‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 2 sur 150 · TOME u. I · texte numérisé non relu

TOME u. I

^ I>U PERFECTIONNEMENT MOEAI^

festerait dans la société y si les tables de la loi manquaient de ministres pour en procurer l'exécution , si les agens du pouvoir n'étaient pas soumis aux directions de la loi. Rétablissez lalliance : lamour du bien se convertit tout entier en action pratique ; Tempire de soi se pénètre d'une sainte inspiration ; tel est, dans les arts y Faccord de la théorie et de la pratique. Malheureusement , un grand nombre d'hommes n*ont point assez de forces pour leurs motifs , ou point assez de motifs pour leurs forces. Les intentions restent stéri^ les; les forces subissent une déperdition; souvent , les unes se convertissent en poison , et les autres , en divaguant/ ne produisent plus que des ravages*

Les caractères complets sont ceux où règne Fharmonie. Peut-être, ceux de cette condition sont4)s, surtout dans les conditions médiocres et obscures, moins rares qu'on ne pense. Les irrégularités frappent plus les regards que ce qui est dans l'ordre. L'observateur superficiel , sur k scène du monde , ne remarque que les prééminences ; mais , à côté de chaque saillie, sont des cavités; c'est souvent par les inégalités qu'on se distingue.

N'appliquons-nous point à la morale les fausses idées que nous nous sommes faites sur le prix des choses du monde ? Accoutumés à évaluer les objets d'après leur rareté, d'après ce qu'ils offrent d'extraordinaire, d'après les sueurs qu'ils ont coûtées , plutôt que d'après leur mérite réel, nous portons quelquefois un jugement semblable sur les caractères. Cependant, un caractère complet, quoique accompagnant des facultés médiocres, est bien plus voisin de la perfection qu'un caractère incomplet joint aux qualités les plus brillantes.

LIY. II* SEGT. III. GHAP. I. O

Cette proposition peut choquer nos préjugés j ette se justifie cependant aux yeux de la yéritable philosophie. Il doit être bien entendu sans doute que, parla médiocrité des facultés, nous entendons seulement ici celle qui tient à leurs bornes naturelles , non celle qui serait le tort de notre propre négligence à les cultiver. Au reste, ne confondons-nous point quelquefois, et ne donnons-nous point le nom de médiocrité à ce qui n'est que modeste? La beauté de l'édifice moral ne consiste pas seulement dans la grandeur des dimensions , mais aussi, et surtout dans la sagesse des proportions. Dans un caractère complet, tout conspire à la fois à un métne but, toutes les qualités s'aident et se soutiennent, aucune ne trompe le vœu et la destination de la nature. Telle est une mécanique dont les rouages et les engrenages s'ajustent exactement ; aucun mouyement n'est perdu;, les frottemens sont insensibles. De tels caractères atteignent plus facilement au bonheur; peutêtre sont-^ils les seuls pour lesquels le bonheur devienne en effet une réalité. Us le goûteront, sans le célébrer, et même sans le définir , à peu près comme on respire un air libre, suave et pur. La sécurité leur est réservée. Pour eux, chaque chose est à sa place, chaque action répond à son but. Le bonheur est-il autre chose que le sentiment secret de cette corrélation générale et constante qui maintient tout en accord au-dedans de nous-mêmes? Nous disons : au-dedans de nous-^mêmes ; car , si tout est en accord au-dedans , nous serons nousr mêmes en paix avec ce qui est hors de nous ; puisque rien d'extérieur ne nous affecte d'une manière imimédiate, puisque les dioses du dehors n'agissent sur nous qu'en raison de l'influence que nous leur accor-

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dons. Les caractères complets sont ceiix encore qui , dans le commerce de la société , offrent les relations les {)Iu$ faciles, les plus sûres et les plus douces : on ne se heurte pas contre eux en les rencontrant ; on ne craint pas de les trouyer en défaut et en contradiction ayec eux-mêmes ; leur solidité détermine la confiance ; leur franchise provoque labandon et TouTerture ; on se sent à Taise ayec eux; on s'offense moins de leur supériorité; on les admire sans doute moins; mais aussi on ne songe guère à les poursuivre des traits de Tenvie , et ils semblent presque désarmer la malignité , par cette influence paisible qui s'attache à leur présence.

Si les voies de la perfection nous paraissent si ardues^ c'est que nous les cherchons hors de la direction qui fut tracée parla Providence. Si nous savions être conséquens à nous-mêmes, beaucoup de choses qui paraissent, difficiles deviendraient faciles; beaucoup de choses qui sont amères^ deviendraient douces. Les caractères complets sont à la vie morale, ce que les esprits étendus sont à la science.

On voit souvent les honunes qui aspirent au succès dans la carrière de Fétude, se prévenir aveuglément contre toutes les vues générales ; non contens de se limiter, ils s'isolent, se confinent dans des notions toutes particulières ; ils aspirent à devenir des hommes entièrement spéciaux , pour emprunter la dénomination qu'ils donnent quelquefois euxnnêraes au genre de mérite qu'ils ambitionnent. Cette direction de l'esprit a pu avoir ses avantages dans l'adolescence des connaissances humaines et de l'industrie; il fallait diviser, pour pouvoir bien commencer; c'est à quoi servirent.

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