‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 100 sur 150 · LIT. III. ^EGT. II« CHAP. IV · texte numérisé non relu

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nuire devient phis dangereux, faute de précautions; ce qai est acquis se dissipe ; ce qui survient nous trouve mal disposés à le recevoir; tout nous étonne, parce que nous avons été imprévoyans ; rien ne nous instruit^ parce que les choses ne s'offrent pas à leur véritable place.

Ce n*est pas ici le lieu d'examiner si y dans la plupart de nos institutions modernes^ Tenfance et la jeunesse reçoivent l'éducation la plus appropriée au genre de carrière qui attend chaque individu dans le monde , si même elles y reçoivent nne éducation qui soit^ en général ^ en rapport avec la vie du inonde, si même enfin elles y reçoivent une véritable éducation, c'est-à-dire, si l'on s'occupe réellement de cultiver leurs fecultés^ si l'on dirige cette culture de manière à développer ces facultés dans une juste harmonie. Il y aurait d'ailleurs tant à dire sur ce sujet ! mais on conçoit toute l'influence qu'un s^nblable défaut de corrélation doit exercer sur la suite entière delà vie. Qu'est-ce qu'un noviciat conçu précisément pour une vocation différente de celle qui attend l'individu ? Au moment où il va entrer en possession de la vie réelle , bien loin de se trouver préparé, il se trouvera au contraire d'autant plus dé> concerté, qu'on aura davantage travaillé à son éducation prétendue , et que lui-même croira en avoir recueilli des résultats plus positifs. Tel serait un voyageur partant pour des explorations lointaines , auquel on aurait remis, pour le guider, la carte géographique d'un pays autre que celui qu'il doit parcourir. Eussions-nous, par une singulière faveur , reçu en effet la préparation con* venable , il n'en sera pas moins indispensable, pour en obtenir les fruits, d'y ajouter nous-mêmes ce qu'aucun

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instituteur ne peut nous donner, d'y ajouter œ dernier travail par lequel Thomme, prêt à paraître sur la scène de la vie active et réellje, concerte d avance son plan général de conduite. Si ce travail est bien exécuté , il pourra suppléer en partie â ce que notre noviciat avait dlmparfait; il sera d autant plus nécessaire que ce noviciat avait été plus mal conçu.

C'est d abord l'ensemble de notre vocation que nous devrions embrasser une fois^ par une méditation préK* minaire , pour mettre en accord toutes les parties ptiu" cipales du plan général de notre vie. Les événemens extérieurs jouent, il est vrai, un grand rôle dans cette combinaison, et comme la plupart du temps ils ne sont point en notre puissance, il faut bien les accepter conmie des conditions. Mais cela même serait l'une des vues fondamentales d'un dessein sagement médité ; on s at* tacherait à reconnaître quelles sont en effet les circonstances auxquelles il faut se soumettre, et à les distinguer de celles qu'on peut modifier ou maîtriser; on examinerait ensuite quelles sont les conséquences qui résultait du premier genre de circonstances, ce qu'il y a dans ces conséquences de réellement inévitable : car, souvent, d'un événement inévitable en lui-même, peuvent résulter pour nous des suites diverses qu'il est en notre pouvoir d'arrêter ou de seconder. On pourrait juger alors sur quelles bases est assise pour nous la combinaison du possible, les limites dans lesquelles elle est renfermée. L'on pourrait coordonner le plan de sa vie avec les réalités, ce qui est sans doute la première chose à faire pour concevoir un plan raisonnable. Mais en acceptant les conditions nécessaires des choses auxquelles nous ne pouvons rien changer, nous en sépa-

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rerions les dommages ou les avantages qui en peuvent naître y et qu'il est en notre pouvoir de détourner ou d'obtenir. Ici commencerait la portion du plan qui est à notre libre disposition. Passant ensuite au second ordre de circonstances extérieures , à celles que nous pouvons soumettre, on jugerait mieux des moyens de les soumettre en effet ; on verrait dans quel esprit il faut agir sur elles, comment on peut les employer, les diriger, les rendre tributaires de notre perfectionnement.

Ainsi sera faite la part de la nécessité, et celle de la sagesse. La première , représentant les conditions de la situation qui nous est échue, assigne à nos vœux les bornes dans lesquelles ils doivent se renfermer , pour ne pas nous épuiser dans une lutte sans objet; la seconde, exprimant ce qui, dans notre situation, peut encore dépendre de nous , indique à nos espérances Tenceinte dans laquelle peuvent s'exercer notre prudence et^ notre courage. Mais, faute d'avoir su faire avec dis^ cemement la séparation de ces deux parts, il arrive fréquemment qu'on se consume dans une agitation malheureuse, en s'irritant contre les nécessités imposées, pendant que, par une indolence non moins fâcheuse, on accepte comme des nécessités ce qu'il eût été possible de prévenir ou de changer.

