nous avons fournie. On ne sait pas être bref quand on agite pour son pays des intérêts de gloire.

Nous voulions discuter un projet d’occupation partielle que les journaux supposent. Mais il est temps de finir. Si le cabinet espagnol ferme l’oeil à ses dangers et repousse jusqu’au bout les conseils du chef auguste des Bourbons, si la voix qui a fait tomber les remparts de Cadix ne peut se faire entendre dans le palais de Philippe V , alore , il faudra bien que l’armée française s’éloigne d’une arène où ne brillent que des poignards. Mais alors s’arrêtera-t-elle dans sa marche au milieu de ces pi*ovinces désolées ? Se résignera-t-elle à voir, du haut des remparts , une populace , ivre de fana-

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tisme et de vengeance, égorger près des glacis ces hommes qui avaient des armes , qui les ont déposées sur la foi de nos promesses et qui tombent assassinés aux pieds de nos drapeaux ? Si , lasses de souffrir , les classes que la multitude proscrit', opposent enfin la force à la force , descendronsnous de nos citadelles pour aller dans les contrées voisines prêter main-forte aux assassins , mettre l’autorité qui les soulève en situation de châtier sur les victimes le crime d’avoir défendu leur tête ? Sans doute , nous resterons spectateurs inactifs. Mais supposez que ce soit la multitude qui succombe, que la révolution renaisse de ses cendres si imprudemment attisées, qu’elle triomphe une seconde fois, que ses enseignes soient plantées à l’entour de nos postes, quel parti prendrons-nous ? Soufl’rir des ^insultes; nous ne le pouvons pas. Les châtier; nous le pourrions. Et après ? rentrer dans la triste carrière que nous venons de fournir ! l’humanité même frémit à cette image. Pourquoi donc courir toutes ces chances que ne compense l’espoir d’aucun bien à faire ? Compte-t-on que le cabinet espagnol implorera enfin notre assistance pous oser être sage ? Bayonne est aussi près de Madrid que Barcelone. Veut-on obtenir l’acquittement des dettes que nos alliés ont contractées ? Ils ne pouvaient en payer qu’une, celle delà reconnaissance , et ils l’Ont mise au même niveau que l’emprunt des Cortès. Aurait-on des arrière-pensées , des desseins

5a DU PARTI A PRBNDIIB ErfVBRS L.CSPAGKE.

confus ?.... Si nous ne pouvons pas obtenir de Ferdinand et de PEspagne le salut de Pun et de Pautre , quelle ambition tenterait la politique française ? Fuyons loin des lieux où nous avons vaincu. FuytHis pour ne pas repondre aux yeux du monde des malheurs qui se préparent Fuyons pour ne pas les aggraver par le courage que les réacteurs prendraient jusqu'au bout dans notre présence. Puissent les Pyrénées , en nous séparant du théâtre de tant d’efforts trahis y de tant de gloire perdue , dérober à nos regards des scènes trop douloureuses pour les cœurs français , et, si nous ne pouvons échapper à ces spectacles , jqu»ils nous apprennent du moins à chérir davantage le code de liberté qui met notre avenir à Pabri de semblables ' catastrophes. La France n’aura pas tout à regretter dans cette calamiteuse entreprise si nos lois y ont, oomme nos princes, acquis des cœurs et des bras de* plus.

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