‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-mêmeChapitre 10 sur 29 · J>V PAUVRE · texte numérisé non relu

J>V PAUVRE

Qu'on ne se méprenne point sur Tobjet des considérations qui nous occupent ici ! Nous ne prétendons point établir que la vertu soit plus fréquente dans les conditions pauvres que dans les conditions riches. Nous nous bornerons ^ as** surer que la vertu y est du moins beaucoup plits fréquente qu'on ne le soupçonne communément» à la distance où Ton se trouve placé du théâtre des obsciTations. Nous nous proposons surtout de faire sentir que la vertu , dans les conditions pauvres est bien plus méritoire , et par Ik-méme plus vraie et plus digne d'admiration. Car, d^un côté , comme nous venons de le voir, sa pratique est beaucoup plus difficile ; et, d'un autre c6té , les circonstances semblent prêter aux êtres pla ces dans cette situation , moins de forces pour la lutte courageuse dont la vertu est le prix. La plupart du temps , ils n'ont reçu qu'une éducation a peine ébauchée ; ils ont moins participe que nous aux exercices capables de développei* les sentimens moraux , aux lumibres qui nous instruisent de nos devoirs et qui nous révèlent les avantages attachés à ^accomplissement de ces devoirs. Dans l'isolement auquel ils sont condamnés , il ne sont guère soutenus par les exemples , encouragés par les exhortations , guidés par les conseils , animés par les épanchemens de l'amitié. Us n'ont pas cette ressource cfpi vient en tant de manières charmer et tempérer nos chagrins , la distraction; rien ne fait

diversion à ceux qui les accablent. Tous les objets qui s^offrent à leurs regards ont une teinte sombre et triste , se trouvent dans une fâcheuse harmonie avec leur situation ; leur séjour même ressemble à un cachot : ils ne sont point comme nous assistes par la puissance de Topinion , exposés aux regards du public , contraints par la présence des spectateurs , à conserver une contenance honorable , récompensés par le suffrage . des autres hommes. Il leur faut puiser uniquement en eux-mêmes les forces dont ils ont besoin ; ils n'ont rien à attendre du dehors ; ils n^ont pour témoins que leur propre conscience. N'e^iLagérons point cependant : il est pour eux yn avantage : c'est l'habitude môme des privations , habitude qui a trempé leur âme , qui les a accoutumés k se commander à eux-mêmes. D^ailleurs, Us appartiennent en général aux conditions laborieuses , à celles qui supposent un travail assidu ou pénible : or , le travail est par lui-même une éducation très salutaire pour préparer rhomme à la pratique de la vertu j il dis- .pose à l'observation de Tordre, à la persévc- .rance , à la tempérance ; il est une sorte (b gjrmnastique morale ; il accoutume la créature à marcher docilement dans les voies tracées par

le Créateur^ et a se reconnaître comme Tinstru-

Il '

ment de la volonté céleste. Mais , ces avantages

; dont peuvent jouir les êtres atteints par Tinfor-

tunc ^ spnt déjà des titres à Testime j en servant

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a ooos expliquer oonnneiit ces êtres peiirent s'é* lever à des actions presque héroïques , ils n'en àiaâmienl point le prix aux jeux du sage. Le mallienr par Ininnéme est une grande école, suftsi instructifre que séy^e : mais il n*est pas «lonné à tous de savoir en profiter , et c'est déjà un mérite remarquable que de savoir en accepter les leçons et de les faire fructifier. *

Le spectacle du malheur supporté avec dignité et résignation , est à son tour un enseignement d'une haute utilité , pour celui qui en est le témoin, n en dit plus que les livres ^ il laisse des impressions plus profondes. Ces indigens que notre légèreté avait dédaignés peut-être , vont flerenir nos instituteurs ; ils nous couvriront d'une confusion salutaire, en nous apprenant combien nous sommes loin encore d^étre aussi bons que nous Tavions présumé. Telle est une des plus précieuses récompenses qui nous soient réservées, si nous avions le courage de visiter assidûment la demeure du pauvre ; et dans ce «eul bienfait reçu , nous recueillerons au centuple celui dont nous aurons été Tinstrument. Nous en reviendrons meilleurs. Nous aurons acquis de noorelles lumières , de nouvelles forces. Quoi ! de tels exemples n'exciteraient pas en nous une vive émulation ; la pratique du bien ne nous paraîtrait pas plusfac.le? les maux dont nous nous plaignons ne deviendraient pas plus légers ? Souvent une parole simple et ingénue échappée au

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martyr de ta résignatton, deriendra poor mm» le teKte d'une méditaUcm profonde^ doos apprendrons, en présence de ces yertns si modestes, li nous délirrer de cette yanké^ de cet orgueil qoî corrompent trop souvent nos meiUeares actions; sons apprendrons deox choses bien importantes et bien difficiles , dont cependant noos sembkms repousser Tétiide ; nous apprendrons li souffrir, h mourir.

DIT PAUVRE. lOI

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