‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 102 sur 150 · LIT. III. SECT. II. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIT. III. SECT. II. CHAP. IV

sers par là même aux communications les plus sincères, les plus libres et les plus intimes ! il en est de ces âmes expansives et généreuses , qui ont su comprendre tes plus beaux privilèges , et qui se sont emparées de toi comme d'un grand moyen de conquêtes morales ! Elles n ont besoin pour captiver, que de se donner à connaître ; en se montrant supérieures , elles se montrent si naturelles, qu*on s'élèveà elles sans effort, et qu'on les contemple sans envie : toujours simples et sincères , elles éclairent, elles entraînent par la force de leur propre conviction et par l'ascendant du sentiment qui les inspire: on se sent meilleur auprès d'elles, parce qu'elles admettent à la participation de leur propre vie; elles sont comme des foyers autour desquels nos cœurs viennent se réchauffer, se ran^imer; elles exercent sur la terre un apostolat insensible et doux, mais continuel et fécond ; l'admiration qu'elles excitent , les affections dont elles sont l'objet se confondent avec le culte de ce qui est bien; le langage, dans leqr bouche, est un messager céleste qui annonce les bienfaits de la vertu. Telle est la prérogative accordée aux gens de bien que , chez eux , le talent de la conversation peut être , en partie, suppléé par l'influence naturelle du caractère : on écoute toujours plus volontiers ceux qui n'annoncent aucune prétention personnelle, chez lesquels on ne soupçonne aucun artifice; celui-là porte une éloquence naturelle dans le conunerce des hommes , qui est pénétré de la passion de leur être utile. Au surplus, à d'éfaut du talent de parler, il en est un autre, celui d'écouter, qui peut non-seulement mieux contribuera notre perfectionnement, mais nous fournir d'autres moyens d'être utiles aux hommes. N'est-il pas l'un des

uSo DU PERFECTIONUBMEUT MORAL.

moyensles plus assurés deles connaître ? Savoir écouter celui qui souffre , n'est-ce pas en partie le consoler déjà? N'y a*t-il pas y dans la manière d'écouter, quelque chose qui témoigne la bienveillance, et qui sert à l'obtenir ? Écouter est, pour la grande étude de l'humanité, ce que voir est pour celle du monde sensible.

Telle est la puissance exercée par l'ordre sur les facultés de notre âme, que la seule image de Tordre, reproduite dans les objets naturels dont nous sommes environnés , fevorise nos méditations, nous dispose au recueillement, à la modération, au respect, à plusieurs sentimens honorables. C'est ce qu'on peut remarquer, par exemple, dans l'effet moral qui résulte des impressions produites par les monumens de l'architecture.

Cette puissante influence de Pordre sur nos facidtés explique encore une observation importante et dont l'expérience du monde offre une fréquente application : c'est que \e^ devoirs sont un grand avantage pour ceux qu'ils ressent, à ne considérer les choses que sous le rapport du développement de l'activité. Les soldats se fatiguent moins , quand ils marchent au son des instrumens : l'homme, dans la vie ordinaire, se fatigue moins aussi, quand il s'avance aidé par la mélodie de la vertu. Ceux qui ont des devoirs ont des points fixes, des régulateurs dans l'indécision , des motifs inépuisables pour agir. Celui qui manque de devoirs à remplir est souvent fatigué du vide et de l'incertitude de la vie; il se demande sans cesse ji quoi bon? Souvent il se trouve désœuvré, désabusé; il devient à charge à lui-même. La même action s'exécute avec une joie nouvelle, avec une singulière netteté

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