CHAPITRE X
COMMBirr LE PERFECTIONNEMENT INTELLECTUEL PEUT CONCOURIR AU PERFECTIONNEMENT MORAL.
Lorsqu'on traite du perfectionnement inteUectud , surtout dans ses rapports avec le perfectionnement moral, il faut bien distinguer ^ dans la culture de Tesprit) deux choses que Ton est trop accoutume à confondre : les progrès qui consistent dans lacquisition des lumières, et ceux qui consistent dans le développement des facultés. Faute d*avoir donné assez d at* tention à cette distinction essentielle > on a souvent embrouillé des questions importantes, on y a jeté de graves erreurs.
Ce n'est pas qu'il n'y ait une liaison naturelle entre ces deux ordres de progrès intellectuels : car les facultés de Ventendement ne se développant que par Texercice, leur culture profite par lacquisition des lumières ; d'un autre côté , à mesure que les facultés de Tentendement sont mieux cultivées, les lumières sont plus facilement obtenues, mieux conservées, mieux appliquées. Mais ces deux genres de progrès ne marchent pas toujours dans un constant accord , et chacun d'eux n'exerce pas une influence semblable sur les mœurs et le caractère. La raison elle-même ne devient pas toujours plus sage par cela seul que l'esprit est plus éclairé ; il faut aussi que l'instruction acquise soit en
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rapport avec les notions que Ton possédait déjà , avec les applications qu on se propose de faire ; des connaissances incomplètes , incohérentes , peuvent être, pour la raison y un fardeau embarrassant, et même une cause d'erreur , lorsqu'elle veut en faire usage : le mérite et l'utilité des connaissances dépendent de leur coordination et de leur opportunité. De même aussi , toute acquisition de lumières ne saurait être indifféremment profitable au caractère; celles-là seules lui profitent, qui peuvent entrer dans l'étude de l'art de notre amélioration, et qui se trouvent en rapport avec notre condition et la destination qui nous est marquée ; il y a quelquefois une ignorance salutaire qui protège notre bonheur en nous préservant des désirs indiscrets et des ambitions trompeuses. Il est des vérités dont on peut abuser, qui peuvent devenir, entre nos mains, des instrumens nuisibles, parce que nous n'aurons pas toutes les données que l'expérience devait fournir pour leur emploi , ou parce que nous ne serons pas placés dans la situation favorable pour les appliquer, ou enfin parce que BOUS n'aurons pas encore nous-mêmes les dispositions, les qualités, les forces nécessaires pour bien manier en effet un instrument dont l'usage est beaucoup plus difficile qu'on ne pense. Par cela même que les connaissances sont un moyen, elles se prêtent , dans la vie active, à tous les genres d'effets, et peuvent servir au mal comme au bien. Ce ne sont jamais les lumières qui ont tort; lé tort est à la maladresse, à l'imprudence et surtout à l'aveuglement de la vanité qui du sein même de l'aliment, ferait sortir un poison.
Il en est autrement de l'influence qu'exercent les facultés intellectuelles sur les facultés morales. Cha-
cune des premières exerce directement une influence propice sur les secondes; aussi long-temps que les premières consenrent entre elles , dans leur déyelof^ ment y une juste harmonie, cette influence continuée être bienfiiisante} die commence seulement à être nuisible lorsque, Téquilibre des facultés de l'esprit étant trop sensiblement rompu, l'une d*entre elles usurpe un empire presque exclusif; en d autres termes, le perfectionnement intellectuel est toujours par lui-même &- Torable au perfectionnement moral. Loin de nous ridée de prétendre que le premier puisse suppléer au second! Celui-là ne hit qu*imposer, au contraire, un plus grand besoin et un plus grand deyoir de traTsil- 1er à celui-ci , pour entretenir constamment rharmonie des deux systèmes. Nous n'avons garde, non plus, de dire que Tun conduise nécessairement à lautre. Nous Toulons seulement faire remarquer que le perfectioDnement de l'esprit fournit, pour l'amélioration morale, de précieux secours, mais des secours qu'il nous reste à Caire valoir, dans l'éducation de nous-mêmes : de là dérive un régime de soins que doit observor, dans k culture de son esprit, cdui qui tend à ce noble but de la destinée humaine.
Déjà, en général, la culture de l'esprit, lorsqu'elle est bien dirigée, tend par elle-même à nourrir le sentiment de ce qui est noble, pur et distingué; elle ramène sans cesse à ce vrai qui est l'essence du bon, à ce beau qui en est la splendeur, suivant la juste expression de Platon; elle doit faire naître un besoin, un pressentiment, un avant-goût de la vertu; elle viendra en nourrir l'amour, lorsque cette flanmie sacrée aura pénétré dans le cœur; elle rendra sa pratique plus far