‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 137 sur 150 · LIV. Ili. SECT. II. CUAP. X · texte numérisé non relu

LIV. Ili. SECT. II. CUAP. X

cile et plus douce ; elle y attachera par des liens plus constans. Le sentiment du vrai et du bon étant de sa nature essentiellement désintéressé^ dispose Tàme aux mouvemens généreux y et la prépare ainsi aux actes du dévouement (i). Consultons notre propre témoignage ^^ dans ces momens de recueillement paisible où , livrés à la recherche des trésors de Tintelligence ^ parvenus à les saisir, nous en goûtons la pleine jouissance, et lorsque, en marchant sur les traces du génie, recueillant ses leçons, une vérité nouvelle, une conception sublime viennent captiver notre esprit ! Combien , alors, elles sont loin de nous, les régions agitées par le souffle des passions, ou desséchées par l'avide personnalité! Ny a-t-il pas, dans la conviction profonde produite par le vrai, dans l'émotion excitée par le beau, une puissance secrète qui nous rend plus capables de sentir ce qui est honnête, juste, louable, conforme^ Tordre moral? Si, alors, nos regards viennent à rencontrer les autres hommes, ne les salueront- ils pas avec une bienveillance plus profonde et plus animée? Si Toccasion de faire une bonne action nous est présentée dans un tel inoment, ne sera-t-elle pas acceptée d*une manière plus naturelle et plus empressée ? Il y a dans le vrai un caractère grave qui dispose au respectj

(1) On remarquerai ci un exemple de Futilité que la morale peut retirer de Talliance des doctrines théoriques avec les conseils pratiques , et qui tend ainsi à justifier , avec le plan de cet écrit , l'opinion émise dans Pavant-propos. Les maximes pratiques qui sont exposées ici reposent essentiellement sur les doctrines exposées aux chapitres 7 et 8 du livre premier. Les moralistes qui prétendent fonder le sentiment du beau sur Futilité seraient conduits à d'antres conséquences.

34o DU PERFECTIONNEMENT MORAL.

dans le beau, un caractère aimable qui attendrir. Les actes de lapprobation et de Testime fortifient Tâme, la reposent; l'admiration élève ^ épure, épanouit k cœur. Toutefois 9 pour tirer des exercices de Tesprit ces salutaires influences, il faut que nos facultés y soient dirigées, en effet, de manière à nourrir l'amour du vrai et du beau; et trop souvent, il faut lavouer, nous abusons au contraire de ces dons de telle sorte que l'esprit vient corrompre le cœur, ou du moins le dessécher.

De même qu'il y a dans le monde certains esprits plaisans, qui découvrent une matière à la gaîté dans les choses les plus sérieuses , et qui , du sublime luimême, font sortir le burlesque, parce qu'ils ont un talent naturel à travestir les objets , à saisir un genre de contraste qui fait passer de ce qu'il y a de plus dis^ tingué à ce qu'il y a de plus vulgaire, il y a aussi ce^ tains esprits enclins à dénaturer d'une manière plus grave les choses relevées , par l'aspect sous lequel ils les envisagent et les présentent; ils sont doués d'un talent malheureux pour réduire ce qui est grand aux dimensions les plus mesquines; c'est encore le même art que celui des bouffons, mais exercé d'une manière triste et sombre, quoique ses auteurs cherchent ordinairement à l'animer d'une gaité fausse et cruelle , par l'emploi du ridicule : esprits prompts, subtils, dont le mouvement naturel est, non de monter, mais de descendre; de s'emparer, non de Pessence des choses, mais^[de leurs moindres accessoires. Dans un majestueux ensemble, ils découvriront un point inaperçu; ils le mettront en évidence par un trait rapide, le grossiront par la surprise; ils rompront ainsi l'harmonie du

Page 1