Ces deux parts ne sont pas à beaucoup près les mêmes pour tous les hommes. Il en est pour lesquels la se- <M>nde est bien restreinte. Ceux pour lesquels elle a le plus. d'étendue sont cependant ceux qui négligent souvent davantage d'en tirer parti. Il arrive souvent que la première s^agrandit progressivement aux dépensde la seconde. Des circonstances de notre situation qui , dans l'origine , étaient en notre pouvoir, passent dans l'ordre

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des nécessites qui nous sont imposées , soit par suite des engagemens que nous avons contractés^ soit par la conséquence inévitable des actions que nous avons exécutées. Souvent notre imprévoyance augmente imprudemment le nombre de ces chaînes , et nous subis^ sons ainsi à jamais les conséquences de l'erreur d'un moment.

Dans la première classe se rangent toutes les circonstances qui dépendent de notre naissance : notre tempérament , la patrie à laquelle nous appartenons, ses institutions , ses lois y ses usages, les relations de famille, le rang que nous occupons, le degré d*aisance ou de gène qui nous est échu, etc., mais aussi les bornes naturelles assignées aux facultés de la créature humaine, et celles qui sont particulières à la personne. Dans la seconde classe se rangent plus ou moins le choix de la profession, celui des relations habituelles, des liaisons intimes, l'emploi et la distribution des heures, le règlement des dépenses, le régime de vie, la direction dom née aux lectures, aux conversations, etc. Ce sera déjà beaucoup que, dans cette matière mise à notre disposition, rien ne demeure inutile et stérile, que tout soit mis à contribution pour notre amélioration; mais ce ne sera point encore assez : il faudra que tous les élé* mens qui composent cette matière soient mis en accord entre eux ; qu'ils soient mis en accord avec les conditions qui nous sont imposées; que chacun de ces élémens soit placé dans le lieu, le temps opportuns, employé avec la mesure et dans la proportion convenables; enfin, qu'ils soient rangés suivant leur importance respective , de telle sorte que tout forme un ensemble harmonieux et conçu dans le même esprit. Ceux qui

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ont eu le bonheur de pouvoir combiner ainsi le dessein de leur carrière , y trouvent une merveilleuse fecilite pour avancer dans les voies du perfectionnen^ent^ tandis que des efforts extraordinaires se trouvent quelquefois perdus y parce qu'ils ont été tentés hors de propos 9 parce qu'on a négligé de les soumettre aux salutaires influences de l'esprit d'ordre et de l'esprit de suite.

En s'étudiant à concevoir ainsi d'avance un système de conduite y comme le général qui dresse son plan de campagne, on ne peut tout prévoir , et il serait même dangereux de croire qu'on a tout prévu. Chaque jour, le cours des événemens viendra résoudre ce qui était encore incertain , changer ce qui existait, ouvrir un avenir inattendu. Aussi , à ces principales époques de la vie, on reprendra le même travail , pour le compléter, le rectifier, d'après les instructions de Texpérience et le nouvel état des choses. On s'arrêtera sur les sommités qu'on rencontre dans la route, pour procéder à une sorte de reconnaissance, pour jeter les yeux, tout ensemble , sur la région qu'on a déjà parcourue, sur celle qui reste à parcourir. On répétera ces reconnaissances d'une manière successive et dans une étendue graduée, aux principales divisions du temps, au commencement de l'année, du mois, de la semaine; on les répétera chaque jour, en particularisant toujours davantage. Chaque époque aura son cadre, toujours plus restreint, mais toujours mieux déterminé. De même que, à chacune de ces reconnaissances, il est essentiel de mettre le passé et l'avenir en présence l'un de l'autre , de faire servir la révision et l'examen du premier aux prévisions du second , il n'importe pas moins de faire concorder

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avec ce rapprochement ^ l'objet qu*on assigne à ses meditations : car l'office propre des^ méditations morales consiste éminemment à opérer cette fructueuse conversion de la révision du passé en un plan de conduite pour l'avenir. N'allons point tant chercher dans les livres nos sujets de méditation ! Den^andons-les plutôt à notre expérience journalière et aux réflexions que nous faisons sur nous-mêmes; elles nous indiqueront quels sont les défauts, les vertus que nous devons prendre pour texte, quels sont les ordres de considérations dont nous avons besoin de nous pénétrer. Il est certains prédicateurs dont on serait tenté de dire qu ib prêchent pour les absens^ non pour ceux qui les écoutent : de même, il nous arrive souvent de méditer sur des vertus que nous ne serons point appelés à exercer, pendant que nous sommes à la veille d*avoir besoin de lumières et de forces dont nous négligeons de nous pourvoir. Enfin, cette série graduée de reconnaissances morales opérées dans le chemin de la vie, doit être soumise elleméme à une méthode simple et régulière. Les plans de détail doivent se référer au plan général , et le point de vue dans lequel on considère la journée qui va être remplie, doit être pris constamment dans les règles qu'on s'est prescrites pour la vie entière. La révision qui a lieu à l'époque subséquente, doit se référer au plan qui avait été conçu à l'époque antérieure, afin de juger conmient il a été exécuté, et quels obstacles en ont modifié l'accomplissement. On décomposera le dessein général qu'on avait conçu pour son amélioration; on s'attachera successivement aux diverses parties qui le composent^ en donnant à chacune d'elles tout l'espace qu'elle réclame, en suivant avec persévé*

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