Dans Pouvrage intitulé : De la Religion
V Avenir du Peuple.
l8 DU PASSÉ ET DE L'AVENIR
morales, constitutives du devoir et du droit, sont ce qu*on nomme propriété.
L* animal possède, l'homme seul est propriétaire, parce qu*à la possession s'ajoute l'idée de droit, donnée par l'intelligence.
Ainsi, en les classant selon leurs degrés respectifs d'élévation, la Religion, le mariage, la famille, la propriété sont pour l'homme les conditions primordiales et nécessaires de l'existence.
Aussi le voit-on d'abord, sous l'empire d'une religion simple, dégagée des spéculations hasardeuses de l'esprit, vivre à Tétat de famille. Cet état se perpétua particulièrement chez les peuples pasteurs, dans les steppes de la haute Asie, dans la péninsule arabique, et après une longue suite de siècles, on le retrouve encore dans les montagnes d'Irlande et d'Ecosse, mais ici, en Irlande surtout, avec la pratique de Tagriculture. Rien ne ressemble plus à la famille patriarcale que le clan. Toutefois le clan, quelque avantage qu'il ofifre à certains égards, est dénué de force défensive, enfante de nombreuses divisions, des guerres intestines, et, ce qui plus que tout le reste lui assigne un rang inférieur parmi les divers modes d'association dont l'histoire présente des exemples, il n'en est pas de moins favorable au développement intellectuel, au progrès de la science, des arts, de l'industrie, et, en général, de tout ce que comprend pour nous le mot de civilisation.
Pendant qu'une partie da la race humaine se maintenait à l'état originel de famille, une autre partie établissait, avec un genre d'agrégation plus complexe, des centres
DU TEUrLE.
fixes de réunion, induite à cela principalement par le concours mutuel et la stabilité de demeure qu'exige Texercice des métiers nécessaires.
De là une plus grande excitation de la pensée, un commencement de recherche des causes génératrices des phénomènes, ou un premier développement de la Religion ; des arts nouveaux et des industries nouvelles, des perfectionnements et des inventions de toute sorte, une organisation rudimentaire d*où sortit peu à peu la société politique et civile.
Cependant ces heureux effets du rapprochement des hommes ne furent pas exempts d'un mélange de mal. La recherche des causes ne pouvait atteindre immédiatement son but; elle produisit des erreurs partielles qui altérèrent en plusieurs points la pureté de la religion primitive, erreurs qui, n'étant néanmoins qu'une vue confuse et mcomplète du vrai, renfermaient le germe d'une magnifique conception future, de la science véritable de Dieu, de l'univers et de l'humanité. Aux erreurs de l'esprit se joignirent les désordres que les passions provoquent. Les mœurs se corrompirent. La cupidité engendra la fraude et la violence. Tous les liens moraux se relâchèrent. L'antagonisme entre les deux principes, l'un desquels incline l'homme à se concentrer en soi, à se faire centre de toutes choses, et l'autre le porte à s'ordonner par rapport à un centre plus général, et finalement au centre universel qui est Dieu ; cet antagonisme, qui constitue la lutte incessante de ce monde, se manifesta sous mille formes nouvelles, à mesure que les relations des hommes entre eux se compliquaient, et que leur puissance s'ac-
croissait par l'effet même du progrès dans tous les ordres.
Arrêtons-nous un peu à cette phase du développement du genre humain, laquelle présente un fait capital dont il importe beaucoup de se rendre compte.