‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 2 sur 34 · DE SOI · texte numérisé non relu

DE SOI

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L'amour du bien et l'empire de soi août chacun , séparément, un principe d'harmonie. L'un répand l'harmonie dans les sentiment, l'autre dans les actions; l'un rappelle les motus à l'unité, l'autre ramène les facultés 2 i.

sous une direction suprême. Une harmonie plus parfaite encore résulte de l'accord de ces deux grandes puissances entre elles. Supprimez cet accord , l'amour du bien n'est plus qu'une sorte de vaine spéculation; l'empire de soi , qu'une force aveugle. Il en résulterait , dans notre intérieur, le même désordre qui se manifesterait dans la société , si les tables de la loi manquaient de ministres pour en procurer l'exécution , si les agens du pouvoir n'étaient pas soumis aux directions de la loi. Rétablissez l'alliance : l'amour du bien se convertit tout entier en action pratique; l'empire de soi se pénètre d'une sainte inspiration; tel est, dans les arts, l'accord de la théorie et de la pratique. Malheureusement, un grand nombre d'hommes n'ont point assez de forces pour leurs motifs , ou point assez de motifs pour leurs forces. Les intentions restent stériles ; les forces subissent une déperdition; souvent, les unes se convertissent en poison, et les autres, en divaguant, ne produisent plus que des ravages.

Les caractères complets sont ceux où règne l'harmonie. Peut-être, ceux de cette condition sont-ils, surtout dans Tes conditions médiocres et obscures, moins rares qu'on ne pense. Les irrégularités frappent davantage les regards que ce qui est dans l'ordre. L'observateur superficiel, sur la scène du monde, ne remarque que les prééminences; mais, à côté de chaque saillie, sont des cavités ; c'est souvent par les inégalités qu'on se distingue.

N'appliquons-nous point a la morale les fausses idées que nous nous sommes faites sur le prix des choses du monde? Accoutumés à évaluer les objets d'après leur

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rareté, d'après ce qu'ils offrent d'extraordinaire, d'après les sueurs qu'ils ont coûtées, plutôt que d'après leur mérite réel, nous portons quelquefois un jugement semblable sur les caractères. Cependant, un caractère complet, quoique accompagnant des facultés médiocres, est bien plus voisin de la perfection qu'un caractère incomplet joint aux qualités les plus brillantes. Cette proposition peut choquer nos préjugés ; elle se justifie cependant aux yeux, de la véritable philosophie. H doit être bien entendu sans doute que, par la médiocrité des facultés , nous entendons seulement ici celle qui tient à leurs bornes naturelles , non celle qui serait le tort de notre propre négligence à les cultiver. Au reste , ne confondons-nous point quelquefois, et ne donnons-nous point le nom de médiocrité à ce qui n'est que modeste ? La beauté de l'édifice moral ne consiste pas seulement dans la grandeur des dimensions, mais aussi, et surtout dans la sagesse des proportions. Dans un caractère complet, tout cous» pire à la fois à un même but, toutes les qualités s'aident et se soutiennent, aucune ne trompe le vœu et la destination de la nature. Telle est une mécanique dont les rouages et les engrenages s'ajustent exactement; aucun mouvement n'est perdu ; les frottemens sont insensibles. De tels caractères atteignent plus facilement au bonheur; peut-être sont-ils les seuls pour lesquels le bonheur devienne en effet une réalité. Ils le goûteront , sans le célébrer, et même sans le définir, à peu près comme on respire un air libre , suave et pur. La sécurité leur est réservée. Pour eux , chaque chose est à sa place , chaque

action répond a son but Le bonheur est-il autre chose que le sentiment secret de cette corrélation générale et constante qui maintient tout en accord au- dedans de nous-mêmes? Nous disons : au-dedans de nous-mêmes ; car, si tout est en accord au-dedans , nous serons nousmêmes en paix avec ce qui est hors de nous ; puisque rien d'extérieur ne nous affecte d'une manière immédiate, puisque les choses du dehors n'agissent sur nous qu'en raison de l'influence que nous leur accordons. Les caractères complets sont ceux encore qui, dans le commerce de la société , offrent les relations les plus faciles , les plus sures et les plus douces : on ne se heurte pas contre eux en les rencontrant; on ne craint pas de les trouver en 'défaut et en contradiction avec eux-mêmes ; leur solidité détermine la confiance; leur franchise provoque l'abandon et l'ouverture; on se sent à l'aise avec eux ; on s'offense moins de leur supériorité; on les admire sans doute moins; mais aussi on ne songe guère a les poursuivre des traits de l'envie, et ils semblent presque désarmer la malignité, par cette influence paisible qui s'attache à leur présence. »

Si les voies de la perfection nous paraissent si ardues, c'est que nous les cherchons hors de la direction qui fut tracée par la Providence. Si nous savions être conséquens à nous-mêmes, beaucoup de choses qui paraissent difficiles deviendraient faciles; beaucoup de choses qui sont amères , deviendraient douces. Les caractères complets sont à la vie morale, ce que les esprits étendus sont à la science.

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